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Par LES TROIS COUPS
La petite sirène se modernise
C’est la situation narrative habituelle. Le contexte du conte est préservé, seule l’époque semble s’être déplacée. Voilà une petite sirène qui quitte l’ère andersenienne pour prendre figure d’une adolescente de notre époque. Toute identification est encore possible : l’essentiel est donc là. La symbolique du conte est de ce fait sauvée et, pourquoi pas pour notre génération, tout simplement plus parlante.
Effectivement, l’histoire se déroule bien dans le monde sous-marin, et l’on assiste à la grande scène où la reine des sirènes est sauvagement capturée par les marins. Partant de là, c’est toute la dualité du monde des sirènes et du monde des hommes qui est mise en lumière. Et quel jeu de lumières ! L’ultramodernité des lumières et des projecteurs parcourant le plateau n’est pas sans rappeler celle des discothèques. D’autant plus que toute la salle est emmitouflée dans le halo des fumigènes s’échappant de la scène. Le nuage de brume censé symboliser l’atmosphère floue du fond des océans, le lieu où vit notre charmante sirène, nous submerge.
D’ailleurs, l’adéquation conceptuelle des costumes avec l’ensemble de la pièce nous confirme bien dans cette idée. Des robes éclatantes de lumière, des paillettes de toutes les couleurs, de hautes bottes brillantes, toute la panoplie vestimentaire propre aux nuits branchées est représentée ici. Et cela contribue à nous maintenir dans cette ambiance très moderne.
De la même manière, les décors, parce qu’ils ne sont pas fixes et n’appartiennent pas à la stricte installation murale (très typique du décor théâtral) ne représentent pas d’endroits précis. Nous avons seulement des éléments décoratifs nécessaires et seulement nécessaires… Les décors volatils, voire fuyants, impriment une certaine cadence à l’ensemble de la pièce, mais aussi un manque de stabilité spatio-temporelle. Et les scènes se succèdent, dont on ne perçoit pas clairement les différents moments, si ce n’est par la coupure soudaine des projecteurs…
Revenons à l’histoire, à toute cette tragédie qui entoure la sirène, obsédée par le monde des hommes, ne désirant plus qu’une chose : le rejoindre et, ce, à n’importe quel prix. On la voit brûlante de désir jusqu’au moment ultime où elle succombe. Elle sauve de la noyade le prince du bateau en péril. Leurs regards se croisent et le coup de foudre les attire à tout jamais l’un vers l’autre… Et voilà que toute la problématique prend forme.
La sirène, en effet, condamnée à nager dans les océans, ne possède pas de jambes, mais une queue de poisson. En conséquence, elle ne pourra jamais retrouver son beau prince. Fatalité et désespoir s’emparent de ces deux cœurs séparés. C’est alors qu’une solution se laisse entrevoir pour la sirène malheureuse. L’ignoble sorcière, qui transcende les valeurs du bien et du mal, est la seule à pouvoir la sauver. Elle lui donne la possibilité de transformer sa queue de poisson en deux belles jambes à la condition cruelle de donner sa voix. Terrible décision à prendre : perdre la voix en échange de l’amour. La voix, qui est la caractéristique majeure des sirènes, est importante. A fortiori ici, puisqu’il s’agit d’une comédie musicale. Alors parlons de voix et parlons musique !
Hélas, les chants sont parfois étouffés par l’imposante sonorité rock’n’roll (il s’agit bien d’actualiser le conte, n’est ce pas ?). Et les chants qui se veulent magiques ou ensorceleurs sont donc nettement plus « hard »… Question de goût peut-être… « Une extravagance rock » voulue par l’auteur Christian Schittenhelm et par un public moderne sans aucun doute.
Aussi, l’on ne peut citer la musique sans convoquer sa sœur : la danse. La chorégraphie de la comédie est pour le moins adéquate à la mise en scène globale. On nous offre une gestuelle aussi gracieuse et limpide que les eaux calmes des océans. Puis on bascule subitement dans une chorégraphie hypermouvementée et rythmique, nous faisant davantage penser à de la gymnastique qu’à de la danse. Mais, là encore, c’est voulu et assumé. C’est bien une actualisation du conte d’Andersen qui est recherchée ici. C’est pourquoi la musique, la chorégraphie, la lumière et les décors sont si rapides et si agressifs. Bref, une mise en scène à l’image d’une société qui est la nôtre, finalement… ¶
Nesrine Aissani
Les Trois Coups
La Petite Sirène, conte musical tout public
Paroles, musique et scénographie : Christian Schittenhelm
Chorégraphie et mise en scène : Sébastien Savin
Avec : Albane Château ou Gaëlle Gauthier, Sébastien Agius ou Anthony Véronèse, Germinal Tenas ou Christophe Jeannel, Florence Trinca ou Léovanie Raud, Joanna Michel ou Caroline Roelands, Anne-Marie Gancel ou Sandrine Seubille
Danseurs, choristes et cascadeurs : Marjorie Cadoret, Michael Cassan, Jérémie Champagne, Adeline Chevalier, Laurent Come, Marta Fresno, Sébastien Galeota, Emmanuel Macau, Clémence Mérot du Barre, Claire Paumier et Federica Rosati
Costumes : Pierre Caumon
Décors : Christian Lucain
Lumières : Sébastien Choriol
Théâtre de Paris • 15, rue Blanche • 75009 Paris
Du 24 novembre 2007 au 5 janvier 2008, à 14 h et 16 h 30 : chaque mercredi et samedi du 24 novembre au 22 décembre 2007 ; tous les jours du 24 au 29 décembre 2007 et du 2 au 5 janvier 2008 (le 25 décembre 2007 à 16 h 30 uniquement)
Métro : Trinité, Blanche ou Saint-Lazare | RER A : Auber
Lignes de bus : nos 26, 32, 43, 68, 74, 81
Accès parking : parking Trinité • 10-12, rue Pigalle • 75009 Paris
Durée du spectacle : 1 h 20
Locations au 01 48 74 25 37 et points de vente habituels
Prix des places : selon catégories 38 €, 30 €, 16 €
(tarifs famille par paire : – 7 € pour le 2e billet)
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