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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 21:32

Jean-Louis Martinelli, l’éveilleur des consciences


Par Léna Martinelli

Les Trois Coups.com


Jean-Louis Martinelli présente « les Fiancés de Loches » jusqu’au 11 avril 2009 au Théâtre des Amandiers, structure qu’il dirige depuis 2002. À travers ce spectacle, il creuse la question de la marge et de la normalité, de la forme artistique aussi. Même quand il monte Feydeau, ce metteur en scène pointe la folie de notre monde. Une approche singulière du maître du vaudeville qui s’inscrit dans la lignée du travail remarquable qu’il mène, avec son équipe, depuis plusieurs années à Nanterre.

Jean-Louis Martinelli vient de la décentralisation. Depuis 1977, date où il fonde sa compagnie, il a joué dans de nombreux lieux en France et à l’étranger. Après avoir dirigé le Théâtre de Lyon (1987-1993), puis le Théâtre national de Strasbourg (1993-2000), il aborde la banlieue parisienne avec des problématiques qui l’intéressent particulièrement : comment faire du théâtre d’art tout en éveillant les consciences ? Comment proposer coûte que coûte un théâtre exigeant aux habitants d’une zone sinistrée par le chômage et les problèmes sociaux qui en résultent ? Comment assurer le rayonnement et la notoriété dus à un centre dramatique national tout en concernant la population locale a priori plus encline à consommer des industries culturelles ?

Le directeur n’est bien sûr pas seul à diriger un tel navire. Son équipe mène un travail de qualité, notamment en direction des publics : lectures itinérantes, ateliers au sein du théâtre et hors les murs font partie des nombreuses propositions destinées à donner envie de s’embarquer pour l’aventure, ou de prolonger le goût du voyage. Au plus près. Pour aller loin ensemble. Telle pourrait être la maxime du Théâtre des Amandiers, investi de missions d’intérêt général qui conjuguent actions artistiques et culturelles de proximité et travail au long cours, comme tous les théâtres publics.

S’ancrer sur un territoire en tenant compte des spécificités culturelles et sociales, cela passe par le recrutement du personnel du théâtre avec le biais des missions locales de la ville ou par la distribution de comédiens de même origine, tel Mounir Margoum ou Abbès Zahmani, présents parmi d’autres dans de nombreux spectacles. Même logique avec les auteurs. Plusieurs pièces ont été ainsi commandées à Aziz Chouaki, comme Une virée (2004), En Tripp i Alger (2005) ou, récemment, les Coloniaux. Les Sacrifiées de Laurent Gaudé (2004) concernait, quant à elle, la guerre d’Algérie. Concernant la collaboration régulière de Jean-Louis Martinelli avec Jacques Jouet, outre la République de Mek-Ouyes (2006), elle lui permet de convoquer sur scène deux symboles des rapports de la France et de l’Afrique avec Mitterrand et Sankara (2008). Autant de pièces qui prennent un sens particulier à Nanterre, une ville où il y a eu des bidonvilles peuplés de jeunes émigrés, une ville où la communauté africaine est encore très présente, une ville où il est particulièrement sensé qu’un artiste réfléchisse sur les rapports Nord-Sud. Quand des questions de territoire recoupent des questions esthétiques…

Recueilli par

Léna Martinelli

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