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10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 19:23

Une fièvre peu contagieuse


Par Trina Mounier

Les Trois Coups.com


« La Fièvre du samedi soir », à force de distance, et malgré le talent de ses interprètes, était un peu pâlotte hier soir…

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« Fever / À la vie à la mort » | © Rebecca Bowring

C’est le problème quand trop de curiosité précède la vision d’un spectacle. « Librement inspiré de la Fièvre du samedi soir », ce sous-titre nous ramenait en effet à une époque lointaine et réveillait la nostalgie d’une musique et d’un danseur qui en leur temps avaient marqué les esprits. Le jeune metteur en scène Attilio Sandro Palese annonçait une relecture très personnelle où devaient se glisser des images de ses parents, reprenant dans la cuisine les chorégraphies du film de John Badham.

Or, si l’on excepte la référence aux litres de sauce tomate que sa mère préparait, cette incursion de l’intime et de l’autobiographie demeure extrêmement discrète. Reste le film avec John Travolta en toile de fond.

La reconstitution historique est parfaite : pour tout décor, le grillage des terrains de basket urbains, qui bien sûr évoque le mur contre lequel se désarticulent leur jeunesse et leurs illusions ; costumes et coiffures sont fortement datés et nous plongent presque quarante ans en arrière. Mieux, les postures, les gestes, les regards semblent tout droit sortis des pochettes de disque des seventies, quand ils ne font pas carrément ressurgir sous nos yeux James Dean dans la Fureur de vivre.

Attilio Sandro Palese nous brosse une série de portraits de jeunes dont on ne sait pas grand-chose, si ce n’est qu’ils s’ennuient, prennent des poses, vérifient l’effet qu’elles font sur les autres, puis retournent s’ennuyer. Leur détresse est palpable, no future pourrait être écrit en surtitre tant ils donnent un sentiment de vacuité. Leurs apparitions, tels des mannequins dans un défilé, un petit tour et puis s’en vont, sont chorégraphiées avec précision. Entre chacune d’entre elles, comme entre chaque jour de la semaine plus loin dans la pièce, de grands moments de silence comme d’immobilité : arrêts sur images trop longs qui ne font qu’ajouter de la distance à la distance.

Rien n’explique leur violence stupide, leur machisme primaire, car Attilio Sandro Palese ne donne aucune piste qui permette de comprendre ces jeunes qui vivent dans le paraître.

Mais d’où vient donc que cela ne « passe » pas ? Car on n’arrive pas à s’intéresser à ces gens réduits à leur apparence. L’absence d’histoire sans doute. À peine saura-t-on qu’ils attendent le samedi soir pour danser. Mais nous serons même privés de ce samedi soir-là et, du concours de danse, nous ne verrons que des répétitions ratées.

Il est toujours difficile de parler d’un spectacle qui vous laisse au bord du chemin. Surtout quand on en reconnaît par ailleurs les qualités objectives. Impossible de nier l’engagement de ces jeunes acteurs ni la précision de la mise en scène. Et si, après tout, ce qui manquait, c’était cela : une histoire avec des personnages, de l’émotion, de la vie, de vrais dialogues et une véritable dynamique ? 

Trina Mounier


Fever / À la vie à la mort, de Attilio Sandro Palese, librement inspiré de la Fièvre du samedi soir

Mise en scène : Attilio Sandro Palese

Avec : Jérôme Denis, Aurore Faivre, Blaise Granget, Nathan Heude, Julie Kazuko Rahir, Bastien Semenzato

Chorégraphie : Caty Eybert

Créateur lumières : Cédric Caradec

Musique : Eagle

Créateur costumes : Tania d’Ambrogio

Consulting littéraire : Laure Mi Hyun Croset

Coproduction : Théâtre de Poche à Genève, Célestins, Théâtre de Lyon, Cie Love Love Hou

Les Célestins • 4, rue Charles-Dullin • 69002 Lyon

Réservations : 04 72 77 40 40

www.celestins-lyon.org

Du 7 au 17 octobre 2014, du mardi au vendredi à 20 h 30, samedi à 16 h 30 et 20 h 30

Durée : 1 h 15

21 € | 18 € | 15 € | 12 €

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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 16:28

Noir et flamboyant « Scapin »


Par Trina Mounier

Les Trois Coups.com


Laurent Brethome confirme avec ces « Fourberies de Scapin » très noires son talent de metteur en scène et de directeur d’acteurs. En feu follet joyeux, Jérémy Lopez est époustouflant.

fourberies-de-scapin-615 philippe-bertheau

S’il installe la pièce, fidèlement aux indications de Molière, dans un port anonyme, forcément interlope, accueil de toutes les misères et de tous les trafics, Laurent Brethome le farde de couleurs très contemporaines et très sombres. Ce n’est pas la vieille ville si photogénique qu’il nous fait visiter, plutôt les docks inquiétants habités de grands conteneurs métalliques que nous découvrirons pivotants pour servir de caches, de ruelles, de prisons et surtout d’objets de plateau propices aux sauts, aux courses-poursuites, aux escalades. Qui résonnent aussi des coups violents qu’ils reçoivent. Ici, les bruits sont soit feutrés, soit brutaux. La mise en scène est très physique – Scapin est une pièce jeune (même si Molière l’écrit à la fin de sa vie) – et les comédiens enchaînent les acrobaties, occupant tout l’espace scénique.

Entre ces conteneurs se faufilent des personnages capuche rabattue sur les yeux qui s’appellent du geste ou du sifflet, échangent cigarettes et autres produits indéterminés, trimballent des bonbonnes de gaz. L’endroit est assez sinistre, il évoque des dangers très actuels, et la suite nous le confirmera : on y bastonne ferme, on y manie la lame avec dextérité (voire la tronçonneuse), on sort un flingue pour un mauvais regard, pas de code d’honneur empêchant de se jeter à plusieurs sur un homme isolé… Laurent Brethome n’hésite pas à verser l’hémoglobine et à nous offrir quelques scènes de grand-guignol. Ce sont les bas-fonds de n’importe quel port, de ceux que hante la peur et que tiennent les bandes. Un lieu poissé de sang où seule la débrouille permet à un Scapin de survivre.

Effrayant et jubilatoire

Ce serait mal connaître le metteur en scène et l’auteur que de croire que seuls les misérables sont capables de vilenies : Argante et Géronte, chacun à sa manière, sont tout aussi dangereux. Le premier, incarné par Philippe Sire, est un grand bourgeois corseté de noir comme un croque-mort dont les poches recèlent beaucoup trop d’argent pour être honnêtes. Géronte (Benoît Guibert), quant à lui, méchant comme une teigne, sait faire mordre la poussière à n’importe quel petit malfrat. On sent que leur pouvoir à la fin l’emportera et que l’insolence ne peut s’imposer qu’un instant, celui du théâtre. Tous deux ont pour principal souffre-douleur leur propre fils, dont aucune désobéissance n’est tolérée, fils qu’on soufflette, humilie, bat comme plâtre.

Il ne faudrait pas croire cependant que le metteur en scène oublie de nous donner la comédie. On rit beaucoup à ce Scapin. D’abord parce que Laurent Brethome en rajoute dans le comique de répétition pour la plus grande jubilation des spectateurs. Il est à noter que les interprètes sont parfaitement justes et précis, tout est millimétré et la mécanique bouffonne opère à merveille. Ensuite parce qu’il introduit dans la pièce de courtes séquences comme des clins d’œil au public d’aujourd’hui. Par exemple, celle fameuse de la galère où Scapin, pour échapper aux questions, se met à siffler Il était un petit navire, bientôt imité, bien malgré lui, par son interlocuteur… Et de moquer la xénophobie d’hier en répétant à l’envi : « Turc. Turc ? Oui, Turc. ».

Si toute la distribution est homogène et remarquable, le Scapin de Jérémy Lopez est passionnant : sa rouerie éblouit d’autant plus qu’on sent chez lui une véritable joie à faire fonctionner ses cellules grises, une authentique loyauté pour ses jeunes maîtres. C’est un politique et l’organisateur réel des Fourberies. Il répartit les rôles, attribue sa place à chacun, a cent idées à la fois qu’il met en scène comme de petites pièces à l’intérieur de la grande. Et, dans le final que Laurent Brethome tire du côté de la tragédie, il sait trouver les accents de Sganarelle et faire référence à la mort sur le plateau de l’immense Molière. Scène sublime et bouleversante. 

Trina Mounier


Lire aussi « On purge bébé », de Georges Feydeau (critique), Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon

Lire aussi « les Souffrances de Job », de Hanokh Levin (critique), Le Toboggan à Décines

Lire aussi « Bérénice », de Jean Racine (critique), Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon

Lire aussi « les Souffrances de Job », de Hanokh Levin (critique), Ateliers Berthier à Paris

Lire aussi « Massacre à Paris », de Christopher Marlowe (critique), L’Élysée à Lyon

Lire aussi Entretien avec Laurent Brethome, metteur en scène, Théâtre Sorano à Toulouse


Les Fourberies de Scapin, de Molière

Cie Le Menteur volontaire

www.lementeurvolontaire.com

Mise en scène : Laurent Brethome

Avec : Morgane Arbez, Florian Bardet, Cécile Bournay, Yann Gzarnier, Benoît Guibert, Thierry Jolivet, Jérémy Lopez (de la Comédie-Française), Anne‑Lise Redais et Philippe Sire

Scénographie : Gabriel Burnod

Lumière : David Debrinay

Costumes : Julie Lacaille

Création musicale et interprétation : Jean-Baptiste Cognet

Dramaturgie : Daniel Hanivel

Assistanat à la mise en scène : Anne-Lise Redais

Photographie : Thomas Bertheau

Conseiller acrobaties : Thomas Sénécaille

Regard chorégraphique : Éric Lafosse

Maquillage : Emma Fernandez

Vidéo : Adrien Selbert

Décor : Les Constructeurs

Régie générale : Gabriel Burnod

Régie lumière : Sylvain Tardy / Rodolphe Martin

Régie plateau : Nicolas Henault

Regard bienveillant : Catherine Ailloud-Nicolas

Merci à Jeanne et Georges Heynard

Théâtre de la Croix-Rousse • place Johannès-Ambre • 69004 Lyon

www.croix-rousse.com

Du 8 au 10 octobre 2014 à 20 heures, le samedi 11 octobre à 16 heures

Durée : 2 heures

28 € | 20 € | 11 €

Tournée :

– Les 14 et 15 octobre 2014 : Dole – Les Scènes du Jura, scène nationale

– Le 16 octobre 2014 : Vesoul – Théâtre Edwige-Feuillère, scène conventionnée

– Les 4 et 5 novembre 2014 : La Roche-sur-Yon – Le Grand R, scène nationale

– Du 6 au 15 novembre 2014 : Clamart –Théâtre Jean-Arp, scène conventionnée

– Le 17 novembre 2014 : Vendôme – L’Hectare, scène conventionnée

– Du 18 au 23 novembre 2014 : Nantes – Le Grand T, Théâtre de Loire-Atlantique

– Les 25 et 26 novembre 2014 : Laval – Théâtre, scène conventionnée

– Du 27 au 29 novembre 2014 : Beaupreu – Scènes de pays dans les Mauges, scène conventionnée

– Les 2 et 3 décembre 2014 : Villefranche-sur-Saône – Théâtre, scène conventionnée

– Du 8 au 10 décembre 2014 : Chambéry – espace Malraux, scène nationale de Chambéry et de la Savoie

– Le 11 décembre 2014 : Roanne – Théâtre

– Du 16 au 18 décembre 2014 : Toulouse – Théâtre Sorano / Jules-Julien

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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 17:38

Joris Mathieu est-il un ogre ?


Par Trina Mounier

Les Trois Coups.com


À peine nommé à la tête du Théâtre Les Ateliers, Joris Mathieu vient de « prendre » le dernier C.D.N. consacré au jeune public, le Théâtre Nouvelle Génération.

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Joris Mathieu | © Nicolas Boudier

Excès d’appétit ? Inconscience ? En réalité, avec son timbre doux et son regard ouvert, Joris Mathieu ne correspond pas vraiment à l’image d’un ogre qui s’apprête à gober un théâtre pour les petits enfants. Mais derrière son apparence lunaire, on a vite fait de découvrir une personnalité qui possède à la fois les pieds sur terre, le goût de l’aventure et l’art de la synthèse. Toutes qualités qui vont lui être fort utiles…

Car c’est sur les mérites de son projet englobant les deux lieux et tous les types de publics qu’il a été choisi. Relire à cet égard le portrait qu’en avait fait Michel Dieuaide le 21 juin dernier dans les Trois Coups est fort révélateur. Notre collègue disait alors : « Joris Mathieu a en ligne de mire la possibilité de réunir autour d’un esprit de résistance de nouvelles générations de spectateurs, enfants compris. ».

En fait, la direction des Ateliers, pour prestigieuse qu’elle fût – le nom du lieu est attaché historiquement à la découverte d’écritures et de formes contemporaines et européennes –, cachait aussi un cadeau empoisonné : quasiment privée de subventions, la S.C.O.P. marchait lentement mais sûrement vers sa fermeture définitive. En y agrégeant le budget du T.N.G., en faisant des économies sur le poste de son directeur notamment, Joris Mathieu entend bien avoir les moyens et la place pour travailler. Mais avec la volonté de conserver le personnel des Ateliers. « Il y aura un seul théâtre avec un directeur unique, une seule communication et un seul directeur technique, beaucoup de choses vont se mutualiser et cela devrait nous permettre de réinvestir entre 100 000 € et 150 000 € dans l’artistique. L’existence de salles de tailles différentes, c’est pour nous la possibilité de recevoir des petites formes, d’avoir plusieurs salles de répétition. »

C’est donc cette fusion des deux structures qui eut l’heur de plaire aux financeurs, d’autant que le projet artistique ne manque pas d’envergure et d’originalité.

Un théâtre de la régénération ?

Pour commencer, le nouveau directeur aime travailler en équipe et amène avec lui quelques-uns de ses fidèles compagnons de route qu’il propulse au rang d’artistes associés, voire de directeurs adjoints. C’est le cas, par exemple, de Phia Ménard [ici et ici], venue du cirque, de Chiara Guidi cocréatrice avec Castellucci du merveilleux Buchettino, ou encore de Céline Le Roux, fondatrice du festival des arts immersifs Micro-mondes qui deviendra Biennale en quinconce avec un son petit frère, à naître, qui s’appellera Nos futurs. Celui-ci recevra des créations de toute l’Europe, dont il parcourra les imaginaires.

L’imaginaire, ou plutôt les imaginaires sont au cœur du projet artistique de ce nouveau théâtre dont l’ambition ne saurait se limiter aux seules images, fussent-elles numériques. « Dans ma pratique d’artiste, explique Joris Mathieu, le numérique augmente ma palette d’outils, ce n’est ni un but incontournable en soi, ni un gadget donnant l’illusion de la contemporanéité. Le théâtre a toujours évolué avec les époques et leurs technologies. Il est le miroir du monde. Pour moi, l’art de la scénographie consiste à inventer des usages poétiques de ces nouvelles techniques. Cela fait partie de la magie théâtrale. »

Cette perspective rejoint la préoccupation des jeunes spectateurs. Joris Mathieu n’est pas en territoire inconnu avec eux (rappelons qu’il fut accueilli à ses débuts au Théâtre des Jeunes-Années, père du T.N.G.). Désireux de leur transmettre un héritage, il est soucieux de s’adresser à ces générations de digital natives, grandes consommatrices d’images mais rétives à l’utilisation poétique que nous en faisons. « Ce qui m’intéresse, ce n’est pas de créer un langage spécifique pour ce public, mais de les accompagner dans un partage de curiosités. Je vais, à travers des ateliers notamment, mettre en place un programme de développement du regard qui touchera tous les domaines artistiques. En ayant soin de faire en sorte que ces jeunes spectateurs trouvent dans ce qu’on leur propose une chambre d’écho à leurs propres imaginaires. » 

Trina Mounier


T.N.G. • 23, rue de Bourgogne • 69009 Lyon

04 72 53 15 15

www.tng-lyon.fr

Théâtre Les Ateliers • 5, rue du Petit-David • 69002 Lyon

04 78 37 46 30

http://t-la.org/

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4 octobre 2014 6 04 /10 /octobre /2014 21:21

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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 19:03

Inoubliable !


Par Trina Mounier

Les Trois Coups.com


C’est une première à Lyon et un évènement exceptionnel. La Biennale de la danse nous a offert une chorégraphie du « maître », William Forsythe, exécutée par les membres de sa compagnie eux-mêmes : un cadeau magnifique.

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« Study # 3 » | © Umberto Favretto

Il était temps ! Car si William Forsythe a plusieurs fois été dansé par le Ballet de l’Opéra de Lyon, voir sa compagnie en « version originale », au moment où il annonce sa décision d’en abandonner la direction, est évidemment rare et précieux. La rencontre avec ces artistes de haut vol confirme leur réputation.

Study # 3 est une sorte de condensé des créations antérieures de Forsythe. Comme un testament peut-être, car il a « fait tellement de mouvements dans [ses] quarante ans de carrière, tellement de pas dans [sa] vie, qu’[il] avait l’impression de ne pas pouvoir aller plus loin… ».

Study # 3 est pourtant une chorégraphie à part entière, cohérente, sidérante par les prouesses techniques des interprètes, bluffante par l’énergie qu’elle dégage, impressionnante par sa modernité et surtout d’une beauté à couper le souffle.

William Forsythe vient de la danse classique, et cela se sent dans la plastique de son travail. Mais il a magnifié cette culture de toutes les influences rencontrées au cours de ses quarante ans de danse. L’enrichissant, il l’a démontée, disloquée, et sa compagnie réalise sur le plateau des performances elles aussi improbables, constamment en rupture, fruits d’un entraînement exigeant, preuve d’une maîtrise sans faille. Dans le même temps, il reste dans la mémoire le souvenir d’une incroyable harmonie faite de tous ces déséquilibres qui se composent, se croisent, se frôlent.

Danse a cappella

L’énergie vient aussi de la musique signée Thom Willems, à la fois sauvage et irréelle, mêlant des sons futuristes à des pulsations telluriques. S’y fond la voix poussée au plus loin de sa puissance, la voix devenue corps et danse, avec ses cordes vocales distendues, saillantes, ces bouches forcées par l’intensité du souffle.

Dans cette œuvre collective qui est un hommage au mouvement et à l’art de la scénographie, chaque danseur est un miracle, et certains moments marquent plus profondément. Comme ce pas de deux final dans un crépuscule d’une douceur implacable… 

Trina Mounier


Study # 3, de William Forsythe

The Forsythe Company

Pièce pour 12 danseurs, création 2012

Chorégraphe : William Forsythe

Avec : Yoko Ando, Dana Caspersen, Katja Cheraneva, Frances Chiaverini, Roderick George, Brigel Gjoka, Josh Johnson, David Kern, Fabrice Mazliah, Natalia Rodina, Jon San Martin, Yasutake Shimaji, Jermaine Spivey, Spencer Theberge, Ildiko Toth, Riley Watts, Ander Zabala

Musique : Thom Willems

Design sonore et vidéo : Dietrich Krüger, Sebastian Rietz

Lumières : Ulf Naumann

Directeur de production : Christopher Roman

Théâtre national populaire • 8, place Lazare-Goujon • 69627 Villeurbanne cedex

Réservations : 04 78 03 30 00

www.tnp-villeurbanne.com

Le 28 septembre 2014 à 18 heures, le 29 septembre 2014 à 20 h 30

Durée : 1 h 20

42 € | 39 €

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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 15:18

Tableaux d’une exposition


Par Michel Dieuaide

Les Trois Coups.com


Anne Juren, danseuse et chorégraphe franco-autrichienne et Annie Dorsen, auteur et metteuse en scène new-yorkaise, présentent « Magical », une performance aboutie et déstabilisante, au Théâtre de la Croix-Rousse, à l’occasion de la Biennale de la danse de Lyon.

magical-615 christoph-lepka

« Magical » | © Christoph Lepka

Devant nous, tendu au milieu d’un sol métallisé, un rideau blanc à l’italienne. Il s’ouvre et se ferme à chaque tableau et sert aussi d’écran pour une courte projection. Une table de cuisine et sa desserte, un étroit praticable escorté d’un petit escalier, et c’est tout, complètent la scénographie. Dispositif sobre pour un contenu complexe puisqu’il s’agit d’exposer en un retour en arrière bien documenté d’une heure quelques moments d’exception de l’histoire du féminisme des années 1960-1970.

La première œuvre présentée dans ce décor, qui tient de la cimaise d’une galerie d’art, est un cube cuivré aux mouvements télécommandés, d’où s’échappe la voix en anglais de Carolee Schneemann. Cette artiste engagée nous invite à partager la dynamique et l’énergie de l’espace vulvaire et à croire en la nécessité de son incarnation. Pour celle ou celui qui ne pratique pas la langue de Shakespeare, elle ou il aura eu le temps de lire en français la traduction du postulat initial du spectacle, judicieusement distribuée à l’entrée de la salle. Cette entame de la représentation comporte de l’humour.

Cette qualité jalonnera souvent la suite des cinq séquences au programme, d’autant plus que le choix d’avoir recours à la magie contribuera à recevoir avec distance et lucidité les contenus d’un abrégé de l’histoire contemporaine du mouvement de lutte et de libération des femmes.

Au menu, donc : la parodie d’une ménagère en cuisine de Martha Rosier, la mise à nu au ciseau d’un corps féminin de Yoko Ono, l’épuisement d’une danseuse nue et encagoulée de Marina Abramovic, l’extraction du vagin d’un déroulé de tissu de Carolee Schneemann, l’apparition d’une guerrière dont le pantalon découpé autorise la vision du pubis de Valie Export. Nous n’en dirons pas plus, tant chacune de ses performances mérite d’être découverte pour permettre au spectateur de savoir si cela le laisse indifférent, l’amuse, le choque ou le bouleverse.

Réalisation futée

Annie Dorsen et Anne Juren, femmes militantes et artistes confirmées, font preuve d’intelligence avec Magical. Leur évidente empathie pour l’histoire et l’actualité du combat féministe ne contient ni nostalgie, ni critique amère, ni didactisme pesant. En introduisant dans leur projet la pratique de la prestidigitation, elles éveillent malicieusement la curiosité du public et rallument l’intérêt des plus réticents. Là encore, nous n’en dirons pas plus. À corps nu, elles instillent subtilement leur volonté de poursuivre leur action nécessaire et indispensable pour l’émancipation des femmes. Magical montre que la résistance aux tabous sociaux et sexuels n’est pas encore achevée. Pour finir, une mention toute spéciale à la virtuosité de l’interprétation d’Anne Juren, dont les multiples talents font de ce spectacle un rendez-vous essentiel. 

Michel Dieuaide


Magical

Réalisation : Annie Dorsen et Anne Juren

Chorégraphie, magie et performance : Anne Juren

Entraîneur magicien : Steve Cuiffo

Conception musicale : Christophe Demarthe

Plateau : Roland Rauschmeier

Conception lumière : Bruno Pocheron et Ruth Waldeyer

Direction technique (Lyon) : Bruno Pocheron

Costume : Miriam Draxl

Assistante de production : Ruth Ranacher

Manager artistique : Silke Bake

Production : Wiener Tanz und Kunstbewegung

Coproduction : ImPuls Tanz Festival Vienna

Soutien : Le département culture de la ville de Vienne, et le ministère fédéral autrichien de l’Éducation, des Arts et de la Culture

Théâtre de la Croix-Rousse • place Joannès-Ambre • 69004 Lyon

www.croix-rousse.com

www.biennaledeladanse.com

Représentations : 22 et 23 septembre 2014 à 20 h 30

Durée : 1 heure

Plein tarif de 29 € à 10 €, tarif réduit de 26 € à 7 €

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 19:27

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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 19:46

Énergie sans âme


Par Trina Mounier

Les Trois Coups.com


Dans cette biennale très engagée, Maud Le Pladec, avec sa pièce pour quatre batteries et cinq danseurs intitulée « Democracy », annonçait un combat entre musique et mouvement hautement politique. Le résultat est quelque peu décevant.

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« Democracy » | © Konstantin Lipatov

La musique, signée de l’Américaine Julia Wolfe et de l’Italien Francesco Filidei, deux compositeurs de haute volée, est ici interprétée par quatre percussionnistes du groupe Tactus que nous avions déjà remarqué à l’occasion de la biennale Musiques en scènes pour leur talent dans Visages, une de leurs créations. Comme alors, Ying‑Yu Chang, Paul Changarnier, Quentin Dubois et Pierre Olympieff démontrent avec éclat qu’ils ont plus d’une corde à leur arc : ils prouvent une fois encore qu’ils sont particulièrement à l’aise dans les formes hybrides et que leur rapport avec la musique n’est pas seulement sonore mais aussi très physique. Instrumentistes accomplis, ils sont également équilibristes, acrobates et danseurs. Ni plus ni moins en tout cas que les danseurs de la compagnie Leda chargés d’interpréter la chorégraphie de Maud Le Pladec.

Car si le propos énoncé par Maud Le Pladec – montrer sur scène comment les corps peuvent réagir à la suprématie de la musique et progressivement lui imposer leur loi – pouvait être prometteur, son exécution ne revêt pas de caractère novateur ni même un tant soit peu surprenant.

Les danseurs courent sur le plateau durant une petite heure, en tous sens, allant d’une batterie à l’autre, lesquelles d’ailleurs, à leur tour, se déplacent sans qu’on puisse à aucun moment apprécier une quelconque performance plastique ou esthétique. Lorsqu’ils cessent de courir, les corps tremblent à l’unisson, comme s’ils étaient eux-mêmes le stroboscope et l’objet qu’il met en lumière. Le plus réussi est sans doute la fusion entre les danseurs et les percussionnistes.

À peine décèle-t-on qu’au départ les mouvements suivent la musique, puis qu’ils imposent leur pulsation aux instruments, mais la lecture du programme doit beaucoup à ce début d’interprétation. La chorégraphie, pour intense et énergique qu’elle soit, deux qualités qu’on ne peut lui enlever, a un petit côté années 1980 inattendu chez une si jeune artiste.

En un mot, ce spectacle est une vraie déception, en tout cas côté danse, car la musique joue, elle, parfaitement sa partition. 

Trina Mounier


Democracy, pièce pour 5 danseurs et 4 musiciens

Compagnie Léda

Chorégraphie : Maud Le Pladec

Danseurs : Nicolas Diguet ou Julien Ferré, Maria Ferreira Silva, Mélanie Giffard, Simon Tanguy

Musique : Ensemble Tactus (Ying-Yu Chang, Paul Changarnier, Quentin Dubois, Pierre Olympieff)

Création lumières : Sylvie Mélis

Création costumes : Alexandra Bertaut

Assistant musical : Gaël Desbois

Documentation : Youness Anzane

Régie générale : Fabrice Le Fur

Assistant création lumières et régie lumières : Nicolas Marc

Régie son : Vincent Le Meur

Création des décors : Vincent Gadras

Le Toboggan • 14, avenue Jean-Macé • 69150 Décines-Charpieu

www.letoboggan.com

04 72 93 30 00

Présenté avec le soutien de modul-dance et de la Maison de la danse

Dans le cadre de la Biennale de la danse

www.biennaledeladanse.com

Les 19 et 20 septembre 2014 à 21 h 30

Durée : 50 min

20 € | 17 €

Production : Léda

Coproduction : Théâtre national de Bretagne / Mettre en scène 2013 à Rennes, Les Subsistances à Lyon, Biennale de la danse de Lyon dans le cadre de modul-dance / programme culture de l’Union européenne, Théâtre Paul Éluard, scène conventionnée de Bezons dans le cadre de la permanence artistique de la région Île-de-France, Tanzquartier Wien, C.C.N. de Caen - Basse-Normandie (Accueil studio, ministère de la Culture et de la Communication), C.C.N. de Franche-Comté à Belfort (Accueil studio, ministère de la Culture et de la Communication-D.R.A.C. Franche-Comté), C.D.C. Paris réseau (Atelier de Paris-Carolyn Carlson, l’étoile du Nord, Micadanses-A.D.D.P., studio Le Regard du cygne-A.M.D. XX)

Avec l’aide à la production et à la diffusion d’A.R.C.A.D.I.

Maud Le Pladec a été lauréate du programme « Hors les murs » de l’Institut français en 2013

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20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 13:09

Un digne héritier


Par Michel Dieuaide

Les Trois Coups.com


Gérard Lecointe, fondateur et directeur artistique des Percussions Claviers de Lyon, ensemble musical renommé sur la scène nationale et internationale, prend les commandes du Théâtre de la Renaissance, à Oullins (69600), scène conventionnée pour le théâtre et la musique avec l’État et la région Rhône-Alpes.

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Gérard Lecointe | © Louise Kelh

Heureux de sa nouvelle mission qui va lui permettre de s’adresser à tous les publics, enfants compris, Gérard Lecointe parle avec pudeur et sensibilité de ses goûts personnels. Pour celui qui a eu trop à redouter pendant des années du cloisonnement des arts de la scène, ses artistes de cœur et de plateau s’appellent, sans ordre de préférence, Thierry Pécou, compositeur, dont la musique le touche profondément parce qu’elle vient de la terre et de loin, parce qu’elle est sensuelle, mais aussi Bach et Rossini, Satie et Prokofiev, Bernstein et Bryars. Maguy Marin pour la danse et Jean Lacornerie, avec lequel les projets complices se multiplient, sont aussi des créateurs qui le passionnent. Un dernier aveu, lié aux émotions de ses lectures de jeunesse, sa fascination pour les romans de Jules Verne.

Retour en arrière

Gérard Lecointe, quoique normand d’origine, a été capable de dire franchement oui, à quelques moments d’hésitation près, pour s’engager dans ce qui est devenu le parcours de sa vie :  percussionniste, leader d’un ensemble, transcripteur, arrangeur et pédagogue. Fils d’une brillante pianiste, professeur au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, et d’un père pianiste et professeur lui aussi et, de surcroît, directeur du Festival d’Aix-en-Provence, il sait à quel point son milieu familial a influencé sa carrière. Enfant, entre Rouen, Paris, Aix-en-Provence et Lyon, il fait de beaux apprentissages et atteint à l’âge de douze ans un excellent niveau au clavier. Après le décès prématuré de sa mère, son père, à l’esprit ouvert, le laisse abandonner le piano et lui suggère de s’essayer aux percussions. Les années passent, et le jeune Gérard s’initie à toutes les musiques et rêve de devenir ingénieur du son dans le milieu du cinéma.

Reçu simultanément aux concours de l’École supérieure Louis-Lumière et à celui du C.N.S.M. (Conservatoire national supérieur de musique) de Paris et de Lyon, il choisit de venir vivre et étudier à Lyon où son père dirige également l’Harmonie de Lyon. Au C.N.S.M., il fait des rencontres décisives. Bénéficiant du rugueux enseignement en percussions d’Alain Londeix, son chemin croise celui de François Dupin, professeur exceptionnel qui l’aide à dépasser la stricte formation à l’usage et à l’interprétation des timbales, xylophones et autres marimbas. Des interrogations fondamentales et porteuses d’avenir le taraudent : jouer des percussions, mais pourquoi, nécessité de définir et bâtir un projet musical, donner avant tout du sens à ses choix. De plus, il fait la rencontre d’étudiants avec lesquels il crée les Percussions Claviers de Lyon. Plaisir du travail collectif, désir d’inventer des formes pluridisciplinaires, bonheur de concevoir ses propres spectacles.

Cela demandera du temps, mais au commencement des années 1990, après quatre années au conservatoire et avec la volonté de ne pas brûler les étapes, Gérard Lecointe et ses camarades investissent les scènes. Ils tissent des liens avec des lieux, des structures comme Grame, centre national de création musicale, ou l’E.O.C., ensemble orchestral contemporain, avec des artistes comme Nicolas Ramond ou des conseillers artistiques comme Nicole Raullin, à laquelle il doit tant pour avoir aidé son aventure à s’inscrire durablement dans le paysage culturel.

Mariage pour tous

Aujourd’hui, Gérard Lecointe et les Percussions Claviers de Lyon peuvent savourer lucidement dans le cadre de leurs nouvelles responsabilités la satisfaction d’avoir contribué à réduire les oppositions stériles entre musique classique et contemporaine, entre toutes les disciplines artistiques.

Gérard Lecointe sait qu’il a déjà accompli une longue marche et ne regrette surtout pas les années passées comme simple instrumentiste d’orchestre à l’Opéra de Lyon, sous la direction de John Eliot Gardiner et Kent Nagano. Au bon sens du terme, le Théâtre de la Renaissance se trouve dans les mains d’un héritier qui a de la mémoire et souhaite plus que jamais ouvrir sa maison à tous les publics curieux des tendances actuelles du mariage non incestueux entre la musique et le théâtre. 

Michel Dieuaide


Théâtre de la Renaissance / Oullins Grand Lyon

04 72 39 74 91

www.theatrelarenaissance.com

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19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 12:19

Joris Mathieu nommé directeur


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Les Trois Coups.com


Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication, en plein accord avec Gérard Collomb, maire de Lyon et Jean‑Jack Queyranne, président du conseil régional de Rhône-Alpes, a nommé Joris Mathieu à la direction du Théâtre Nouvelle Génération (T.N.G.), centre dramatique national de Lyon.

Né en 1977, Joris Mathieu défend des formes narratives portées par un univers sensoriel et plastique fort, développant un théâtre au croisement de la littérature, des nouvelles technologies et des sciences humaines. S’emparant de la façon dont les jeunes ont un rapport à la culture et aux médias, il recherche des langages innovants à la jonction de l’histoire de la machinerie théâtrale et des origines du cinéma, afin d’ouvrir les portes du théâtre à tous les publics. Il avait pris la direction du Théâtre des Ateliers à Lyon en janvier dernier.

Intitulé « Imaginer demain », son projet, mutualisant les moyens du T.N.G. et du Théâtre des Ateliers, est habité par des présences artistiques fortes : il se dessine comme un trait d’union intergénérationnel et culturel. Au cœur du lancement de La Belle Saison, il nous encourage au décloisonnement, à l’innovation et à une grande ambition poétique à destination des plus jeunes.

Il conviera ainsi deux artistes associées pour son premier mandat, Phia Ménard et Chiara Guidi, et mettra en place des dispositifs innovants pour l’accompagnement de l’émergence. Plusieurs temps forts, en partenariat avec d’autres institutions, sont imaginés afin de créer des parcours pour la jeunesse.

Il succédera le 1er janvier 2015 à Nino D’Introna, qui poursuivra son parcours artistique en compagnie.

Les Trois Coups


Ministère de la Culture et de la Communication

www.culturecommunication.gouv.fr

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