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Par Les Trois Coups
« L’acteur caché » et le danseur envoûtant
L’I.R.M.A.R. et Yaïr Barelli ont composé la première soirée du festival Les Rencontres parallèles 03, captivante et prodigieuse.
Yaïr Barelli | © D.R.
C’est le jeudi 19 mai 2011 que la troisième édition des Rencontres parallèles a débuté, sonnant le coup d’envoi d’une programmation riche et ambitieuse. Mêlant le spectacle vivant aux disciplines voisines comme le dessin ou la vidéo, le festival accueille dans le grand hall de la Cartonnerie, et ce jusqu’à la fin des Rencontres le 28 mai 2011, le travail graphique d’Alexander Schellow (à découvrir : une carte blanche étroitement liée à Marseille et ses habitants), ainsi que « la Trilogie romaine » de la vidéaste Vanessa Santullo.
La proposition collective Du caractère relatif de la présence des choses de l’I.R.M.A.R. et Ce con texte, l’évènement introspectif et intime du danseur Yaïr Barelli, ont ouvert la biennale, semant trouble et émotion.
Une sorte d’état d’alerte
L’obscurité totale, à laquelle on peine à s’habituer au début du spectacle, renforce le caractère inquiétant des sons provenant des coulisses. Le public, à l’écoute de bruits aléatoires et angoissants, se trouve dans une étrange posture. Une sorte d’état d’alerte dans lequel la démarche du collectif plonge le spectateur tout du long. Loufoque et distanciée, leur attitude crée l’étonnement, le rire et parfois l’interrogation, mais ne peut en aucun cas laisser indifférent.
Les comédiens silencieux se déplacent avec précision sur un plateau nu, qu’ils agrémentent d’objets pour la plupart anciens : une table de cuisine en Formica, une valise, un chronomètre, une radiocassette ou une platine vinyle. Le texte, lui, vient des coulisses. « L’acteur caché », tel qu’il se définit (interprété par Solal Bouloudnine), s’exprime dans un micro d’une voix calme et posée. Il présente la démarche de l’I.R.M.A.R. en alternant le français et un anglais approximatif, pour les anglophones qui seraient présents dans la salle, ce qui provoque l’hilarité du public. Il confie également que la première idée de titre était : Du caractère relatif de la présence des choses ou Jean-François Copé. Mais, n’ayant finalement pas trouvé de lien entre les deux, ils ont préféré supprimer la deuxième partie du titre.
Cependant, ils ont conservé dans le spectacle une anecdote liée à ce qu’ils ont découvert de Jean-François Copé, disent-ils : la pratique du piano. Le comédien Olivier Veillon entre alors en scène avec un synthétiseur, pour une confrontation truculente et cocasse. « Olivier à été choisi pour jouer ce personnage, car sa présence assume divinement bien le vide. » C’est ainsi que la voix off définit l’impassibilité de l’acteur. Une apathie qui ne l’empêche pas de s’engager dans une lutte sonore improbable avec l’homme au chronomètre (Baptiste Amann). Un face-à-face invraisemblable où c’est à celui qui aura le dernier mot, ou plus précisément, la dernière note.
Savoureux et atypique, le collectif I.R.M.A.R., très inspiré par les dadaïstes et le musicien John Cage, se place indéniablement au cœur de l’émergence. Il expose avec beaucoup d’humour, de finesse et de fraîcheur, le caractère relatif de la présence des choses, dont les derniers mots de la pièce – « je suis juste là » – pourraient constituer une sorte d’explication, voire de définition.
Un spectacle surprenant
L’envoûtant danseur israélien Yaïr Barelli est au Massalia avec Ce con texte, une performance d’une demi-heure en parfaite communion avec son auditoire.
Entre parole, mouvement et musique, le danseur crée à partir du moment présent un spectacle surprenant. Il s’adresse tout d’abord au public les yeux fermés, et l’invite à lui répondre. Il engage alors un dialogue auquel les spectateurs participent timidement, mais avec beaucoup d’intérêt et d’envie.
Rythmé par le son de sa propre voix, le danseur arrive sur scène et ouvre les yeux. Il dit qu’il parle et parle encore pour trouver un sujet, mais surtout pour s’alléger, « pour m’enlever du poids ». Énigmatique et félin, le corps en perpétuel mouvement, il annonce qu’il va se déshabiller. Pourquoi ? « Pour être plus simple » dit-il. Non sans humour, il raconte la petite histoire liée à chacun de ses vêtements, les observe comme une partie de lui-même, et s’abandonne au langage du corps.
Sur une chanson de Bob Dylan, Ballad of A Thin Man, dont les paroles trouvent un écho particulier avec tout ce que le début évoque, Yaïr Barelli dévoile autant sa lumineuse et troublante personnalité que ses qualités de danseur, avec beaucoup de générosité. Un autre artiste émergent qui illumine l’époustouflante démarche de Komm’n’act, la structure organisatrice et productrice du festival. ¶
Laure Quenin
Les Trois Coups
Rencontres parallèles 03, de Komm’n’act
Du caractère relatif de la présence des choses, d’I.R.M.A.R.
Ce con texte, de Yaïr Barelli
Komm’n’act • 93, la Canebière, BP 9 • 13001 Marseille
04 91 91 50 26
Site : www.komm-n-act.com
Courriel : contact@komm-n-act.com
Lieux :
– Friche la Belle-de-Mai • 41, rue Jobin • 13003 Marseille
http://www.lafriche.org/friche/zdyn1/
– A.R.T.-C.A.D.E. • 35 bis, rue de la Bibliothèque • 13001 Marseille
– Librairie Histoire de l’œil/galerie HO • 25, rue Fontange • 13006 Marseille
Courriel : contact@histoiredeloeil.com
Pour les expositions :
– C.I.P.M. (Centre international de poésie Marseille) • 2, rue de la Charité • 13002 Marseille
Courriel : cipm@cipmarseille.com
Réservations : 04 91 91 50 26
Du 19 au 28 mai 2011
Tarifs des billets et des pass :
– Pass Rencontres : 55 € | 40 €
– Spectacles : 13 € | 7 €
– Pass un lieu un soir : 20 € | 12 €
– Lectures : 5 € | 3 €
– Soirée du 28 mai : 13 € | 7 €
– Fête de clôture : Marseille-Manhattan (DL set) : 3 € (gratuit pour les bénéficiaires du pass Rencontres et les spectateurs de la soirée du 28 mai)
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