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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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Jazz sous les pommiers 2013 à Coutances (Manche), chronique nº 1

Ça démarre très fort


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


La première journée de la 32e édition de Jazz sous les pommiers est éclectique, à l’image du festival. On y retrouve de la soul revisitée, de la musique métissée, un petit bijou inclassable et un monstre sacré du jazz. Une mise en bouche très appétissante.

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Madeleine Peyroux | © Jean-François Picaut

Sous un soleil timide mais présent, les organisateurs de Jazz sous les pommiers (Coutances) affichent un sourire radieux. Malgré la crise, les soutiens institutionnels et privés sont restés fidèles, et surtout le public s’annonce très nombreux. L’objectif fixé pour cette année de 37 000 spectateurs est atteint à 90 % avant que le festival ne commence !

Blue Room par Madeleine Peyroux : le charme
et la nostalgie

Le premier grand concert de cette 32e édition présente Madeleine Peyroux dans une salle Marcel-Hélie archicomble. La chanteuse y interprète son dernier album, The Blue Room (Universal Music). Le répertoire de ce dernier opus ne manque pas de chien ni son interprète d’audace. Il s’agit surtout de reprises de la soul des années 1960, de Ray Charles essentiellement.

Loin de la démesure du Genius, Madeleine Peyroux donne une version intimiste et convaincante de tubes comme Unchain My Heart et I Can’t Stop Loving You. Celle qui dit ne chanter que le blues, l’amour et l’alcool donne une version drôle et pathétique de I’m Guilty, où elle joue à perfection le rôle de l’alcoolique. On regrettera toutefois que sur ce morceau les violons ne soient un peu trop doucereux, moins que sur le disque cependant. Dans la Javanaise, les violons et le violoncelle l’accompagnent seuls, et cette fois, c’est un régal pour une interprétation très lente, au bord de la rupture. La chanteuse met beaucoup de cœur dans Like a Bird dont le refrain est un hymne à la liberté : « J’ai essayé, au cours de mon chemin, d’être libre ! ». I Hear Music met en valeur la contrebasse avant de permettre à chaque musicien de s’exprimer seul. Dans Born to Lose, on arrive à oublier que Ray Charles et Nina Simone, entre autres, l’ont chanté : c’est à soi seul un exploit. Le concert s’achève sous les vivats du public enthousiaste par J’ai deux amours, interprété avec cœur et humour. Avant d’entrer en scène, Madeleine Peyroux nous confiait qu’elle avait très envie de faire un disque en français, les deux titres qu’elle a choisis pour ce soir devraient l’y encourager.

Madeleine Peyroux n’est pas une bête de scène comme certains des interprètes prestigieux qui ont chanté avant elle le répertoire qu’elle a choisi. Elle le sait et ne cherche pas à jouer sur ce registre. Son spectacle y gagne en proximité, en humanité et en charme.

The Tel Aviv Session par The Touré Raichel Collective : l’éloge du métissage

Fruit d’une rencontre devenue une amitié, The Tel Aviv Session (Cumbancha / Pias) est aussi un mariage entre les rives du fleuve Niger et la Méditerranée. Idan Raichel, le pianiste et chanteur israélien, y mêle sa musique à celle de Vieux Farka Touré, lui-même guitariste et chanteur, fils du grand Ali Farka Touré. Le groupe est complété par Souleymane Kale (calebasse et voix) et Amit Carmeli (basse et voix) : deux Blancs et deux Noirs. Mais qu’importe la couleur de peau puisque, ici, tout est osmose. Le seul instrument africain présent en scène est la calebasse, mais la guitare de Vieux Farka Touré sonne le plus souvent comme une kora et le piano d’Idan Raichel sait se faire percussion ou imiter d’autres instruments africains, dont la kora elle-même. Il n’est pas jusqu’au chant des deux hommes qui ne circule entre les deux univers. The Tel Aviv Session, c’est à la fois une évasion vers l’ailleurs et un grand sentiment de connivence : une leçon de musique du monde et un exemple à suivre de fraternité qui n’est pas seulement musicale.

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Charles Lloyd | © Jean-François Picaut

Bitter Sweets d’Elise Caron et Edward Perraud : retrouver son âme d’enfant

Le club de la cave des Unelles était archicomble pour accueillir les deux ludions du festival, Elise Caron et Edward Perraud. Attention, décollage imminent, destination le royaume de loufoquerie, mais pas uniquement. Les deux compères, complices, nous livrent un petit bijou de musique et d’humour. Les talents de comédienne et de chanteuse d’Elise Caron se marient à merveille à l’invention musicale d’Edward Perraud, qui a adjoint une boîte à sons à sa batterie. Bitter Sweets (Quark Records / L’Autre Distribution) est un album à écouter, évidemment, mais c’est aussi (surtout ?) un spectacle à voir : quand on y a goûté, on n’est pas près d’oublier ces douceurs acidulées à moins que ce ne soient ces « amères douceurs » comme le dit plutôt l’expression anglaise. Nous reviendrons bientôt avec Elise Caron sur ce surprenant objet qui nous ramène à l’innocence un peu perverse de l’enfance.

Sangam par le trio de Charles Lloyd : on a retrouvé
le monstre sacré

Charles Lloyd n’est pas toujours égal à lui-même. Aussi, est-ce plein d’espoir tempéré par une once d’inquiétude que nous abordions ce concert dont nous sommes sortis aux anges ! Pour ce Sangam (E.C.M. / Universal Music), Charles Lloyd est entouré de Zakir Hussain (tablâ, voix et percussions) et d’Eric Harland (batterie, piano et voix). Tous les deux sont d’excellents musiciens, et leurs duos qui se transforment parfois en joutes sont un régal musical où parfois se mêle une once d’humour. Zakir Hussain est un vocaliste pour qui la mélodie et le scat semblent n’avoir pas de secrets. Quant à Charles Lloyd, lui-même joue bien du piano, de la flûte traversière alto, de la flûte basse. Il chante aussi en parlé-chanté et s’installe même pour quelques mesures à la batterie, mais c’est au saxophone ténor qu’il est admirable !

Chaque fois qu’il a embouché cet instrument ce soir, il a touché au sublime. Il n’a pas son pareil, quand l’esprit le porte, pour vous faire fondre avec une mélodie déchirante, puis vous entraîner presque sans transition dans un rythme cadencé et quasi dansant, avant de broder une belle mélodie sur de petits thèmes récurrents. Il vous embarque ainsi, sans défense, dans son univers, et on le suit comme on suit Alice dans son Wonderland, avant de rentrer chez soi sur un petit nuage.

Tout cela n’était que la première journée du festival ! Aujourd’hui, ce sera un dimanche en fanfares avec un rendez-vous notamment avec le résident de Jazz sous les pommiers, Thomas de Pourquery, avant d’aborder une semaine entière de jazz. Les festivités ne font que commencer ! 

Jean-François Picaut


Jazz sous les pommiers 2013 à Coutances (Manche)

32e édition

Du 4 mai au 11 mai 2013

Contact public : Les Unelles • B.P. 524 • 50205 Coutances cedex

Tél. 02 33 76 78 50 | télécopie 02 33 45 48 36

Site : http://www.jazzsouslespommiers.com

Courriel : jslp@jazzsouslespommiers.com

Billetterie : 02 33 76 78 68 (du lundi au samedi, et tous les jours pendant le festival)

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