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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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« Alice(s) », d’après Lewis Carroll (critique), Théâtre aux Mains-Nues à Paris

Alice au pays de soi


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Dans le cadre du festival Marionnettons‑nous, la compagnie La Doryphore présentait « Alice (s) », un spectacle aussi étrange, aussi effrayant mais aussi beau que l’adolescence qu’il évoque. Une lecture réussie et très personnelle des célèbres écrits de Lewis Carroll.

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« Alice(s) » | © A. Robinson

Alice(s) est un songe. À peine s’est‑on habitué à l’obscurité de la salle que déjà les portes s’ouvrent. Une demi‑heure s’est écoulée, on se frotte les yeux, on n’en revient pas tout à fait. Car, dans le noir, des images sont apparues et se sont vite abolies, comme on souffle la flamme vacillante d’un chandelier. Nous avons été face à des prodiges, des bêtes qui parlent, des mixtures aux effets insoupçonnés. Dans le terrier du rêve, nous avons suivi une petite fille qui suivait elle‑même un étrange lapin blanc.

On l’aura compris, La Doryphore explore le monde de Lewis Caroll. On retrouve ainsi le Chapelier et le Lièvre de mars, la Reine, le Chat du Cheshire ou le Lapin blanc. Mais, et c’est l’un des éléments qui distingue la proposition d’une piètre imitation, la compagnie explore surtout le pays inconnu, obscur, qu’est Alice elle‑même. Chaque rencontre est comme l’éclat de ce miroir brisé dans lequel Alice veut se faufiler. Le récit raconte donc les métamorphoses si étranges, si déconcertantes de notre premier monde : celui de notre corps.

Nous sommes au pluriel

C’est pourquoi, sur scène, nous sommes face à un seul interprète de chair et d’os. Une femme, Lydia Sevette, campe une petite fille. Corps d’adulte, mais émois d’enfant : ce décalage intéressant participe du propos. Les autres personnages sont des objets, ce qui suggère peut‑être qu’ils sont de l’étoffe des fantasmes. D’ailleurs, c’est Alice qui, en s’approchant, leur donne vie. C’est le corps de Lydia Sevette qui sert de castelet aux marionnettes. On se demande alors : où finit Alice ? Où commence ce qui n’est pas elle ? Cela d’autant plus que, étrangement, plusieurs êtres du pays des merveilles, comme la Chenille, prennent le visage de l’héroïne. Ainsi, non seulement Alice grandit et rapetisse par la magie de notre imagination, mais elle se démultiplie, se métamorphose sans cesse par le pouvoir de son imagination à elle.

Le spectacle tire en partie son intérêt de ses transformations insoupçonnées. On ne les révélera donc pas, mais on peut dire qu’on admire la prouesse de l’interprète et qu’on sursaute de temps à autre, comme dans une œuvre de Tim Burton. Rien de mièvre, donc, dans le spectacle. Sur scène, Alice affronte ses peurs ; dans les gradins, nous surmontons les nôtres. Les jeux de lumière, en particulier, permettent de créer des moments de saisissement et des coups de théâtre. En suivant un chandelier, nous pénétrons dans une nuit qui a de multiples visages.

Mais peut‑être parce qu’ils aiment encore avoir peur, peut‑être parce que le spectacle a la force mais l’irréalité du songe, les enfants ne semblent pas effarouchés. Alice(s) leur offre (à partir de 6 ans ou 7 ans) une belle aventure en clair‑obscur dans ce drôle de pays où l’on arrive peut‑être jamais : soi‑même. 

Laura Plas


Alice(s), d’après Lewis Carroll

Compagnie La Doryphore • 1, rue des Messageries • 75010 Paris

01 43 20 75 40

Courriel de la compagnie : ladoryphore@gmail.com

Site : www.myspace.com/ladoryphore

Conception, mise en scène, jeu : Lydia Sevette

Mise en espace : Yacine Perret

Musique et lumière : Tom Honnoré

Théâtre aux Mains-Nues • 7, square des Cardeurs • 75020 Paris

Réservations : 01 43 72 19 79

Site du théâtre : www.theatre-aux-mains-nues.fr

Courriel du théâtre : contact.tmn@wanadoo.fr

Le vendredi 25 mai et le samedi 26 mai 2012 à 10 heures et 15 heures

Durée : 30 minutes

13 € | 11 €

Dès 6 ans

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