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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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Entretien avec Aïda Diène, chanteuse de jazz

« Verdi n’y est pour rien ! »


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Vous ne connaissez pas encore Aïda Diène ? Alors, ce qui va suivre devrait vous intéresser. La chanteuse mûrit actuellement un projet qui pourrait la mettre bientôt sous les projecteurs.

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Aïda Diène | © Jean-François Picaut

Les Trois Coups. — Qui êtes-vous exactement, Aïda Diène ?

Aïda Diène. — Je suis née à Dakar (Sénégal). Ma famille appartient à une grande lignée de pêcheurs lébous, des Wolofs de la presqu’île du Cap-Vert. Fille unique, je suis arrivée à Paris à l’âge de dix-huit mois. Mon père appartenait au personnel diplomatique de l’ambassade du Sénégal et ma mère était ce qu’on appelle maintenant une assistante maternelle. J’ai grandi dans le quartier de Port-Royal.

Les Trois Coups. — Aïda, c’est votre véritable prénom ou c’est un prénom de scène ?

Aïda Diène. — (Elle part d’un grand éclat de rire). Oui, on me fait souvent observer que c’est un prénom prédestiné pour une chanteuse. Mais c’est mon véritable prénom et Verdi n’y est pour rien ! C’est un prénom féminin très fréquent chez les Lébous.

Comment êtes-vous venue à la musique de jazz ?

Aïda Diène. — Par le gospel, à l’âge de quinze ans. C’est alors que j’ai commencé à fréquenter des chorales de gospel parisiennes, affiliées à la Fédération française de gospel dirigée par Max Zita. À peu près à la même époque, celle que j’appelle ma « seconde maman » (la mère d’un des enfants que gardait ma mère et qui vivait dans le même immeuble que nous) m’a fait découvrir Nina Simone à travers son album Ne me quitte pas.

Les Trois Coups. — D’entrée de jeu, la voix a donc été votre moyen d’expression ?

Aïda Diène. — On peut dire ça, même si j’ai beaucoup navigué dans d’autres eaux. J’ai touché au piano, au violoncelle. De dix-huit à vingt-trois ans, j’ai même étudié le saxophone alto dans une école. J’ai aussi préparé le diplôme d’études musicales (D.E.M.), option musique de jazz.

Les Trois Coups. — En tout cas, votre orientation vers le gospel et le jazz ne se s’est jamais démentie.

Aïda Diène. — C’est vrai, mais là aussi, j’ai beaucoup butiné ailleurs. Le premier groupe auquel j’ai appartenu, à dix-huit ans, s’appelait 417. J’ai participé à beaucoup de jams avec Smiley’s, un groupe dédié à la musique de Julien Lourau. Mais je me suis également frottée au hip-hop et j’ai beaucoup fréquenté les studios Luna rossa (près des Moulins de Paris) où j’ai pratiqué les comédies musicales, le funk, etc. Néanmoins, le jazz et le gospel sont les seules musiques où je ne m’ennuie jamais !

Les Trois Coups. — Et la voix a fini par s’imposer !

Aïda Diène. — Oui, c’est ça. Mon admiration, ma vénération pour Ella Fitzgerald, Nina Simone, Billie Holiday, René Marie (nous parlerons bientôt d’Abbey Lincoln) ont joué un rôle déterminant, de même que les stages que j’ai effectués auprès de Sara Lazarus (lauréate du Premier Prix au premier Concours international Thelonious-Monk en 1994, avec un jury qui comportait, excusez du peu, Jon Hendricks, Shirley Horn, Cleo Laine, Abbey Lincoln, Dianne Reeves et Jimmy Scott [N.D.L.R.]).

Les Trois Coups. — Bien, vous avez donc décidé de devenir chanteuse de jazz. Et quand avez-vous choisi Rennes comme port d’attache ?

Aïda Diène. — Il y a douze ans de cela maintenant. J’y étais venue avec des amis pour les Transmusicales, et j’y suis restée (rires) !

Les Trois Coups. — La ville est propice à l’exercice de votre art ?

Aïda Diène. — Oui, les gens ont une certaine ouverture d’esprit. On y rencontre des musiciens intéressants. Je suis une habituée des jam sessions du jeudi soir à la Ferme de la harpe. Parmi les bars musicaux, j’aime bien Le Henri Cording (clin d’œil à Henri Salvador)…

Les Trois Coups. — Et c’est ici que vous avez mené à bien votre premier projet personnel…

Aïda Diène. — Aïdahood est un projet qui est né de ma rencontre avec le pianiste, compositeur et arrangeur Guillaume Casini. J’y chante du jazz en français, dont deux poèmes de Léopold Sédar Senghor, Femme noire et Comme je passais… C’est alors que j’ai rencontré Abbey Lincoln, il y a déjà cinq ans.

Les Trois Coups. — Nous y voilà !

Aïda Diène. — Le premier titre qui m’a saisie c’est First Song, une chanson du contrebassiste Charlie Haden. La découverte a été progressive, l’album A Turtle’s Dream en est un jalon important. Peu à peu, j’ai rencontré, après la chanteuse qui aimait aussi le gospel, la militante politique comme femme et comme femme noire. J’ai été touchée par ses combats auprès de Myriam Makeba et son engagement aux États-Unis dans la lutte pour les droits civiques, aux côtés notamment de Max Roach qui fut son mari. Sa réflexion en tant qu’Afro-Américaine sur la question noire, sa volonté de promouvoir une musique revendicative sont des choses qui me parlent.

Les Trois Coups. — C’est ainsi que s’est imposée l’idée de lui rendre un hommage ?

Aïda Diène. — Tribute to the Jungle Queen est effectivement né de cette rencontre capitale.

Les Trois Coups. — Pourquoi « Jungle Queen » ?

Aïda Diène. — C’est Abbey Lincoln qui répond dans une interview au sujet d’une chanson qu’elle a écrite, Tarzan & Jane : « I’m not Jane, I’m a Jungle Queen ! » et elle éclate de rire. Et là, j’ai su qui était Abbey Lincoln…

Les Trois Coups. — Le premier projet autour d’Abbey Lincoln se faisait en duo avec le pianiste Édouard Leys ?

Aïda Diène. — Oui, mais il nous est très vite apparu comme insuffisant à tous les deux. L’équipe actuelle qui a intégré Guillaume Robert à la contrebasse et Mourad Benhammou à la batterie a vu le jour il y a deux ans. Avec Henri Jégou, professeur au conservatoire à rayonnement régional de Rennes, à la direction artistique, nous sommes désormais au complet. Et je me sens prête.

Les Trois Coups. — L’avenir, en matière de concerts, c’est quoi ?

Aïda Diène. — L’avenir immédiat en matière de concert, c’est le festival Jazz in Fougères (Ille-et-Vilaine), le 11 avril prochain, au Théâtre Victor-Hugo. Il y aura des invités surprises…

Les Trois Coups. — Vous avez également un projet d’album, et une souscription est même lancée ?

Aïda Diène. — Oui, une souscription est lancée, une souscription directe, pour contribuer au financement de cet album. En écrivant à tributeabbeylincoln@gmail.com, vous recevrez le mode d’emploi détaillé.

Les Trois Coups. — Dieuredieuf (« merci ») comme on dit en wolof. Merci, Aïda Diène, pour l’obligeance avec laquelle vous avez répondu à nos questions.

Aïda Diène. — Dieuredieuf, Jean-François, de m’avoir accueillie aussi chaleureusement et d’avoir partagé vos souvenirs du Sénégal. 

Propos recueillis par

Jean-François Picaut


Tribute to the Jungle Queen, par Aïda Diène

Direction artistique : Henri Jégou

Avec : Aïda Diène (chant), Édouard Leys (piano), Guillaume Robert (contrebasse), Mourad Benhammou (batterie)

En concert : le 11 avril 2014, à Jazz in Fougères

Théâtre Victor-Hugo • 145, rue du Gué-Maheu • 35300 Fougères

Réservations : 02 99 94 83 65

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