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Par Les Trois Coups
Romantique et Juliette
Par Céline Doukhan
Les Trois Coups.com
Ce « Roméo et Juliette » moderne enchante par sa vitalité et son lyrisme à fleur de peau.
« Roméo et Juliette » | © Olivier Houeix
Le Malandain Ballet Biarritz donne de Roméo et Juliette une version éclatée, par tableaux successifs, qui ne respecte pas toujours la chronologie de la pièce de Shakespeare. Mais son ballet n’en est pas moins narratif ou plutôt profondément lyrique, chaque tableau évoquant avec force les épisodes marquants de la tragédie. Cette forme et ce lyrisme peuvent faire penser à un ballet comme Proust ou les Intermittences du cœur, de Roland Petit, autre grand adaptateur de textes littéraires. Bal chez les Capulet, scène d’amour, mort des amants, forment autant de tableaux aux ambiances variées, qui forment cependant une suite parfaitement fluide. On pourrait parler de « fondus enchaînés » tant la scénographie évoque élégamment le cinéma, avec un noir et blanc classieux qui se décline en faisceaux de lumière blanche, métal brillant de nombreux projecteurs, plateau noir entouré d’une bande blanche, et aluminium des nombreuses malles qui constituent tout le décor. Mais bien vite, ce décor qui pourrait paraître froid offre un heureux contraste avec la danse sensuelle, pleine de vie des dix‑huit interprètes.
On dit parfois que Thierry Malandain fait un pont entre les chorégraphies classiques et contemporaines. Alors, en effet, les costumes sont bien contemporains, ou plutôt sans référence particulière à un style ou une époque (jupes et hauts gris, puis boxers et corsets couleur chair). Les mouvements de bras et de jambes sont souvent comme cassés, tout en dégageant une indubitable harmonie, un peu comme si un designer contemporain avait redessiné une version moderne, anguleuse et sexy à la fois, d’une belle bagnole de luxe.
Duos d’amour démultipliés
Et pourtant, comment ne pas penser à certains éléments typiques de la plus pure danse classique ? La superbe scène de la mort des amants n’est autre qu’un « acte blanc » contemporain : les neuf danseuses incarnent à l’unisson Juliette qui se réveille dans son tombeau et découvre, horrifiée, Roméo qui vient de s’empoisonner. Toutes revêtues d’une robe blanche, elles forment un ensemble saisissant où le nombre, le costume et l’ambiance poignante et morbide rappellent les cygnes, sylphides et autres Willis des grands ballets romantiques.
Romantique, c’est bien le mot pour qualifier ce ballet qui met en scène la jeunesse, la quête d’idéal, la beauté, l’amour, le destin et la mort. Non pas en modernisant inutilement le propos de la pièce, mais justement en le suivant très fidèlement, si ce n’est dans la chronologie. Le choix de la musique de Berlioz (la symphonie dramatique homonyme) participe de cette fidélité à l’esprit d’un romantisme dont les thèmes rejoignent si bien ceux de la pièce de Shakespeare.
Quant à la souplesse et la virtuosité des danseurs, elles ne laissent aucun doute sur leur parfaite maîtrise des techniques classiques. On rêve devant les nombreux portés aériens, mais aussi devant la tendresse et la sensualité qui irradient des duos d’amour démultipliés par les neuf couples. Les corps vibrent, bondissent, ondulent, se repaissent de caresses langoureuses…
Les scènes de combats sont tout aussi réussies, que ce soit l’affrontement de groupe entre Montaigu et Capulet, ou celui entre Roméo, Mercutio et Tybalt. Dans cette scène, Arnaud Mahouy insuffle à Mercutio la dose d’impertinence et de fantaisie qui, comme dans la pièce, fait basculer le récit dans une drôlerie aussi irrésistible que de courte durée. Car, au même instant, la mort va frapper…
Enfin, on est séduit par l’impression d’homogénéité qui émane de la troupe : aucun danseur n’écrase les autres, tous ont l’air de prendre part avec un égal engagement à cette œuvre de groupe. Les danseurs peuvent pourtant avoir des gabarits très différents, et certains ont de véritables parties de solistes. Frederik Deberdt est un Frère Laurent félin et athlétique, Miyuki Kanei et Daniel Vizcayo de beaux Roméo et Juliette. ¶
Céline Doukhan
Roméo et Juliette, de Thierry Malandain
Malandain Ballet Biarritz • 23, avenue Foch • 64200 Biarritz
05 59 24 67 19
Chorégraphie : Thierry Malandain
Musique : Hector Berlioz, symphonie dramatique pour solistes, chœur et orchestre
Avec : les danseurs du Malandain Ballet Biarritz
Costumes : Jorge Gallardo
Direction de la production, conception lumières : Jean‑Claude Asquié
Réalisation costumes : Véronique Murat
Palais des congrès et de la culture • cité Cénomane • rue d’Arcole • 72000 Le Mans
Réservations : 02 43 43 59 59
Le 22 avril 2014 à 20 h 30
Durée : 1 h 15
31 € | 18 €
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