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Par Les Trois Coups
Peut-être plus décevant et maladroit qu’un flirt prépubère
Par Nicolas Belaubre
Les Trois Coups.com
« Maybe Forever » : voilà la formule d’une relation qui démarre mal. On dit qu’en amour il y en a toujours un qui souffre et l’autre qui se fait chier. Au spectacle, les proportions peuvent vite devenir catastrophiques. Ils étaient trois sur la scène du Théâtre Garonne : deux danseurs et un guitariste… en souffrance.
Sur une scène dépouillée, un homme et une femme sont allongés sur le dos. Très lentement, ils utilisent leur corps et l’espace. Suis-moi, je te fuis. Visiblement, ils s’aiment. Ou à tout le moins se désirent. Tantôt allongés côte à côte, tantôt l’un sur l’autre, ils se débattent plus qu’ils ne s’ébattent, dans un jeu de séduction rappelant en fait la lutte pour la survie d’insectes estropiés. Leur relation va prendre forme au cours d’une succession de tableaux étranges. Sans jamais s’épanouir vraiment, elle se résumera à une course-poursuite convulsive. Si l’on parle d’amour, alors il doit être donné de voir, dans l’ombre des alcôves, des ballets bien plus réjouissants.
Dans ce spectacle, pourtant coécrit par deux chorégraphes de renom, Meg Stuart et Philipp Gehmacher, on danse peu. On se cherche, on pantomime grossièrement et on parle au micro. Ou plutôt, on déclame sans âme et en angliche. Il n’y a pas vraiment d’histoire. Pas vraiment non plus de rythme ou de tension dramatique. Alors que reste-t-il ? Une sorte de danse de Playmobil, coincée et saccadée. On retrouve d’ailleurs cette attitude dans les mouvements de Meg Stuart. En effet, ses mimes grossiers relèvent plus d’une soirée jeux entre amis, et ses mouvements de danse m’évoquent un pauvre bougre fuyant un bourdon qui se serait introduit dans le col de sa chemise. Quand à Philipp Gehmacher, il semble régulièrement se demander ce qu’il peut bien faire là. Question qui vaut pour moi-même.
« Maybe Forever » | © Chris Van der Burght
De même, Niko Hafkenscheid, guitariste électro-pop belge et maigrichon, semble relativement mal à son aise sur scène. À l’étroit dans sa chemise comme un teenager dans son corps étriqué, il se perd dans l’espace de la scène comme dans celui de son pantalon, trop large pour ses guibolles. Sa voix est à peine plus assurée que celle d’un adolescent en pleine mue. La critique serait malvenue s’il avait donné le change avec sa guitare. Mais il s’est contenté de nous étourdir par une succession de ballades insipides et monotones. Chacune se composant de trois accords élémentaires, déclinés sur des arpèges de premier cycle. Ici encore, le parti pris minimaliste est un fard qui dissimule à peine les lacunes d’une esquisse.
En faisant un petit effort, on peut toutefois s’attendrir sur la maladresse de l’adolescent gauche et timoré qui n’ose prendre sa petite amie par la taille. Si l’on ajoute à cela quelques élans de tendresse, il nous restera la possibilité de traquer les rares sursauts d’émotion qui émaillent le spectacle. Ceux-ci se réduisent malheureusement à une main qui glisse sur une cuisse ou à un front qui repose dans le creux d’une épaule. En outre, les tentatives réalisées pour faire passer le « message » se brisent sur l’écueil conceptuel. On ne comprend pas bien, par exemple, le moment d’extase de Meg Stuart, contemplant le mur en briques du fond de la salle. Cela dévoile surtout, à mes yeux, une démarche trop élitiste et égocentrique. On a du mal à adhérer au délire, à entrer dans l’univers que nous offre ce trio. Si cette pièce se veut résolument intimiste, elle m’est plutôt apparue brouillonne et irréfléchie. Comme si la spontanéité se confondait avec une impulsivité mal contrôlée.
Enfin, pour seul décor, dans le fond de la scène, une photo démesurée représente deux pissenlits, dont les aigrettes prennent le vent devant un paysage de montagne. Métaphore galvaudée de l’éphémère qui contraste avec l’éternité des grands sommets. Le fin mot de l’histoire ? Je l’ai raté, je pensais à autre chose. Le noir est venu brutalement, alors que Meg Stuart venait de revenir sur scène, affublée d’un nouveau costume : une robe rouge et tape à l’œil, avec du strass. Le public a été pris de court et a un peu tardé avant d’applaudir. Meg Stuart et Philipp Gehmacher se sont plantés. C’est indéniable. Et moi, aujourd’hui, je me suis rasé deux fois. Une première dans ma salle de bains et une seconde au Théâtre Garonne. ¶
Nicolas Belaubre
Maybe Forever, de Meg Stuart et Philipp Gehmacher
Damaged Goods & Mumbling Fish
Chorégraphie et danse : Meg Stuart et Philipp Gehmacher
Musique en direct : Niko Hafkenscheid
Dramaturgie : Myriam Van Imschoot
Lumière : Jan Maertens
Scénographie et costumes : Janina Audick
Musique et sons : Vincent Malstaf
Assistance chorégraphie : Sigal Zouk
Chargée de production : Tanja Thomsen
Assistance scénographie et costumes : Inga Timm
Production : Damaged Goods & Mumbling Fish
Coproduction : Kaaitheater (Bruxelles), Xexner Center for the Arts (Columbus, Ohio), Théâtre de la Ville (Paris), Volksbühne am Rosa-Luxemburg-Platz (Berlin)
Théâtre Garonne • 1, avenue du Château-d’Eau • 31300 Toulouse
Réservations : 05 62 48 54 77
Mercredi 28 avril 2010 et jeudi 29 avril 2010 à 20 heures, vendredi 30 avril à 20 h 30
Durée : 1 h 20
20 € | 16 € | 11 €
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