Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
Mais qui sera l’heureux élu ?
Le Théâtre des Carmes, dirigé par André Benedetto, accueille Hélène Raphel pour une création 2007, dont c’était la première en ce premier jour du Off d’Avignon 2007.
C’est André Benedetto, l’emblématique auteur et comédien, l’incontournable créateur et président du Off (Avignon Festival et Compagnies), qui ouvre le bal de ce Mariage-Mariage. Six minutes de prologue en quelque sorte à cette union, comme un père protecteur accompagnant la jeune promise devant M. le maire.
La jeune promise, elle, n’en n’est pas à son coup d’essai pour le moins, car c’est à son septième mariage qu’elle se prépare… comme pour la première fois, elle s’est faite toute belle, tourbillonnant dans sa robe de dentelles, coiffée de sa capeline de circonstance et mise en lumière par son simple bouquet de fleurs multicolores, sous un chaud soleil d’un jour d’été. Un tableau-miroir à faire rêver les amoureux transis et conforter les célibataires dans leurs certitudes. La comédienne prend immédiatement possession de l’espace, nous fait partager son attente, ses doutes, ses craintes, mais par-dessus tout son bonheur de vivre. Et la salle souhaiterait bien être invitée à la noce.
Lentement, le trouble s’installe, le fiancé se fait attendre… Qui est-il ? Où se cache-t-il, viendra-t-il ? À ces questions que chacun se pose, engoncé dans son fauteuil de théâtre, comme dans ses principes sur le mariage et de ses prétendues moralités, je n’y répondrai pas pour laisser à chacun le plaisir de la découverte. Cette pièce est surtout le prétexte à écouter les grands auteurs classiques Molière ou Racine, et contemporains, Prévert ou Raymond Devos, entremêlés dans le récit du Mariage.
J’ai ainsi pu apprécier le jeu d’Hélène Raphel, quittant son personnage nuptial pour laisser place au drame et incarner Bérénice ou Phèdre sans jamais être dans l’à-peu-près. Notre comédienne saura avec conviction se faire aussi porte-parole des femmes opprimées et martyrisées, pour revenir sur son personnage d’éternelle amoureuse et s’approprier avec authenticité les Paroles de Prévert :
« Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça […]
J’aime celui qui m’aime
Est-ce ma faute à moi
Si ce n’est pas le même
Que j’aime chaque fois. »
Bien sûr, je ne serais pas honnête si je ne prévenais pas ceux qui attendent un spectacle avec strass et paillettes, décors d’opérette et costumes de falbalas, qu’ils peuvent passer leur chemin et rechercher, sur d’autres scènes, d’hypothétiques plaisirs des yeux ou chants des cigales pour neurones fragiles : vous êtes ici au Théâtre des Carmes, théâtre dépouillé de tout artifice, théâtre des mots et des émotions, théâtre de l’engagement, témoin de notre temps. C’est ce théâtre accessible à tous qui est donné ici. Vous aussi, vous aurez peut-être envie de jouer, de créer ou d’écrire en entendant Hélène Raphel, et c’est aussi de ce mariage-là qu’il est question, dans ces lieux de tous les possibles. ¶
Jean-Claude Delalondre
Les Trois Coups
Mariage-Mariage, d’Hélène Raphel
Mis en scène par l’auteur
Avec : Hélène Raphel
Production : Association Nouvelle Compagnie d’Avignon
Théâtre des Carmes • 6, place des Carmes • Avignon
Tél. : 04 90 82 20 47
Du 6 au 28 juillet 2007 à 14 heures
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