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Par LES TROIS COUPS
Plongée en eaux profondes
Une femme se perd, se cherche dans les eaux agitées de sa mémoire. Est-elle en train de mourir ou de naître à elle-même ?
Le très beau texte de Sébastien Joanniez ne répond pas à la question. Il nous parle juste d’identité, de la difficulté de se définir dans la multiplicité des rencontres, des rêves et de la réalité. Poétique, riche et complexe, il offre au metteur en scène de nombreux angles d’approche. Noélie Giraud semble avoir privilégié celui de la métaphore et la symbolique. Ça se discute…
Sur la scène plongée dans la pénombre, une femme se tient seule parmi un assemblage de tuyaux et de récipients. Elle lave une sorte de vase en parlant. Elle n’arrêtera plus de parler pendant une heure, son long monologue nous emportant dans les méandres de sa mémoire, l’entrelacs des rencontres, des désirs et des différentes parties d’elle-même. Et tandis que les phrases se succèdent, l’eau s’écoule, s’accumule dans un réceptacle, reprend son chemin pour se vider dans un autre, circule en boucle, semblable au récit, au temps qui passe et parfois se fige autour d’un souvenir ou d’une émotion.
Muriel Gaudin incarne son personnage avec beaucoup de finesse et de grâce. La souplesse de son jeu nous plonge en eaux profondes et nous ramène à la surface, hébétés ou souriants, avec autant d’aisance. Rouges comme le sang ou noirs comme la mort, les mots dans sa bouche possèdent aussi la naïveté de l’enfance, la légèreté du plaisir ou la force du désir. Aucun aspect n’est gommé au détriment d’un autre.
Et pourtant, en dépit de tout cela, je dois avouer être restée plusieurs fois sur la rive, gênée par ces incessantes manipulations aquatiques. Comme si ces allers-retours d’un récipient à un autre m’obligeaient à toujours chercher un sens caché aux mots. L’eau qui enveloppe, qui oppose la continuité de son cycle à l’éparpillement du moi, qui lave et régénère… La symbolique était déjà présente dans la scénographie, la souligner une fois encore dans la mise en scène m’a semblé diminuer la poésie du texte au bénéfice de son aspect psychologique. Mais le point de vue se discute, j’imagine, et cette restriction ne devrait pas vous empêcher d’aller vous faire votre propre avis, assurés de l’interprétation admirable de Muriel Gaudin. ¶
Patricia Lavigne
Les Trois Coups
Des lambeaux noirs dans l’eau du bain, de Sébastien Joanniez
Compagnie L’Aurore (ouvriers du théâtre) • 35, avenue Ernest-Becquet • 33190 La Réole
06 63 16 85 48 | 05 56 70 06 84
contact@compagnie-l-aurore.com
Mise en scène : Noélie Giraud
Interprète : Muriel Gaudin
Scénographie : Florence Gaudin
Lumières : Marine Deballon
Théâtre de la Poulie • 23, rue Noël-Biret • Avignon
Réservations : 06 32 0 05 64
Du 6 au 28 juillet 2007 à 14 h 10
Relâche les 14 et 15 juillet
Durée : 1 heure
12 € | 8 €
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