Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
Culpabilité de l’une et rancune de l’autre
Dans un décor kitch deux femmes d’âge mûr, en perruque et nippées plus qu’habillées, nous font pénétrer dans leur quotidien de couple. La journée n’est pas ordinaire, même si chacune se livre à ses activités habituelles (ménage pour l’une, gymnastique d’entretien au step pour l’autre). Mathilde, qui n’a pas eu de nouvelles de sa fille depuis l’âge de 2 ans, a fait la démarche, trente ans plus tard, de la retrouver. C’est aujourd’hui que doit avoir lieu la rencontre. Mathilde a peur de ses propres émotions, qu’elle n’arrive même pas à prévoir, encore moins à comprendre. Cette enfant est une étrangère pour elle, mais elle ressent aujourd’hui comme un vide dans sa vie, qu’elle attribue à l’abandon de sa fille. Sa compagne Eugénia qui, elle, n’a pas eu d’enfants, oscille entre la peur d’être mise à l’écart, et l’impatience de faire la connaissance de Leticia.
Lorsque la jeune femme arrive, rien ne se passe comme on pourrait le prévoir, les mots leur manquent pour dire le trouble, l’émotion, la culpabilité de l’une et la rancune de l’autre. Et lorsqu’ils arrivent, ils font mal, très mal ! Est-il obligatoire de ressentir l’amour maternel ? Comment un enfant peut-il s’en passer ? Le lien biologique est-il aussi fort que ce qui unit un enfant à sa mère d’adoption ? Quelle est l’obligation pour les enfants de devoir assumer la vieillesse de ses parents ? Le fait d’avoir des enfants rend-il la mort plus acceptable ? Voilà toutes les questions qu’on aborde, sans oublier la question du pardon. La jeune femme finit par pardonner parce que « la rancune fatigue » (sic).
Le parcours émotionnel des personnages est énorme, et la pièce ne dure que cinquante-cinq minutes. On a là un concentré de sentiments. Dilia Gavarrete-Lhardit, qui a signé la mise en scène, est née au Honduras, l’auteur en Argentine. Et c’est important pour comprendre le rythme de la pièce : en Amérique du Sud, on vit passionnément, sans perdre de temps. On est loin du théâtre intimiste d’Ibsen pour prendre un exemple opposé !
Pour ne pas tomber dans le pathos, la scénographie est résolument inesthétique, par choix assumé. On est ému, on rit, on est quand même un peu frustré par la rapidité du dénouement. ¶
Camille Vivante
Les Trois Coups
Profession mère
D’après un roman de Griselda Gambaro, adapté par Françoise Thanas
Compagnie Méninas • cité des Associations boîte 261 • 93 la Canebière • 13001 Marseille
04 91 33 14 93 | 06 10 71 02 34
Mise en scène : Dilia Gavarrete-Lhardit
Avec : Isalinde Giovangigli, Sophie Guillemant et Marie Provence
Lumières : Damien Thille
Scénographie : Francesca Giuliano
Gilgamesh Théâtre • 33, rue Caretterie • Avignon
Réservations : 04 90 25 63 48
Du 6 au 27 juillet 2007 à 12 h 40
Relâche le 16 juillet
Durée : 55 minutes
14 € | 10 € | 5 €
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