Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
Un ange tourmenté
C’est une naissance qui commence la représentation. Le comédien, dans une scénographie minimaliste, faite de bougies posées sur le sol, apparaît, nu, comme l’enfant en question. Puis il revêt un pantalon noir. Je pense alors qu’il y a quelque chose d’un ange chez ce jeune homme.
Et, curieusement, cette idée de l’ange m’accompagne tout le reste du spectacle. D’abord quand se font entendre deux voix enregistrées qui accompagnent toute la pièce. Les deux personnages sonores se contredisent, l’un veut intervenir dans la destinée du jeune homme, l’autre croit qu’il faut laisser faire. Il semble d’ailleurs que ces deux voix fassent débat chez les spectateurs. Certains entendent Dieu, d’autres la société. Pour moi, ce sont ses anges gardiens. Chacun sa version.
Sur scène, le comédien raconte son enfance à la première personne. Tout est simple. Et puis la pièce bascule. Et mon image d’ange se retourne contre moi. Avec la même simplicité, L’enfant nous explique qu’on abuse de lui. Tout devient terrible et quotidien. Un beau-père monstrueux qui cogne et qui profite, une mère aveugle : la tragédie est en marche. L’émoi est brut, les mots directs. Tout est dit depuis l’émotion de l’enfant. On aimerait tant le voir grandir plus vite. Quand il sort enfin de cette longue et terrible période, il continue de nous raconter sa vie affective, qui est la conséquence directe de ce qu’il a vécu précédemment. Sa rupture avec sa mère, qui n’accepte pas l’épouvantable révélation, est au centre de ses tourments.
Le comédien, Jean Noël Delfanne, est assez impressionnant dans ce contexte difficile, où il est d’abord plus vieux que le rôle et ensuite plus jeune. Il s’agit là d’un rôle conséquent, qu’il négocie avec brio. Sa présence est incontestable.
Elle l’est d’autant plus que c’est ce très jeune homme qui a déclenché l’écriture de cette pièce. Car le texte autobiographique de Marc Weidemann a été écrit suite à la rencontre avec ce comédien et, plus particulièrement, d’une photo du jeune homme. L’auteur est en effet photographe et travaille autour d’un concept sur le cri, qu’il a inventé. Le cliché de Jean-Noël Delfanne est longtemps resté sur sa table avant que la pièce ne soit écrite. Le temps de la maturation était probablement nécessaire. Ensuite tout s’est accéléré, Marc Weidemann, que j’ai rencontré, explique que la pièce a été écrite d’un trait de 11 h à 17 h et qu’elle fera partie d’une trilogie qui va voir le jour sur trois ans, trilogie qu’il veut construire en continuant de travailler avec le jeune comédien. On attend la suite. ¶
Gilles Crépin
Les Trois Coups
Le Cri, de Marc Weidemann
Cie Le Cri by Marc Weidemann • 30, route de Genval • 1380 Lasne (Belgique)
Texte et mise en scène : Marc Weidemann
Interprète : Jean-Noël Delfanne
Le Verbe fou • 95, rue des Infirmières • Avignon
Du 6 au 28 juillet 2007 à 21 h 30
Durée : 1 h 20
14 € | 10 € | 7 €
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