Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
Les coulisses d’une création :
vraies ou fausses confidences ?
« Le Jour de l’italienne » est l’histoire fictive d’une création autour de « l’Épreuve », pièce en un acte de Marivaux. Une mise en abyme réjouissante, quoique souvent prévisible.
Le Jour de l’italienne répond à un fantasme de spectateur : voir l’envers du décor, les dessous de la création théâtrale. Comment ça marche, une troupe ? Qu’est-ce qui se passe à l’intérieur ? Quelles sont les grosses galères et les petites histoires ? Et si on allait voir un peu de l’autre côté du miroir ?
Une histoire d’amour naissante ; des petites jalousies ; les ego débordants de jeunes comédiens tous persuadés d’avoir le rôle clé ; une assistante qui cherche à faire valoir sa place ; un régisseur discret, efficace et sympathique ; une metteuse en scène maternelle, exigeante et un brin cérébrale… Tous les ingrédients sont là pour nous faire pénétrer dans les coulisses de la création théâtrale. Et, forcément, ça fait sourire, même si le spectacle n’échappe pas à un certain nombre de clichés : le comédien qui arrive systématiquement en retard, les trous de mémoire, la confusion cour-jardin (assez surprenante, d’ailleurs, de la part de comédiens professionnels), la crise d’hystérie de la metteuse en scène à une semaine de la première…
Au-delà de ces clins d’œil séduisants mais un peu faciles à la profession, l’intérêt de la pièce réside essentiellement dans le choix de cet auteur du xviie siècle comme support de la création. L’idée n’a rien d’original en soi : on pense évidemment au film l’Esquive, d’Abdellatif Kechiche, dans lequel des jeunes collégiens de banlieue répètent le Jeu de l’amour et du hasard, de Marivaux. La pertinence du propos paraît plus évidente dans le film, en raison de la réalité sociale immédiate des adolescents et du regard neuf qu’ils portent sur le texte de celui-ci. Ici, le décalage est moindre, puisque les comédiens disposent tous d’une culture théâtrale assez fournie et d’une identité sociale moyenne. Dans ce Jour de l’italienne, le marivaudage est plutôt à chercher du côté du jeu des apparences que de la réflexion sociologique.
C’est à ce niveau que je me sens concernée. À travers jeux de masques et faux-semblants, les jeunes comédiens se cherchent et sont eux-mêmes mis à « l’épreuve », pour reprendre le titre de la pièce de Marivaux. Du texte aux consignes de mise en scène, chacun dessine son cheminement à travers la création. La quête du personnage devient alors le prétexte d’une recherche plus intime. « Ça, c’est ta cuisine interne », répond la metteuse en scène à une comédienne qui décline les motivations psychologiques de son personnage. Mais c’est justement cette cuisine, au sens noble du terme, qui est au cœur de la pièce. Et si elle est souvent douloureuse, elle rend également manifeste un amour authentique du théâtre.
Malgré son aspect potache, le Jour de l’italienne est un hommage sincère à la profession. Dirigée par Sophie Lecarpentier, cette création collective porte toute la vitalité de la jeunesse. Les comédiens réussissent l’exercice difficile du dédoublement, malgré quelques faiblesses passagères dans le jeu. Le divertissement fonctionne et propose une image du théâtre dans laquelle chacun pourra, ou non, se reconnaître.
Le théâtre dans le théâtre est toujours plaisant. Il crée une complicité immédiate avec le public. Toutefois, la création théâtrale m’apparaît comme une aventure trop intime pour être totalement dévoilée sur la scène. C’est sans doute pour cette raison qu’il est difficile, dans cet exercice, d’échapper aux clichés. ¶
Émilie Démoutiez
Les Trois Coups
Le Jour de l’italienne
Création collective sous la direction de Sophie Lecarpentier
Cie Eulalie • 44, rue Notre-Dame-de-Lorette • 75009 Paris
01 42 81 07 90 | 06 82 31 19 30
Avec : Lucie Chabaudie, Vanessa Koutseff, Sophie Lecarpentier, Solveig Maupu, Alix Poisson, Stéphane Brel, Xavier Clion, Emmanuel Noblet, Julien Saada
Son : Sébastien Trouvé
Lumières : Luc Muscillo
Scénographie : Hélène Lecarpentier
Théâtre La Luna • 1, rue Séverine • Avignon
Réservations : 04 90 86 96 28
Du 6 au 28 juillet 2007 à 17 h 15
Durée : 1 h 10
14 € et 10 €
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