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Par LES TROIS COUPS
Cellule grise
Avec « la Visite », de Victor Haïm, Robert Plagnol signe une première mise en scène brillante et efficace. Une plongée en noir et blanc dans l’espace intérieur d’une femme qui se découvre.
Début de soirée. Le cabinet sombre de Viviane, neuropsychiatre. Son univers est noir, gris, blanc et elle est dans l’ombre. Elle apparaît de dos, au téléphone, fixant sur le téléviseur un de ses patients, puis tourne la caméra qui vient capturer, par fragments, son image. Et c’est dans l’écran qu’elle le voit apparaître derrière elle. L’homme. Le visiteur. L’importun. Elle s’apprêtait à sortir et n’attendait personne. Elle ne le connaît pas. Sursaut.
Au départ, Viviane est un mystère. Blonde, froide, à l’image d’une héroïne hitchkockienne, la fragilité en moins. Voix grave, pantalon gris, mobilier sobre. À peu de choses près, ce pourrait être un homme, ce pourrait être l’autre. Mais dans cet univers en noir et blanc, porteur de la trace d’un passé obscur, Viviane doit écrire ce soir son histoire, et l’homme sera la plume dessinant le contour féminin d’une silhouette d’abord floue.
À mon sens, le visiteur n’est qu’une chimère. Il est en tous cas secondaire, ombre révélatrice de la lumière. Et s’il fait de Viviane le support de ses fantasmes, c’est bien d’elle qu’il est question, et c’est avec sa propre féminité qu’elle se réconcilie. Il est l’homme, sa présence est incongrue, son degré de réalité indéfini. Elle est Viviane, elle porte un prénom, un prénom signifiant, et c’est toute la vie qui se joue dans ce huis clos, qu’il ne tiendrait finalement qu’à elle de rompre. Viviane, neuropsychiatre, est ce soir l’arroseuse arrosée. Ce soir, c’est elle qui va s’allonger sur le divan et rencontrer ses démons. Ce soir, c’est son combat contre le dragon.
Et puis le troisième personnage, persistant. L’œil de la caméra. L’image directement projetée sur l’écran télévisuel. La caméra passe de la main de Viviane à celles de l’homme, dissémine les images, anéantit toute objectivité dans ce dialogue, dont l’enjeu est la conquête d’un sujet.
Aux frontières du fantastique, le texte cruel, voire violent, de Victor Haim révèle une humanité touchante, qui se décline dans le visage oscillant de Stéphanie Lanier, interprète de Viviane. Je vois dans ce visage un homme, un enfant, une vieillarde, et finalement la femme à la beauté révélée. Sa bouche, éclat rouge dans ce monde gris, devient le point de gravité autour duquel l’action se déroule.
Cette première mise en scène de Robert Plagnol est sobre, efficace et parlante. Conçue par Annabel Vergne, la scénographie est d’une pureté et d’une éloquence remarquables. L’espace se métamorphose par la seule puissance du regard, appuyée par une création lumière et un environnement sonore subtils et précis. La cellule grise du départ devient le lieu de l’affrontement, du désir, puis de la libération. Le jeu très réaliste des comédiens, Stéphanie Lanier et Alain Dumas, porte ce combat à son paroxysme.
Une fable psychologique à découvrir. ¶
Émilie Démoutiez
Les Trois Coups
La Visite, de Victor Haïm
Isabelle Decroix Production • 5, rue de Turbigo • 75001 Paris
01 48 97 96 51 | 06 16 28 82 77
Mise en scène de Robert Plagnol
L’homme : Alain Dumas
Viviane : Stéphanie Lanier
Scénographie et costumes : Annabel Vergne
Lumière : David Cadet
Création sonore : Didier Beaudet
Avec la participation amicale de Michelle Marquais
Lucernaire-Théâtre Notre-Dame • 17, rue du Collège-d’Annecy • Avignon
Réservations : 04 90 85 06 48
Du 6 au 28 juillet 2007 à 15 h 45 (relâche le 9 juillet)
Durée : 1 h 15
Tarifs : 14,5 € et 10 €
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