Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
Une question de principes
Le Off réserve encore de bonnes surprises, comme ce spectacle qui se joue dans les locaux de l’association Repères. La salle de réunion ne possède aucun équipement particulier en matière de lumière ou de son. Avec ses fenêtres sur la rue et ses chaises disposées de part et d’autre d’un couloir qui prend la diagonale de la pièce, l’endroit ne paye pas vraiment de mine. Et pourtant, il se passe là, tous les jours, quelque chose qui est de l’ordre de l’essence du théâtre.
À partir de trois entretiens tirés de la Misère du monde, le livre du sociologue Pierre Bourdieu, se développe sous nos yeux une haine implacable entre deux femmes, deux voisines gagnées par l’incompréhension. Le personnage de Mme Meunier, joué par Nadine Darmon, explique, sur un ton de sincérité et de gentillesse troublant, ses difficultés à vivre dans ce quartier, qu’elle croyait résidentiel. Elle s’en prend aux agences immobilières, qui lui ont fait croire que le quartier serait tranquille. Elle regrette le facteur qui ne passe plus ou de façon irrégulière. Et puis, tout tranquillement, elle nous raconte qu’elle n’est pas raciste, mais que les nouveaux résidants sont insupportables.
Les spectateurs se crispent progressivement en entendant ce discours, qui leur rappelle quelque chose. Le dispositif, qui met les spectateurs les uns en face des autres, prend alors tout son sens. Des regards complices s’échangent. Certains sourient en voyant les mâchoires crispées de leur voisin d’en face. Une sorte de fraternité sous l’orage se crée.
En face de Mme Meunier, l’autre personnage, une jeune Maghrébine déterminée, nous gratifie de répliques sans appel : « On partira pas », « On est français ». Et la guerre prend de l’ampleur, stupide comme toutes les guerres. Tout devient une question de principes entre ces deux femmes qui s’opposent.
Le débat qui suit la pièce fait apparaître quelques divergences d’opinion au sein du public. Les spécialistes du livre de Bourdieu considèrent que la pièce est réductrice par rapport à l’ouvrage. D’autres spectateurs, comme moi, n’ont pas été choqués par l’utilisation de ces seuls trois entretiens dans leur quasi-intégralité. D’autres encore, pour finir, trouvent la pièce brutale. Il me semble que c’est la réalité qui l’est.
Il serait injuste de passer sous silence le très joli travail des deux actrices. Nadine Darmon, notamment, nous gratifie d’une interprétation troublante de sincérité et de candeur. Sa partenaire, Stella Serfaty, vive et lumineuse, signe également une mise en scène sobre et efficace. ¶
Gille Crépin
Les Trois Coups
Des bêtises de rien du tout…
d’après la Misère du monde, de Pierre Bourdieu
Théâtre des Turbulences • 11, rue Louis-Eschard • 93290 Tremblay-en-France
06 07 50 09 64
infos@theatre-des-turbulences.org
Mise en scène : Stella Serfaty
Interprètes : Nadine Darmon, Stella Serfaty
Assistante : Catherine Barbossa
Photos : Johannes Von Saurma
Voix off : Salim Tayeb
Association Repères • 10, rue du Râteau • Avignon
Du 12 au 22 juillet 2007 à 14 h et 19 h
Durée : 50 minutes
10 € | 7 € | 5 €
Eclipse Next 2019 - Hébergé par Overblog