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Par Les Trois Coups
Pour rire ?
Par Nicolas Belaubre
Les Trois Coups.com
« Pour rire, pour passer le temps », du groupe T.S.H. est une pièce résolument violente et « trash ». Quatre personnages, dont l’âge et la condition sont indéterminés, sombrent dans un jeu macabre où torture et humiliation semblent représenter la seule issue au besoin de se sentir exister.
« Pour rire, pour passer le temps » | © Jean-Pierre Montagné
Le malaise d’une société peut se mesurer aux passe-temps de ses enfants. Bien que les jeux de lutte et de persécution aient existé de tout temps, les pratiques comme le bizutage ou le happy slapping (1) sont le reflet d’une inflation déroutante de la violence, à la limite de la banalisation. Le sujet est vaste et polémique. Pour rire, pour passer le temps fait donc le choix de nous exposer brutalement à cette réalité, sans fard ni grand discours. Une victime au consentement limité, un complice par moments contrarié et deux bourreaux, chefs d’orchestre de ce concert de vexations, composent le macabre quatuor qui nous entraîne dans la spirale infernale d’une violence qui se légitime par des principes absurdes et hypocrites, comme « parce que je te le dis » ou « parce que tu es supérieur ».
Ça commence comme un jeu idiot, insensé. Très vite, ça dérape, et on découvre un univers sadique. On ne sait pas trop si l’action se déroule dans une cour d’école désertée par ses surveillants ou dans la chambre d’une enfant traumatisée qui prendrait ses poupées pour défouloir. Les personnages, sortes de marionnettes volubiles, s’insultent, se crachent à la figure ou s’embrassent sous la contrainte. Dépourvus de tout repère, ils incarnent sur scène les mécanismes pervers de reproduction de la violence. Ils sont en fait les miroirs déformés d’une réalité où les règles élémentaires du savoir-vivre s’inculquent à grands coups sur la tête. Le texte, construit sur des réminiscences d’injonctions maintes et maintes fois entendues dans l’enfance, réussit à impliquer le spectateur. Toutefois, il se disperse quelque peu, enchaînant des situations qui entretiennent comme lien principal une surenchère dans la brutalité.
Ainsi, les partis pris de mise en scène sont radicaux, assénés comme le marteau d’un juge d’instruction. Une dizaine de pupitres d’écoliers épars et renversés constitue le seul décor. Les comédiens, vêtus de costumes évoquant l’uniforme, investissent l’espace dans un ballet frénétique qui mêle la rixe aux jeux d’enfants. Ils alternent moments dialogués et chœurs scandés. L’adresse directe au public prend ici une dimension de vérité indiscutable. Crédibles sans être réalistes, ils nous démontrent que sur la table de la vie, la violence est une crudité. Enfin, les effets de lumière viennent rythmer les sautes d’humeur des personnages, basculant brutalement du blanc livide au rouge sang, et inversement.
Une tension extrême, à la limite de la rupture
Pour leur part, les acteurs assument avec une certaine classe les postures contraignantes de la mise en scène. Le regard fixe, ils maintiennent tout au long de la pièce une tension extrême, à la limite de la rupture. Sébastien Bouzin, bourreau influençable avant d’être victime à son tour, impressionne par la puissance de son jeu. Il ne s’emporte pas, il fulmine. Il ne bouillonne pas, il éclate. Son enthousiasme schizophrénique en vient à nous faire craindre l’apoplexie. De même, Laurent Pérez et Denis Rey assument avec une froideur implacable leur rôle de bourreau teigneux. Leurs répliques s’enchaînent avec la détermination d’un peloton militaire chargé d’exécutions à la chaîne. Enfin, Sylvie Maury se démène, ballotée par les vagues de violence qui submergent ses camarades, le visage figé en un masque inquiétant.
En définitive, Pour rire, pour passer le temps nous impose une mise en scène intransigeante qui ne pourra laisser le spectateur indifférent. Il lui faudra tout autant accepter le principe d’une adresse directe et une thématique brutale et cruelle. Les âmes les plus sensibles ressentiront un certain malaise face à ce spectacle relativement insaisissable, dont ils peineront à déterminer s’il sombre ou non dans la violence gratuite. C’est donc une pièce énergique, à conseiller principalement à tout ceux qui sont convaincus qu’une bonne claque de temps en temps ne fait pas de mal. ¶
Nicolas Belaubre
1. Le happy slapping ou vidéolynchage est une pratique consistant à filmer l’agression physique d’une personne à l’aide d’un téléphone portable. Le terme s’applique à des gestes d’intensité variable, de la simple vexation aux violences les plus graves, y compris les violences sexuelles. Le terme anglais, qui signifie littéralement « donner joyeusement des baffes » est un jeu de mots sur l’expression slap-happy, qui dénote une attitude joyeuse et débonnaire.
Pour rire, pour passer le temps, de Sylvain Levey
Éd. Théâtrales, I.S.B.N. 978-2-84260-244-4
Groupe T.S.H. • 6, impasse de Varsovie • 31300 Toulouse
05 61 42 10 70
Mise en scène : Anne Lefèvre
Assistante à la mise en scène : Audrey Gary
Avec : Sébastien Bouzin, Sylvie Maury, Laurent Perez et Denis Rey
Scénographie et costumes : Anne Lefèvre et le Groupe T.S.H.
Le Vent des signes • 6, impasse de Varsovie • 31300 Toulouse
Réservations : 05 61 42 10 70
Mardi 15, mercredi 16, jeudi 17 et vendredi 18 février 2011 à 20 h 30
Durée : 55 minutes
13 € | 10 €
Théâtre Sorano • 35, allées Jules-Guesde • 31000 Toulouse
Du 22 au 25 février 2011, à 20 heures sauf vendredi à 21 heures
8 € à 19 €
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