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Par Les Trois Coups
Élisa Prévand : créer et donner
Nommée aux molières en 1996 pour son interprétation dans « le Refuge » de James Saunders, Élisa Prévand a depuis fondé sa propre école de théâtre à Boulogne-Billancourt. Avec « la Nouvelle Léda », au Théâtre des Abondances près de la porte d’Auteuil, elle confirme qu’elle est également une talentueuse metteuse en scène. Rencontre.
Les Trois Coups. — L’envie de théâtre, ça vous est venu comment ?
Élisa Prévand. — De mon père [N.D.L.R. : le comédien, auteur et metteur en scène Jean-François Prévand]. Petite, je ne le voyais pas souvent. Alors, dès qu’il était là, tout prenait une dimension magique. Et dans ma tête de petite fille, le théâtre faisait partie de cette magie.
Mais ma première vraie expérience de jeu remonte au tournage du téléfilm la Valise en carton. Une amie de ma mère m’a permis de passer le casting. J’avais 12 ans et j’ai obtenu le rôle de la jeune Linda de Suza ! J’en garde un souvenir fantastique. Ensuite, j’ai enchaîné quelques sitcoms. Poussée par ma mère, j’ai entamé des études de droit puis de psycho, et j’ai commencé à fréquenter le cours Florent en amateur. Comme tout le monde, j’ai tenté le concours interne pour la classe libre, mais je l’ai obtenu et je suis entrée directement en fin de deuxième année. Ensuite, j’ai passé les concours nationaux, et j’ai intégré l’école de la rue Blanche. À partir de cet instant, je me suis consacrée corps et âme au théâtre.
Les Trois Coups. — En 1996, vous êtes nommée aux molières pour votre interprétation dans le Refuge, de James Saunders, dans une mise en scène de Stéphane Meldegg. Depuis, vous vous êtes faite plutôt rare sur scène. Pour quelle raison ?
Élisa Prévand. — Quand je suis entrée à la Rue Blanche, tout s’est emballé. Très vite, j’ai été sollicitée et j’ai cessé les cours. J’ai joué à la Comédie de Paris, au Théâtre Rive-Gauche. Mais je n’étais probablement pas prête psychologiquement pour une pièce aussi éprouvante et perverse que le Refuge. S’en est suivi une complète remise en question, qui a duré deux ans. Et puis la rencontre avec mon mari et la naissance de notre fille a complètement bouleversé mes priorités. Je me suis rendu compte qu’il me manquait quelque chose sur scène, j’avais envie d’une démarche moins narcissique, et besoin de transmettre, de donner. Je n’exclus pas du tout de remonter sur scène, au contraire, mais je m’épanouis vraiment dans l’enseignement aujourd’hui.
Le passage à la mise en scène a également été une révélation. Je me souviens que pendant le tournage de la Valise en carton j’étais fascinée par l’équipe de tournage, et j’avais envie de passer derrière la caméra. C’est passionnant, excitant, et gratifiant de créer. J’ai la sensation de m’être enfin réalisée.
Les Trois Coups. — Pourquoi avoir choisi de monter la Nouvelle Léda, qui est quasiment une comédie musicale, avec une troupe composée de comédiens, et non de chanteurs ?
Élisa Prévand. — L’idée, c’était d’aborder la pièce autrement. À l’origine, il s’agit d’une opérette d’Alfred Jarry. Elle a été montée par d’anciens élèves du Conservatoire de comédie musicale de Paris. Mais, comme ils étaient huit, et qu’il n’y avait que cinq rôles, ils ont adapté le texte pour introduire trois rôles supplémentaires. Léda est devenu le rêve d’Adèle, en analyse avec un psychiatre à deux têtes. La contrainte parfois amène les bonnes idées ! J’ai découvert la pièce, car j’ai eu la chance de remplacer temporairement une des comédiennes. La production originale était particulièrement harmonieuse, pour tout ce qui concerne les parties chantées. J’ai eu envie que toute cette folie, qui se révélait dans les chansons, soit portée par l’interprétation déjantée des comédiens.
Les Trois Coups. — Avez-vous dû faire des aménagements particuliers ?
Élisa Prévand. — La Nouvelle Léda reste une comédie musicale avec de nombreuses parties chantées. J’ai ajouté une scène au début de la pièce, qui explicite les enjeux du rêve. Et j’ai aussi souhaité que les psys soient joués par des hommes parce que c’est le sexe qui obnubile Adèle, et c’était intéressant d’introduire une dimension œdipienne dans ses rapports avec ses psys. On a aussi creusé les rapports entre les deux psys, qui se confrontent directement, contrairement à la production originale. Je voulais qu’Adèle échappe à la caricature et devienne universelle. Du coup, j’ai essayé d’aborder les choses de façon plus simple, plus consensuelle, pour permettre au spectateur de s’approprier le rêve d’Adèle. ¶
Recueilli par
Sophie Lecerf
Les Trois Coups
Voir la critique de la Nouvelle Léda par Sophie Lecerf pour les Trois Coups
La Nouvelle Léda, d’Alfred Jarry
Adaptation : Karine Dubernet
Théâtre in Love • 60, rue de Belle-Feuille • 92100 Boulogne-Billancourt
Mise en scène : Élisa Prévand
Avec : Anne-Gaelle Berthod, Bruno Cal-Garsia, Anne-Lise Ratier, Sébastien Magnon, Susanna Keo, Charles-François Hoschet-Verdier, Débora Roquebrune, Frédéric Leenhardt
Théâtre des Abondances • 49, rue Saint-Denis • 92100 Boulogne-Billancourt
Durée : 1 h 15
10 € | 8 €
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