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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 13:29

Mythos : succès public
et professionnel


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


En cette fin d’après-midi dominical, le soleil couchant éclaire des mêmes feux la file interminable de ceux qui attendent l’ouverture du Cabaret botanique pour voir Jeanne Cherhal et le flot des familles qui hantent le parc du Thabor. Après Jeanne Cherhal, ce sera « la Taverne Münchausen », et Mythos 2010 fermera ses portes. Les ordinateurs tournent à plein et les chiffres tombent : ce sera une excellent édition. 22 000 spectateurs, soit 10 % de mieux qu’en 2009 avec 10 % de subventions en moins. Bel exploit en période de crise ! Les 206 professionnels et V.I.P. accueillis témoignent aussi que le festival s’installe dans le paysage. Les bénévoles croisés (ils sont plus de 200) ont le sourire et on les comprend.

Charade, de Jeanne Cherhal : une extraordinaire générosité au service d’un talent immense.

Quand le bon millier de spectateurs a enfin réussi à trouver place sous le chapiteau du Cabaret botanique, Jeanne Cherhal fait son entrée. La silhouette longiligne et juvénile paraît encore plus allongée avec sa courte (très courte) robe en lamé or, qui dévoile ses jambes interminables. Le châle de tulle vaporeux à gros pois noirs qui lui couvre les épaules ne va pas tarder à rejoindre le magasin des accessoires.

Un peu décontenancée par ce spectacle à vue et l’absence des lumières habituelles de son spectacle (il fait encore jour sous le chapiteau), l’artiste (pour se rassurer ?) commence par une charmante chanson intitulée J’ai pas peur. Mais elle est vite rassurée par un public attentif et chaleureux, tous âges confondus : c’est aussi une marque de Mythos.

Le spectacle est essentiellement composé des titres de son dernier album, Charade, longuement concocté en studio, seule avec un ingénieur du son, pendant toute l’année 2009, après trois années de silence. La nouvelle Jeanne Cherhal n’est « ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre », pour citer Verlaine. La chanteuse nantaise n’a pas oublié ses années de café-concert comme en témoigne sa fantaisie débridée dès qu’elle a établi le contact avec le public. Ses chansons témoignent toujours de son goût du texte, mais elle ajoute cette fois des allures pop fort agréables. Elle confesse avoir eu « besoin d’exploser » après une année de confinement, et on la croit sur parole.

jeanne-cherhal tania-et-vincent

Jeanne Cherhal | © Tania et Vincent

À un peu plus de trente ans, Mlle Cherhal se lâche et, dans son style direct mais sans impudeur, nous livre ses confidences sur les hommes. Le ton est libre, l’humour corrosif, l’intime affleure. Quatre charades rythment, comme un fil rouge, cette revue des rapports entre hommes et femmes. Cinq ou six années « de presque rien » rappellent cette période de l’adolescence (« âge imbécile ») où elle était « l’argile et le feu mélangés ». En toute amitié décrit subtilement les rapports ambigus qui peuvent s’établir entre une femme et un homme qui « en toute amitié a relativement envie d’être son amant pour ce soir ». Dans la même veine, Voilà observe mélancoliquement : « Si seulement on pouvait faire un choix dans ceux qu’on aime, seulement voilà, on peut pas ! ». Si tu reviens, j’annule tout évoque ces illusions de couples qu’on espère prolonger. Il faudrait tout citer : Mon premier, Qui me vengera ?, Lorsque tu m’as (demandé ma main), Reviens-moi, Mon corps est une cage (adaptée d’Arcade Fire), etc. Chaque chanson est un petit bijou d’histoire touchante ou drôle, féroce parfois : « Veuillez ne pas salir le pont sous lequel vous dormez ! ».

Le concert progresse ainsi dans une fusion de plus en plus sensible entre l’artiste qui se démène sans compter, joue du piano, de la guitare, descend danser dans la salle jusqu’à l’interprétation, venue d’un album précédent, de Tissu (« la femme cachée sous le tissu, la femme évadée de son tissu »). Celle-ci porte l’émotion à son comble et provoque une interminable ovation.

Pour cette tournée, Jeanne Cherhal est accompagnée par les quatre musiciens de la Secte humaine : venus de la scène rock, ils confèrent à ce spectacle une partie de son énergie et de son dynamisme même s’ils ne sont pas toujours aussi délicats qu’on le souhaiterait.

Le public a du mal à quitter celle qui apparaît ici comme l’orfèvre actuelle de la planète chantante, et l’artiste le lui rend bien : elle lui offre près de trois-quarts d’heure de rappels ! La chrysalide prometteuse s’est épanouie en un superbe papillon. Cherhal semble avoir définitivement largué les amarres et tire enfin parti de toutes ses qualités d’auteur, de compositeur, d’interprète. Pour pasticher un refrain connu, désormais, « elle est libre, Jeanne ! ». 

Jean-François Picaut


Festival Mythos, Rennes du 6 au 11 avril 2010

Festival des arts de la parole

Festival Mythos • 57, quai de la Prévalaye • 35000 Rennes

 T. : +33 (0)2 99 79 00 05 / télécopie : + 33 (0)2 99 79 26 07

www.festival-mythos.com

info@festival-mythos.com

Association Paroles traverses

Présidente : Magali Julien

Directeur artistique : Maël Le Goff

Charade, de Jeanne Cherhal

Label : Universal Music-Division Barclay

Copyright : (C) 2010 Barclay

Avec : Jeanne Cherhal (chant, piano, guitare), Gaëtan Chataigner (basse), Éric Pifeteau (batterie), Stéphane Louvain (guitare), Philippe Éveno (piano)

Bénédicte Bouthors (assistante de promotion) ou Alice Magdelaine (promotion : 01 53 36 85 08)

Astérios Spectacles • 68, rue de la Folie-Méricourt • 75011 Paris

01 53 36 04 70

promo@asterios.fr

www.asterios.fr

Cabaret botanique • parc du Thabor • 35000 Rennes

Dimanche 11 avril 2010 à 18 heures

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