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Par Les Trois Coups
Une chorégraphie tirée au cordeau
« La vérité 24 × par seconde », spectacle proposé par Frédéric Flamand et interprété par le Ballet national de Marseille, a ouvert avec panache le 34e festival de danse d’Avignon, Les Hivernales.
« la Vérité 24 × par seconde » | © Pino Pipitone
Deux inspirations fortes se conjuguent pour Frédéric Flamand dans ce ballet étourdissant : elles proviennent d’Italo Calvino et de Jean-Luc Godard. Elles donneront le sens profond du spectacle, la trame continue sur laquelle vont évoluer dix-sept danseurs du Ballet national de Marseille.
Tout d’abord, et on ne peut y échapper, le titre est une allusion directe à une réplique du film le Petit Soldat de Jean-Luc Godard : « La photographie, c’est la vérité. Et le cinéma, c’est vingt-quatre fois la vérité par seconde ». Dans son spectacle, Frédéric Flamand utilise trois caméras de vidéosurveillance qui balaient sous des angles différents certaines scènes et les projettent en direct. Des caméras vidéo qui filment à 25 images par seconde. Une seconde de plus que le super-huit, une seconde de plus pour approcher davantage encore, si cela est possible, la vérité nue.
Le « Baron perché » vu par Ai Weiwei
La seconde inspiration vient de l’écrivain italien Italo Calvino et de son roman mythique le Baron perché. Le héros, Côme Laverse du Rondeau, jeune baron de son état, décide de grimper dans les arbres pour ne plus jamais en descendre : sa vie se déroulera désormais ainsi, jusqu’à ses derniers jours, un cran au-dessus du monde, mais sans jamais couper réellement avec le genre humain. D’arbre en arbre, Côme évolue au-dessus du sol, s’approche de la ville, tombe amoureux, observe les hommes et les femmes déambuler au-dessous de lui.
Frédéric Flamand fait appel au plasticien chinois Ai Weiwei – à l’honneur en ce moment à Paris avec une grande exposition de ses œuvres au Jeu de paume – pour créer le décor de son ballet à partir de cette histoire. Et Ai Weiwei imagine alors une forêt métallique où chaque arbre est une échelle suspendue à une structure, elle-même en suspension, reliée par des câbles, le tout en perpétuel mouvement.
Place à la danse
Les danseurs du Ballet national de Marseille investissent alors l’espace, évoluent avec force et aisance, et figurent la diversité des êtres, des situations ou des actions, dans une succession de scènes qui reproduisent ainsi la vie, le genre humain.
Un jeune danseur, au corps adolescent, mais dont la maîtrise de son art indique clairement des années de travail, incarnera Côme, le baron perché, dans une danse acrobatique au sol, très belle, avant de prendre son envolée. On le retrouvera au fil du spectacle évoluant au-dessus de sa forêt d’échelles, observant naïvement le monde ou cherchant à caresser la lune avec une infinie douceur.
Au sol, on retiendra le très beau passage de l’amoureuse à la traîne de paon, le corps à corps des garçons, les solos féminins… Et les captations vidéo projetées sur le mur du fond, parfois sur un immense filet à l’avant de la scène, accentuent un détail, donnent une autre dimension au mouvement, à la perception que l’on en a.
Il y aura parfois quelques longueurs, mais suffisamment rares pour ne pas entacher le tout. L’ensemble n’est sans doute pas l’œuvre de l’année, mais c’est excellemment dansé. Tous sont d’un très bon niveau et peuvent s’exprimer tour à tour dans cette chorégraphie tirée au cordeau.
Décor, bande-son et éclairage en accord parfait
À souligner également le choix parfait de la bande-son. Selon les scènes, ce seront des références classiques, l’élégance d’un clavecin, ou des musiques contemporaines, fortement rythmées. Un choix toujours juste, en accord absolu avec les sujets, qui en augmente la poésie ou accélère les tensions.
La musique, l’éclairage qui intensifiait et personnalisait certaines scènes, et surtout le décor d’Ai Weiwei, ont donné une autre dimension à ce spectacle, davantage de force au ballet. Le regard du spectateur ne reste plus au sol, il est sollicité sans cesse, entre projection et construction métallique, dans l’ensemble de l’espace scénique. Et, comme le baron perché, nous sommes incités à adopter un angle de vue différent, à ouvrir nos yeux vers d’autres horizons, sur une autre vision du monde. ¶
Martine Rieffel
Les Trois Coups
La Vérité 24 × par seconde, de Frédéric Flamand
Chorégraphie : Frédéric Flamand
Production design : Ai Weiwei
Interprétation : Katharina Christl, Malgorzata Czajowska, Noémie Ettlin, Nonoka Kato, Yoshiko Kinoshita, Béatrice Mille, Valentina Pace, David Cahier, Yasuyuki Endo, Vito Giotta, Gabor Halasz, David Le Thai, Marcos Marco, Christian Novopavloski, Julien Ramade, Diego Tortelli, Nahimana Vandenbussche
Maître de ballet : Sophie Faudot-Abel
Assistants chorégraphiques : Yasuyuki Endo et Katharina Chirstl
Musiques : Heinrich Biber, Biosphère, Robert Henke, Pietro Locatelli, Pan American, Fausto Romitelli, Igor Stravinsky, George Van Dam
Directeur technique : Frédéric Granger
Régie lumières : Bertrand Blayo
Régie plateau : Yann Pardon et René Pautou
Régie son : Philippe Boinon
Régie vidéo : J.-C. Aubert et Pino Pipitone
Costumières : Aurélia Lyon et Nicole Murru
Production : Ballet national de Marseille
Coproduction : Grand Théâtre de la ville de Luxembourg
Coréalisation : Théâtre national de Marseille-La Criée
Coréalisation : Les Hivernales-Avignon
Site Les Hivernales : http://www.hivernales-avignon.com/
Site Ballet de Marseille : http://www.ballet-de-marseille.com/
Opéra-Théâtre d’Avignon et des Pays de Vaucluse • 1, rue Racine • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 82 42 42
Le 25 février 2012 à 20 h 30
Durée : 1 h 15
35 € | 10 €
Prochaine représentation : le 23 mars 2012 au Silo à Marseille
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