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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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« Datacula, l’épouvantable comédie de la rue des consciences », de Pierre Delosme (critique), Festival d’Aurillac 2011

Vampire, vous avez dit vampire ?


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


« Datacula, l’épouvantable comédie de la rue des consciences », dernière création de la compagnie L’Éléphant vert, opère un étrange rapprochement entre deux thématiques que rien ne semble a priori devoir réunir : la surveillance virtuelle et les vampires. À cet égard, le titre de la pièce, issu du néologisme entre « data » signifiant les données informatiques et Dracula, le célèbre vampire, est évocateur. En effet, cette fable décalée, signée Pierre Delosme entend par le biais d’un impressionnant dispositif sonore mettre en garde le public contre la vampirisation des consciences liée à la surveillance dans nos sociétés.

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« Datacula, l’épouvantable comédie de la rue des consciences » 

Pour cela la compagnie a choisi de transformer le principe de l’« entresort » (1) en un « reste ici » : le public se retrouve dès son arrivée parqué entre des barrières tenues par des personnages patibulaires aux cheveux hirsutes. Impossible de voir leurs yeux protégés de la lumière par de petites lunettes anti-U.V. Des vampires… ? Pendant ce temps, une voix off invite chacun à « mettre ses yeux dans ses oreilles pour bénéficier des prouesses techniques du Sonoscope 360 », soit douze points sonores répartis autour du public visant à donner « l’illusion de voir l’invisible ».

L’univers de Datacula recycle les démons passés d’une France pétainiste pour les resservir dans un bouillon mi-futuriste, mi-kitsch. Le spectacle consiste en une scène de rue, réunissant un ensemble de personnages allant de la vieille dame promenant son chien électronique au concierge pourvu d’une écharpe et d’un béret, un journaliste équipé d’un appareil photo oculaire… soit une série d’individus caricaturaux enfermés dans « une société de verre ». Drôlement accoutrés, ils sont dénués d’oreilles et arborent des tenues de couleur verdâtre. Cette esthétique donne un aspect quelque peu défraîchi à ces êtres dont les caractéristiques physiques rappellent des zombies.

La délation est toujours la bienvenue 

Mais ce que Datacula cherche à dénoncer sur un ton décalé et faussement effrayant, c’est l’image d’un monde pétri de bons sentiments, une société panoptique (2) invitant chacun à faire confiance à ses peurs et ses angoisses, à soigner les maux avant qu’ils n’apparaissent. Chaque personnage est soumis à une reconnaissance tactile, et la délation est toujours la bienvenue, car le danger est partout. Par ailleurs et sans que l’on comprenne vraiment comment ni pourquoi, une chasse aux vampires numériques s’organise à grand renfort de gousses d’ail géantes.

Urbain, le décor se compose d’une série de panneaux verticaux gris rappelant le principe de mise en abyme présent dans ce spectacle de rue, qui traite justement de la rue. L’intérêt de la scénographie censé résider dans le Sonoscope 360, dispositif permettant de percevoir la présence de douze personnages virtuels, est relativement décevant. En effet, les sons diffusés simultanément à l’intrigue ne suffisent pas à rendre la cohérence aux évènements qui se déroulent.

Force est de constater que Datacula est une pièce aussi courte que décevante qui s’engouffre d’une part dans une esthétique futuriste un peu trop kitsch, mais également dans un propos qui perd sa pertinence par manque de subtilité. Hélas, le dispositif sonore ne tient pas non plus ses promesses, puisque c’est une impression confuse qui reste surtout en mémoire une fois le spectacle terminé. 

Élise Ternat


(1) Genre de spectacle où le public entre, observe et sort librement.

(2) Dispositif architectural créant un sentiment d’omniscience invisible. Les prisonniers se sentent observés sans savoir s’ils le sont réellement.


Datacula, l’épouvantable comédie de la rue
des consciences
, de Pierre Delosme

elephantvert@wanadoo.fr

Direction artistique, écriture, mise en scène et création sonore : Pierre Delosme

Compositeur : Éric Craviatto

Avec : Sophie Cochet, Fabrice Pardoux, Sébastien Peyrasse, Claire Madelénat, Pierre Delosme

Conseil et assistant à l’écriture : Bernard Avron

Conseil et assistant à la mise en scène, comédien : Bernard Maitre

Stagiaire mise en scène et comédienne : Johanna Biehler

Décor, assistant scénographie et accessoires : Matthieu Audejean

Avec la participation de Philippe Campana et Yann Durand

Costumes et accessoires : Virginie Breger

Stagiaires costumes et accessoires : Lise Pereira, Estelle Guerin, Édouard Dessay

Prise de voix vampires : Ali Laouamen

Techniciens son : Daniel Bardou, Lilian Herrouin, Géraud Cassagne

Institution Saint-Joseph • avenue de Tivoli • 15000 Aurillac

Réservations : 04 71 43 43 70

Du 18 au 20 août à 17 heures, 18 h 20 et 19 h 45

Ce spectacle est présenté dans le cadre du 26e Festival international de théâtre de rue d’Aurillac

www.aurillac.net

Durée : 35 minutes

5 €

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