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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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« Bullet Park », d’après John Cheever (critique), Théâtre de la Bastille à Paris

Rien ne va plus à Bullet Park


Par Fabrice Chêne

Les Trois Coups.com


Dans le cadre de la quarantième édition du Festival d’automne, Rodolphe Dana et le collectif Les Possédés proposent l’adaptation d’un roman de l’Américain John Cheever : « Bullet Park ». L’idée d’adapter pour la scène ce roman plein de fantaisie était séduisante, mais de bonnes intentions ne font pas un bon spectacle…

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« Bullet Park » | © Pierre Grosbois

John Cheever (1912-1982), assez peu connu en France, fut avant tout un nouvelliste célèbre outre-Atlantique, dont les textes firent le bonheur des lecteurs du New Yorker à partir des années quarante. Surnommé « le Tchekhov des banlieues », il fut l’un des premiers à peindre, avec une grande verve satirique, la classe moyenne américaine, ses voitures et ses appareils électroménagers. L’un des premiers aussi à révéler les contradictions qui minent le rêve américain. Une veine dont Raymond Carver, sur un ton plus désenchanté encore, reprendra le flambeau.

Publié en 1969, Bullet Park est l’un des cinq romans écrits par Cheever. Il met en scène deux familles bancales et voisines, les Nailles et les Hammer (presque littéralement : « clous » et « marteau »), venues partager cette utopie banlieusarde, entre clubs de sport, golf, télé et pop corn. Chez les Hammer comme chez les Nailles, tout se dérègle. Paul Hammer (le narrateur), enfant naturel, ne parvient pas à construire une famille « normale » avec sa femme Marietta. Et les Nailles, qui font tout ce qu’ils peuvent pour se conformer au modèle de la famille standard, sont dépassés par la dépression de leur fils unique, Tony.

La médiocrité et l’insignifiance des existences

L’adaptation de Rodolphe Dana et Katja Hunsinger a ses qualités et ses défauts. D’abord, le metteur en scène et la comédienne ont su conserver le ton loufoque et souvent absurde des dialogues. Un peu comme chez Tennessee Williams, les personnages se racontent en toute candeur, mais ici la révélation de leurs secrets dérisoires ne fait que refléter la médiocrité et l’insignifiance de leurs existences. Ils ont aussi gardé les nombreux monologues narratifs de Paul Hammer, auxquels Christophe Paou ne donne que peu de relief, ainsi que des scènes véritablement un peu longuettes, comme celle des deux thérapeutes se succédant au chevet du fils.

Cette vision caricaturale des Américains moyens possède un charme un peu daté (la tabagie, l’embarras devant les choses du sexe…). Cependant, malgré quelques trouvailles de mise en scène, comme le frigo bancal qui déverse son contenu (sorte de métaphore de la société de consommation), ou la vision de Marietta, femme insatisfaite, se shootant à la crème Chantilly, les scènes qui se succèdent sont trop inégales. En fait, c’est surtout l’interprétation qui pèche, en particulier du côté des interprètes masculins. Le jeu de Nadir Legrand est trop répétitif, celui de Christophe Paou carrément inexpressif, et Antoine Kahan n’arrive pas vraiment à être crédible dans le rôle du fils Tony. Les comédiennes s’en sortent un peu mieux, en particulier Marie-Hélène Roig en Nelly Nailles, ménagère cruche à souhait. L’impression qui domine est celle d’un spectacle peu abouti, qui n’arrive pas à trouver son rythme. 

Fabrice Chêne


Bullet Park, d’après John Cheever

Création collective dirigée par Rodolphe Dana

Adaptation : Rodolphe Dana, Katja Hunsinger

Collectif Les Possédés

Avec : David Clavel, Françoise Gazio, Katja Hunsiger, Antoine Kahan, Nadir Legrand, Christophe Paou, Marie-Hélène Roig

Conseil à la dramaturgie : Laurent Mauvignier

Scénographie : Julia Kravtsova

Lumière : Valérie Sigward

Costumes : Sara Bartesaghi Gallo

Assistante mise en scène : Raluca Vallois

Théâtre de la Bastille • 76, rue de la Roquette • 75011 Paris

Métro : Voltaire, Bastille, Bréguet-Sabin

Réservations : 01 43 57 42 14

www.theatre-bastille.fr

www.festival-automne.com

Du 21 novembre au 22 décembre 2011 à 21 heures, relâche les dimanches et relâche exceptionnelle le jeudi 24 novembre 2011

Durée : 2 h 10

24 € | 17 € | 14 €

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