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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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« Projet opérette », de Charly Marty (critique), L’Élysée à Lyon

Projet ambitieux
mais éprouvant


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Le Théâtre de l’Élysée débute cette nouvelle saison avec la présentation du 19 au 24 septembre 2011 du chantier nº 2 de « Projet opérette ». Suite à un premier travail initié en janvier 2011, cette seconde étape marque une nouvelle avancée dans les recherches de la compagnie Ubris sur l’œuvre de Witold Gombrowicz et atteste du soutien continu d’un lieu en faveur des jeunes compagnies.

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« Projet opérette » | © Aurélien Serre

Pour ce second temps d’expérimentation, le moins que l’on puisse dire est que la compagnie Ubris a vu les choses en grand. En effet, le Projet opérette est un vaste chantier où durant deux heures, près d’une vingtaine d’interprètes poussent la chansonnette lorsqu’ils ne s’affrontent pas à gorge déployée. Fidèle à la forme initiale d’Opérette, dernière pièce écrite en 1967 par le célèbre auteur polonais, le spectacle se compose de trois actes. L’intrigue débute par la présentation du comte Agénor Himalay, jeune dandy blasé, à la recherche de nouvelles conquêtes afin de supplanter son rival, le baron Firulet… Dans la lignée de l’univers de Gombrowicz, ici les protagonistes sont parfaitement grotesques. Les deux jeunes premiers sont en réalité deux caricatures grassouillettes, affublées de tenues répondant aux codes vestimentaires d’une jeunesse dorée d’aujourd’hui : polo, bermuda, espadrilles, raquettes de badminton et tabourets portatifs. Autour d’eux, c’est toute une cour qui se presse et s’agite, amis proches ainsi qu’une ribambelle de domestiques et de soubrettes.

Difficile de ne pas penser à certains moments à mise en scène d’Yvonne princesse de Bourgogne de Gombrowicz par la compagnie Nödj, tant l’univers créé et les protagonistes semblent parfois proches. Mais ici, aux traits poussés jusqu’au ridicule, vient s’ajouter un humour graveleux et scatophile à grand renfort de flatulences et autres vomissements de Madame le professeur incarnée par Julie Tarnat. La société dépeinte dans Projet opérette est celle d’une bourgeoisie d’avant-guerre symbolisée notamment par Maître Flor, personnage aux faux airs de Karl Lagerfeld, dictateur de la mode et du bon goût. Ces valeurs « supérieures » chères à la bourgeoisie sont rapidement détournées, infiltrées de l’intérieur, voire totalement inversées par le biais de la fête, moment où les rôles se transforment et où la hiérarchie disparaît.

Tout balayer

À cette seconde étape de chantier, un important travail est déjà mené sur la scénographie et les costumes. On découvre, par exemple, une scène de jardin composée de praticables recouverts d’un gazon artificiel, d’un rideau en tissu blanc et d’une bâche transparente. Ce premier décor s’ouvre ensuite sur une ambiance de bal masqué au château où les praticables deviennent un podium de défilé, jusqu’à ce que, au troisième acte, le vent de l’histoire vienne tout balayer de son souffle.

L’intégralité de la pièce est accompagnée musicalement, majoritairement au piano puis au moyen de morceaux de musique électronique lorsque la fête bat son plein. Cette dimension sonore, à l’instar du jeu porté avec talent par les comédiens, crée un vrai rythme, mais ne réussit pas à pallier les longueurs d’une intrigue qui s’essouffle et transforme par moments les deux heures de jeu en épreuve d’endurance. En effet, le premier acte semble être démesurément long par rapport aux deux suivants, ce qui donne lieu à un véritable sentiment de lassitude.

Cette seconde étape de travail du Projet opérette se fait le révélateur d’un travail ambitieux, qui envisage déjà la nécessité d’un espace plus grand que la scène du théâtre de l’Élysée. Pourtant, à ce stade de la création, la forme proposée mérite de se délester d’un certain nombre de moments dispensables afin d’offrir un rendu plus percutant et, par là même, moins éprouvant. 

Élise Ternat


Projet opérette, de Charly Marty

Mise en scène : Charly Marty

Collaboration artistique : Raphaël Patout

Création costumes : Quentin Gibelin

Collaboration costume et habillage : Anaïs Pinson

Création lumières et scéographie : Julien Dubuc

Création musicale : Léopoldine Hummel

Arrangements et direction musicale : Pierre Kuentz

Création sonore : Emmanuel Soccodato

Régie son : Sophie Berger

Avec : Théodore Carriqui, Charly Marty, Charlotte Ligneau, Mickaël Utjesenovic, Julien Dérivaz, Nicolas Mollard, Steven Fafournoux, Jules Jobard, Céline Dumas, Elena Bruckert, Julie Tarnat, Yves Charreton, Léopoldine Hummel

Chœur de seigneurs : Jules Jobard, Pauline Hercule, Gilbert Caillat, Sandrine Davion

Chœur de valets : Marion Guénal, Chloé Lombard, Lucie Milani, Céline Dumas

L’Élysée • 14, rue Basse-Combalot • 69007 Lyon

Du 19 au 24 septembre 2011 à 19 h 30

Réservations : 04 78 58 88 25

www.lelysee.com

Durée : 2 heures

12 € | 10 €

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