Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 23:32

L’irrésistible attraction
selon Chloé Moglia


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Mettre en scène 2014 accueille à nouveau Chloé Moglia. Elle y revient pour créer la deuxième partie de son œuvre « Aléas ». Frissons garantis.

aleas-2-615 dr

« Aléas # 2 » | © D. R.

La Ligne, premier volet d’Aléas # 2, consiste en une traversée de vingt-six minutes trente au-dessus de la salle et de la scène. C’est un solo. Un long tube d’acier, peint en blanc, « la ligne », part du balcon et rejoint le fond du plateau en une diagonale agrémentée de courbes. Suspendue à plusieurs mètres de hauteur, Chloé Moglia en parcourt les trente à quarante mètres en une lente reptation silencieuse. Comme dans Rhizikon qu’elle avait également présenté à Mettre en scène en 2011, la prestation tient à la fois de l’acrobatie et de la danse.

C’est évidemment une prouesse qu’accomplit Chloé Moglia. Cependant, les mouvements sont si gracieux qu’ils en paraîtraient faciles si nous ne voyions pas, parfois, le travail de la musculature des bras et n’entendions pas le souffle de l’acrobate qui se fait halètement dans les moments les plus ardus.

Le temps lui-même semble suspendu

L’artiste évolue dans un silence tel que le moindre froissement de papier s’entend dans la salle. Le temps lui-même semble suspendu comme cette jeune femme au-dessus de nous qui défie les lois de la pesanteur. La tension chez les spectateurs est telle que, lorsque à mi-parcours retentit une détonation, le sursaut affolé est général. Et quand, au terme de son périple, Chloé Moglia se laisse descendre jusqu’à ses escarpins rouges fétiches, chacun pousse un soupir de soulagement.

La première partie du spectacle, créée au Manège de Reims en mai 2014, s’achève par une sorte de cours illustré sur la physique gravitationnelle qui ne manque pas d’humour. Chloé Moglia s’y révèle bonne comédienne et habile pédagogue, même si le discours sur le temps et les bactéries est un peu long.

Suspensives est le deuxième volet d’Aléas. C’est l’objet de la création en cours pour le festival. L’œuvre met en scène cinq corps de femmes suspendus à trois barres de cinq trapèzes reliées entre elles. C’est aussi un ballet de lenteur qui tourne autour de la notion d’attraction terrestre. Le discours s’y poursuit sur les lois de la gravitation en lien avec l’histoire des bactéries. Bien que l’auteur en tire encore quelques effets humoristiques, le propos ne convainc pas de sa pertinence et paraît souvent bavard. Sur le plan physique également, le charme de la chorégraphie est rompu malgré les prouesses corporelles accomplies et l’incontestable élégance des mouvements. Cette partie d’Aléas # 2 demande sûrement à être rodée et affinée.

Mettre en scène est dans son rôle en donnant à voir, dans la même séance, l’œuvre achevée et l’œuvre en construction. L’accueil triomphal fait par une salle archicomble à Aléas # 2 : la Ligne et Suspensives montre l’adhésion du public à la démarche. 

Jean-François Picaut


Festival Mettre en scène, 18e édition

Du 4 au 22 novembre 2014 à Quimper, Lannion, Vannes, Brest, Lorient, Saint‑Brieuc et Rennes Métropole

Aléas # 2 : la Ligne et Suspensives, de Chloé Moglia

Conception, réalisation, suspension : Chloé Moglia

Avec : pour Suspensives, Mathilde Arsenault Van Volsem, Fanny Austry, Marlène Rubinelli Giordiano, Sandrine Duquesne, Carla Farreny Jimenez

Lumière : Éric Blosse

Son : Johann Loiseau

Regard : Michel Schweizer

Conception structure : Sylvain Ohl, Max Potiron

Complicités : Laurence Cortadellas, Étienne Klein, Olivia Rosenthal

Le Grand Logis • 10, avenue du Général-de-Gaulle • B.P. 17157 • 35171 Bruz cedex

Réservations : 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr

Du 5 au 8 novembre 2014 à 20 h 30

Durée : 1 h 10

20 € | 12 € | 9,50 € et abonnements

Partager cet article

Repost0
8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 16:09

Partager cet article

Repost0
25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 15:55

Abeille Distribution ferme
sa ruche


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Abeille Musique annonce qu’elle met fin à ses activités de distribution pour les C.D. et les D.V.D. : sale temps pour les amateurs de beaux objets et les salariés.

avishai-cohen-615-marciac-2014 jf-picaut

Avishaï Cohen | © Jean-François Picaut

Depuis sa création en 1997, par Yves Riesel, la S.A.R.L. Abeille Musique Consultants et Diffusions proposait de la musique classique, du jazz, des musiques du monde et des musiques pour enfants. La société a commencé ses ventes sur le site www.abeillemusique.com en octobre 2000. Aujourd’hui, elle annonce mettre fin à la distribution de disques et D.V.D. En d’autres termes, le groupe abandonne les activités liées au physique pour se concentrer sur Qobuz. En effet, la S.A.R.L., qui réalisait un chiffre d’affaires annuel de 3 millions d’euros, était devenue, depuis 2007, une filiale de la holding Qobuz Music Group, toujours dirigée par Yves Riesel. C’est cette holding qui gère la plateforme de musique en ligne Qobuz.

Parmi les labels touchés, on notera Brilliant Classics, Chandos Records, Hyperion, Laborie, ou encore Native, Naxos, Relief, Vanguard Classics et Vox, Camerata, etc. Abeille Musique n’est que la dernière des entreprises d’une liste déjà longue, hélas !, qui n’auront pas résisté à la crise du support physique. On peut donc s’interroger sur l’avenir des catalogues de labels comme Bee jazz / Bee pop (André Minvielle, Issam Krimi, Boulou & Elios Ferré, Guillaume de Chassy, O.N.J. Daniel Yvinec, Daniel Humair, etc.). Racheté en 2012, le label de Yann Martin, Plus loin music, que les lecteurs des Trois Coups connaissent bien, est également pris dans la tourmente. Avec lui, ce sont des artistes comme Pierrick Pedron, André Ceccarelli, Avishaï Cohen, Médéric Collignon, Pierre De Bethmann, Laurent De Wilde, Mina Agossi, Thomas Savy, Élisabeth Kontomanou, Rémi Panossian, etc., qui se retrouvent sur la sellette.

Les artistes ne sont d’ailleurs pas les seuls à être touchés. Sur les 12 salariés que comptait Abeille Musique, 8 personnes pourraient faire l’objet d’un licenciement économique et les 4 autres pourraient rejoindre Qobuz. Mais la holding est elle-même en position fragile. N’a-t-elle pas bénéficié, en août 2014, d’une procédure de sauvegarde qui a nécessité l’intervention du ministère de la Culture ?

Le groupe, spécialiste du téléchargement en (très) haute qualité sonore, a en effet entrepris de conquérir de nouveaux pays, l’été dernier : Irlande, Benelux, Luxembourg, Pays-Bas, Allemagne, Autriche, Suisse, Angleterre. On parle de 9 à 12 millions d’euros de besoin d’argent frais pour financer cette expansion internationale, présentée comme indispensable à sa survie.

Comme toujours, le malheur des uns fait le bonheur des autres, si l’on peut dire. Certains petits malins ont flairé la bonne aubaine : depuis quelque temps, il se trouve des labels d’Abeille Musique qui déstockent. 

Jean-François Picaut


http://www.qobuz.com/lu-fr/

Partager cet article

Repost0
1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 12:44

Eh bien, swinguez maintenant !


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Le Grand Soufflet se déploie en Ille-et-Vilaine du 2 au 11 octobre dans 38 communes et 46 lieux avec près de 80 propositions. Le swing est le fil conducteur de cette 19e édition qui sera dansante et cosmopolite : swing musette, swing des Balkans, swing à l’ancienne et bien sûr électro-swing, toutes les tendances seront représentées à travers le département… Pour jeter un œil dans le rétroviseur, parler du présent et se projeter dans le futur, « les Trois Coups » ont rencontré Claude Berceliot, le président de l’association Grand Soufflet.

claude-berceliot-615-jf-picaut

Claude Berceliot | © Jean-François Picaut

Les Trois Coups. — Claude Berceliot, après avoir dirigé pendant dix-neuf ans le centre culturel Juliette-Drouet et le Théâtre Victor-Hugo à Fougères, vous voici depuis quelques années président de l’association Grand Soufflet, porteuse du festival du même nom. Pouvez-vous nous parler de la philosophie qui a présidé à la naissance de ce festival qui se veut le plus moderne des festivals d’accordéon ?

Claude Berceliot. — Le projet émane de l’accordéoniste Étienne Granjean. Il est venu me voir quand j’étais encore à Juliette-Drouet. Son projet était d’installer un festival international d’accordéon à Fougères. Je lui ai expliqué que ma programmation était déjà saturée et je lui ai conseillé d’associer des centres culturels comme ceux de Vitré et de Chartres-de-Bretagne, Le Triangle à Rennes. Assez rapidement, nous avons regroupé douze lieux autour du projet, essentiellement des centres culturels et quelques lieux de diffusion, comme La Péniche spectacle à Rennes. Le festival s’articulait alors autour d’Arts vivants en Ille-et-Vilaine. C’était un atout précieux pour fédérer les associations, les petits lieux de programmation comme les bars, spécialement dans les petites communes.

Les Trois Coups. — Quand est venue l’idée de créer une association spécifique ?

Claude Berceliot. — Au bout de deux ou trois ans. L’association a d’abord été présidée par Anne Cogné puis par Christian Druart qui m’a passé le flambeau.

Les Trois Coups. — Quelle était votre philosophie ?

Claude Berceliot. — Notre action s’est développée autour de trois axes majeurs. Nous voulions travailler autour de l’accordéon à la recherche de formes nouvelles pour changer le regard du public sur l’instrument. En second lieu, à côté de la présence des artistes dans les sites de diffusion, nous avions la volonté de développer une action culturelle en lien avec les associations, les établissements de spectacles, les conservatoires… C’est ainsi qu’est née l’exposition autour d’accordéons que nous avons acquis. Enfin, notre troisième axe a été de favoriser la culture comme moteur du développement local. Pour cela, nous avons rendu chaque partenaire responsable de ce qui se passe sur son territoire de rayonnement, dans le cadre de la programmation établie, évidemment, par le directeur artistique, Étienne Grandjean. Notre association, et c’est une originalité, ne garde que l’animation du chapiteau installé à Rennes. Ce dernier axe a rencontré le soutien très fort du conseil général dont c’était une priorité politique. Tous nos partenaires sont membres de l’association du Grand Soufflet, c’est un gage de cohésion, de cohérence et une garantie pour la fidélité au projet.

Les Trois Coups. — Au passage, pouvez-vous m’expliquer le choix du chapiteau ? C’est très convivial, évidemment, mais c’est aussi très inconfortable !

Claude Berceliot. — J’ai envie de dire que nous n’avons pas choisi le chapiteau, il est venu à nous. Au début, sur la place du Parlement-de-Bretagne, nous étions plutôt dans un festival de plein air avec de petits chapiteaux autour. Cette formule a rencontré un grand succès, auprès des jeunes en particulier et spécialement du public estudiantin. Petit à petit, cet espace du Parlement est devenu un marqueur du festival et un lieu de rendez-vous. Nous y avons vu une proposition originale par rapport à la programmation sur le reste du département et l’occasion d’avoir un lieu qui soit entièrement sous notre responsabilité, en termes de gestion, comme de choix esthétiques. Nous nous y sommes tenus bien que cette gestion directe pèse très fortement sur notre budget. La contrepartie, c’est que cet ancrage au cœur de Rennes nous procure une visibilité exceptionnelle.

Les Trois Coups. — Pour cette édition, le chapiteau se déplace au jardin du Thabor…

Claude Berceliot. — Ce choix n’est pas le nôtre, c’est celui de la municipalité qui répond ainsi à la demande de tranquillité des habitants du centre-ville. C’est un souci pour nous. L’enjeu est de taille en matière de fréquentation, et l’espace est beaucoup plus difficile à gérer. Néanmoins, nous en profitons pour améliorer encore le confort de l’accueil et renforcer les possibilités de faire cohabiter les générations. Et, il faut le noter, nous maintenons notre politique de prix acceptables, pour ne pas dire bas : de 3 € à 20 €, avec des évènements gratuits et beaucoup de propositions à 8 €.

Les Trois Coups. — Venons-en, si vous le voulez bien, Claude Berceliot, à la dix-neuvième édition.

Claude Berceliot. — Avec plaisir. Nous persistons dans ce qui est notre marque de fabrique : faire découvrir des artistes. C’est une grande partie de notre programmation. C’est ce qui nous a permis, je crois, de faire bouger les lignes en ce qui concerne la réception de l’accordéon. Sur ce point, nous bénéficions de la confiance de nos partenaires et du public. Nous avons construit ce rapport privilégié en étant à l’écoute du public et des responsables dans les territoires que nous accompagnons.

Les Trois Coups. — La programmation de cette année fait une large part au swing.

Claude Berceliot. — Oui, c’est le cœur du festival, mais ce n’est pas toute la programmation. Nous aurons par, exemple, Quantic, 17 Hippies, Rosie Ledet ou Hugo Mendez, mais aussi de la chanson (Barcella, Chloé Lacan…), de l’accordéon traditionnel breton avec Yannig Noguet et Rozenn Talec, du maloya avec Lindigo & Fixi, du blues avec Jean‑Jacques Milteau et Mathis Haug, et pourquoi pas de la tarentelle avec Luca Bassanese, etc. J’invite vos lecteurs à se reporter à notre site.

Les Trois Coups. — Milteau et Haug, ce n’est pas de l’accordéon !

Claude Berceliot. — Non, mais Milteau est l’un de nos plus grands harmonicistes, comme vous le savez, et l’harmonica (un ancêtre de l’accordéon en quelque sorte) fait partie de notre carte génétique depuis le début…

Les Trois Coups. — Pour conclure, parlons un peu de l’avenir.

Claude Berceliot. — La situation est moins difficile pour les festivals que pour les lieux fixes. Dans festival, il y a fête, et maintenant les gens veulent que le spectacle ait une dimension festive. C’est ainsi. Il faut néanmoins rester très vigilant. Nous vivons dans une période d’argent rare : les financements publics sont en baisse, les partenariats privés restent aléatoires et le public est souvent obligé de compter. Je reste néanmoins (raisonnablement) optimiste pour Le Grand Soufflet. Nous avons des atouts, en particulier la confiance des partenaires et des publics du département. 

Propos recueillis par

Jean-François Picaut


Festival Le Grand Soufflet

19e édition, du 2 au 11 octobre 2014

Dans divers lieux en Ille-et-Vilaine

Le Grand Soufflet • pôle Sud • B.P. 37604 • 35176 Chartres-de-Bretagne cedex

http://www.legrandsoufflet.fr

Téléphone : 0033 (0) 2 99 41 33 71

Partager cet article

Repost0
29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 16:53

« J’ai foi en le théâtre,
c’est ma religion »


Par Jacques Casari

Les Trois Coups.com


Nommé aux molières en 2014, il n’a que 32 ans et déjà vingt ans de théâtre derrière lui. Chacun de ses projets est un pari, et il vole de bonheur en succès. Les metteurs en scène se le disputent. Le cinéma lui fait des ponts d’or. Mais il a choisi de poser son sac à l’ouest pour trois ans comme artiste associé au Quartz, théâtre des humanités. Matthieu Banvillet, qui dirige la scène nationale de Brest, lui a donné carte blanche : « Tes projets seront les nôtres ». Rencontre avec Olivier Martin-Salvan, comédien boulimique et généreux.

olivier-martin-salvan-615 bruno-perroud

Olivier Martin-Salvan | © Bruno Perroud

Les Trois Coups. — Qui es-tu l’artiste ? Un clown ?

Olivier Martin-Salvan. — Quand on travaille sur la pluridisciplinarité en France, on nous met dans des cases. Parler de clown au théâtre, c’est compliqué parce qu’on a une image stéréotypée du clown avec un gros nez. Quand je présentais Ô Carmen, je disais que j’étais un comédien-chanteur-pantomime. Je travaille sur de nombreuses disciplines – le chant, la danse, la marionnette, le mime –, alors le terme comédien me plaît bien, d’autant qu’il induit le mot comédie et le rire aussi.

Les Trois Coups. — Parce que « le rire est le propre de l’homme », comme l’écrit Rabelais ?

Olivier Martin-Salvan. — En ayant travaillé sur Rabelais qui utilise le rire thérapeutique, j’y crois beaucoup. Le rire permet de fendre l’armure du spectateur, et j’aime quand la forteresse des émotions cède. Travailler sur le rire me passionne, un art extrêmement complexe. Novarina dit que c’est une « forme mouvante » et que le spectateur doit être touché individuellement. C’est ce rapport intime avec le public qui m’intéresse : pour la dernière d’Ô Carmen, il y avait des fous rires individuels, et c’était formidable. Mais je travaille aussi sur le drame de mes personnages, comme dans Bigre ! ou Pantagruel. J’aime Shakespeare qui peut refroidir un public puis, juste derrière, un des bouffons fait rire.

Les Trois Coups. — Rabelais, Shakespeare, Novarina… et Molière dans ton panthéon ?

Olivier Martin-Salvan. — Molière, c’est toute ma vie ! Le rôle de Monsieur Jourdain dans le Bourgeois gentilhomme a été à l’origine de tout quand j’ai commencé le théâtre en 1994, à 12 ans. En 2004, Benjamin Lazar m’a proposé le rôle de Monsieur Jourdain dans une production avec 30 personnes sur scène et un orchestre ! Dix ans plus tard, en 2014, me voilà nommé aux molières ! Il y a un truc avec Molière ! En 2024, je ferai peut-être une adaptation de Molière au cinéma…

Les Trois Coups. — N’est-il pas frustrant de ne plus participer à une aventure de troupe ?

Olivier Martin-Salvan. — Il y a 10 ans, c’était le plus important pour moi : je pensais faire cela toute ma vie et j’avais été approché par la Comédie-Française. Mais aujourd’hui, ce qui me réjouit, c’est de travailler sur des formes et des écritures contemporaines comme adapter le rôle de Pantagruel avec Benjamin Lazar ou créer Bigre ! avec Pierre Guillois, ou encore travailler avec Novarina ou Marion Aubert, des auteurs à l’écriture forte. C’est cela qui me passionne : creuser le sillon du théâtre contemporain et de l’écriture.

Les Trois Coups. — Avec gourmandise et démesure, il y a chez toi comme une volonté de toucher à tout et tout le monde.

Olivier Martin-Salvan. — Ce qui m’intéresse, ce sont les paris, et je remercie tous les jours mes parents de m’avoir permis de découvrir le théâtre si jeune. Le théâtre me nourrit et me bouleverse. Être acteur, c’est un choix difficile dans la vie parce qu’on fait un pacte avec une certaine précarité. C’est presque un acte politique. J’ai foi en le théâtre, c’est ma religion. Dans la vie, on doit aller au bout de ses fantasmes, saisir ses rêves. Le rôle de l’artiste aujourd’hui est essentiel avec ce qui se passe dans la société.

Les Trois Coups. — Avec Rabelais et Novarina, est-ce le travail sur la langue qui te fascine ?

Olivier Martin-Salvan. — La première fois que Novarina m’a proposé un projet en 2007 – l’Acte inconnu pour la cour d’honneur du palais des Papes [et ici] –, j’avais très peur. Je n’étais pas vraiment un acteur de texte, plutôt un acteur de sketches comme dans le Gros, la Vache et le Mainate. Novarina m’a beaucoup aidé dans ma vision de l’art et de l’artiste dans la société. Rabelais et Novarina : c’est comme si j’étais passé par l’arrière-petit-fils et que j’étais allé à l’arrière-grand-père ! La filiation est tellement nette ! Les spécialistes de Rabelais en conviennent, et, quand je suis invité dans des colloques, les chercheurs hallucinent parce que j’ai arrêté l’école en seconde. La littérature, c’est extraordinaire ! La grande joie de ma vie en ce moment, c’est d’avoir Rabelais dans mon corps : la lettre de Gargantua à son fils me bouleverse, et je me pose la question d’être père moi même.

Les Trois Coups. — Quels sont tes projets en tant qu’artiste interprète associé au Quartz ?

Olivier Martin-Salvan. — La mise en scène ne m’intéresse pas : je serai porteur de projets. J’ai très envie avec les autres artistes associés – Erwan Keravec et Marcela Santander Corvalan – de monter un projet commun au manoir de Keroual, une sorte de villa Médicis à Brest. Je voudrais aussi raconter l’histoire du théâtre moderne avec deux autres acteurs, dont Dominique Parent. Et bien d’autres choses… J’espère par-dessus tout créer une relation très forte avec le public. Quand je sors de scène et qu’il ne reste pas beaucoup de monde dans le hall ou au bar, pour moi, c’est comme si le public était parti avant la fin de la pièce. L’échange est presque plus important que la pièce, c’est très sincère.

Les Trois Coups. — Le mot de la fin ?

Olivier Martin-Salvan. — Public. Je suis impatient de partager les trois années qui viennent avec le meilleur public de France par la finesse de son regard et la confiance qu’il accorde. Il ouvre toujours les bras et, en même temps, il est très exigeant. C’est un rêve de culture en Bretagne et dans le Finistère ! C’est presque une consécration de carrière de jeter l’ancre ici. 

Propos recueillis par

Jacques Casari


Lire aussi « le Vrai Sang », de Valère Novarina (critique), Théâtre de l’Odéon à Paris
Lire aussi « Orgueil, poursuite et décapitation », de Marion Aubert (critique), Théâtre des Treize-Vents à Montpellier
Lire aussi « l’Atelier volant », de Valère Novarina (critique), Théâtre du Rond-Point à Paris

Partager cet article

Repost0
14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 01:51

Un vent de liberté souffle
sur le canal


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Pour sa septième édition, Jazz aux écluses à Hédé-Bazouges en Ille-et-Vilaine se met au diapason du 70e anniversaire de la Libération.

jazz-aux-ecluses-2014-300Soixante-dix ans après le débarquement allié de juin 1944, c’est un vent de liberté qui va souffler sur le le fameux site des Onze-Écluses qui fut traversé par les sauveurs. Le jazz était alors symbole d’espoir et de liesse populaire. Du 19 au 21 septembre prochains, Jazz aux écluses invitera à nouveau le public à célébrer sa chance en savourant un programme qui s’affranchit des clichés attachés au jazz.

Le samedi 20 septembre, sous le chapiteau spécialement installé pour le festival, le Jazz racines Haïti de Jacques Schwarz‑Bart exaltera d’abord le métissage du jazz moderne et de la musique vaudou originaire de Haïti. L’improvisation est au cœur de celle-ci qui s’adresse à nos sens.

Ensuite, Christophe Monniot et son quartette Ozone chanteront aussi la liberté avec leur Featuring Martin Luther King. L’œuvre est dédiée à la fameuse harangue du pasteur américain connu sous le titre I Have a Dream. Le saxophoniste, l’un des plus intéressants de la scène européenne, a choisi de faire entendre l’intégralité de ce discours inspiré prononcé le 28 août 1963, lors de la Marche vers Washington pour la liberté et l’emploi. Les instrumentistes déposent leurs notes sur ce texte en version polyglotte. La soirée se terminera par une initiation collective à la danse avec le cours de funk que présentera Soul n’Pepper. Les musiciens du festival interviendront dans ce moment particulièrement festif.

Le dimanche est placé sous les mêmes auspices de liberté. Andy Emler et son Méga Octet ont beau être couverts d’honneurs (3 Django d’or, un prix de l’académie du Jazz, et 2 Victoires du jazz), leur musique est tout sauf académique. Ce mini big band, ou mieux cet orchestre virtuose, nous enchante depuis vingt-cinq ans par ses subtils mélanges d’esthétiques, et son énergie saura nous surprendre encore une fois.

Puis ce sera au tour du Brothers in Arts Quintet, issu du projet né aux États-Unis en décembre 2013 sous l’impulsion de Chris Brubeck et de Guillaume Saint-James. À partir de Brothers in Arts, l’œuvre créée les 12 et 13 juin 2014 à Rennes par l’Orchestre symphonique de Bretagne pour le 70e anniversaire du D’ Day *, Chris Brubeck et Guillaume Saint‑James ont élaboré une suite de tableaux pour quintette de jazz. On y passe des « vagues de tranquillité » de la Normandie d’avant-guerre à la liesse étourdissante des villes libérées de l’occupant. Le jazz y rencontre la musique européenne. Tangos, valses, boogies, chansons, etc., des compositions inédites et des standards planétaires déroulent une page de l’Histoire émaillée d’anecdotes vécues par les hommes et les femmes pris dans la tourmente de la guerre. Ce sera un grand moment d’émotion pour Jazz aux écluses d’accueillir Chris Brubeck à Hédé-Bazouges, précisément sur la voie de la Liberté arpentée par son père, Dave Brubeck, il y a soixante‑dix ans !

Jazz sur l’eau

L’autre grand lieu de spectacle sera la Péniche spectacle, amarrée sur le site des Onze-Écluses. Dans un tel lieu, le jazz sur l’eau s’impose évidemment. Le cabaret de la Péniche accueillera le Théâtre du Pré‑Perché pour un dialogue humoristique et tendre entre un piano jazz et un comédien, sur des textes d’Apollinaire, de Cendrars, d’Albert‑Birot et de Claude Nougaro. On y entendra aussi la chanteuse Marion Thomas et son Marion Thomas quartette.

Jazz aux écluses ne saurait se passer non plus de concerts gratuits en plein air. La 7e édition ne faillira pas à la tradition. La fanfare Le Ballon swing et Les Repris de justesse, ensemble loufoque de swing, groove et New Orleans, seront en déambulation les deux jours pendant l’après-midi. On n’échappera pas à la « battle » de Jazz aux écluses où deux orchestres s’affrontent de chaque côté du canal. Ce sera un « combat de rock » façon Jango Edwards / Richard Gotainer… mais en version jazz ! Des groupes issus des deux écoles de musique du territoire auront aussi l’occasion de montrer leur talent.

Animé d’un souci d’éducation populaire, Jazz aux écluses présentera cette année deux conférences. Franck Bergerot, rédacteur en chef de Jazz magazine, traitera du « Débarquement du jazz, 1939-1944 ». Et grâce au saxophoniste Jacques Ravenel, vous saurez tout sur « Monsieur Sax et le Saxophone ».

Pour les enfants, sans que cela soit exclusif, Jazz aux écluses a prévu un ciné-concert : le Petit Fugitif, un film de Morris Engel, Ruth Orkin et Ray Ashley (U.S.A., 1953, durée 1 h 20) avec Pierre Fablet à la guitare.

Un parcours de jeux sur le thème de l’eau, Aquapestaculaire, leur sera aussi proposé gratuitement par l’association Regards de mômes, le samedi 20 et le dimanche 21 à partir de 14 heures. En collaboration avec les éditions Fuzeau, ils pourront également s’initier aux Cup Songs, un nouveau phénomène musical avec des gobelets en plastique !

Enfin, en amont de tout cela, le jeudi 18 à 20 h 30 au Bar’Zouges (35630 Bazouges-sous‑Hédé) une pause musicale et conviviale est ouverte à tous ceux qui souhaitent échanger sur le souvenir de la Libération (libre participation). Elle sera animée par les compositeurs de Brothers in Arts, Chris Brubeck et Guillaume Saint‑James, avec Marc Feldman, administrateur général délégué de l’Orchestre symphonique de Bretagne. 

Jean-François Picaut


* À noter que l’œuvre symphonique sera reprise à Rennes le vendredi 19 septembre, place du Parlement-de-Bretagne, à 17 h 30. Entrée gratuite. Repli à l’Opéra en cas de pluie.


Jazz aux écluses 2014

7e édition

Du 19 au 21 septembre 2014

Site des Onze-Écluses à Hédé-Bazouges en Ille-et-Vilaine

Association Jazz aux écluses • 10, place de la Mairie • 35630 Hédé

Site : www.jazzauxecluses.fr

Contact : jazzauxecluses@gmail.com

Renseignements : 06 48 02 58 28

Tarifs pour les spectacles payants : de 5 € à 22 € + pass festival

Réservations : sur le site Internet du festival, chez les vendeurs habituels ou par courriel

Visuel : photo Rodolphe Marics, sculpture Vincent Brodin © J.A.E. 2014

Partager cet article

Repost0

Rechercher