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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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« Fernando Pessoa, mort d’un hétéronyme », d’après Fernando Pessoa (critique d’Anne Losq), Théâtre de l’Épée-de-Bois à Paris

Il porte en lui tous les rêves du monde

 

Fernando Pessoa, poète portugais du début du vingtième siècle, et homme à l’apparence ordinaire, puise sa force créatrice au travers de ses hétéronymes, personnalités parallèles qui l’inspirent et le hantent. Le collectif Hic et Nunc nous offre un spectacle basé sur la vie et l’écriture de Pessoa, qui mêle poésie et énergie dramatique.

 

pessoa-fw.jpgIl est souvent facile d’oublier l’importance de la simplicité au théâtre. Il n’y a pas de solutions de facilité dans la mise en scène de Fernando Pessoa, mort d’un hétéronyme, mais bien une simplicité inventive qui incite le spectateur à se plonger de plus près dans le monde intime du poète portugais. L’œuvre poétique de Pessoa est au centre du spectacle. Ainsi, Stanislas Grassian, en tant que metteur en scène, réussit à restituer la beauté des textes de Pessoa sans les dénaturer, mais en leur donnant une nouvelle dimension avec les techniques théâtrales. Afin de raconter la « tempête sous le crâne de Pessoa », tous les éléments sont invoqués harmonieusement : effets ingénieux de lumière, musique originale et jeu complet des acteurs.


Le personnage de Pessoa possède un vrai potentiel dramatique, sous couverture d’homme banal. En effet, une fois invité dans son univers mental, ayant fait la connaissance des trois principaux hétéronymes qui le poursuivent, l’on suit avec grand intérêt les débats qui les animent. Car c’est la folie d’un homme que l’on est amené à découvrir, bien que Pessoa ne se qualifierait pas comme fou. Le spectacle joue sur l’ambiguïté de cette folie, qui, tour à tour, permet à Pessoa de créer, mais l’incite aussi à un repli sur lui-même face à l’amour.


Comment représenter cette folie sur scène ? Face à un mal mental abstrait, Grassian nous offre une vision concrète de la tourmente de Pessoa. Les acteurs, au jeu dynamique et physique, incarnent les différentes émotions ressenties par le poète, que ce soit la joie fiévreuse de la création ou l’angoisse des cauchemars liés au dédoublement de personnalité. Ce dynamisme du jeu contrebalance la théorie de certains textes utilisés dans le spectacle, qui traitent de métaphysique et du sens de l’humain. Le texte est donc souligné par une chorégraphie scénique, qui inscrit la poétique de Pessoa dans une dynamique théâtrale. Les lumières et les jeux d’ombres contribuent aussi à la création d’une tension dramatique, favorisant l’incertitude du spectateur quant à la réalité des faits et des personnages. La musique originale, elle, ponctue les actions des personnages et permet des transitions impeccables. Précisons aussi que l’atmosphère de la pièce est rarement lourde et pas uniquement tragique, puisque l’humour burlesque est présent tout au long du spectacle.


Ainsi, Fernando Pessoa, mort d’un hétéronyme, réussit son pari (si pari il y a). Cette adaptation scénique de textes poétiques permet de découvrir l’œuvre d’un poète assez méconnu en France, mais aussi de vivre une véritable expérience théâtrale, grâce à une mise en scène au service du texte, sans lui être asservie. Le spectacle, joué dans le cadre du festival Un automne à tisser, ne reste au Théâtre de l’Épée-de-Bois que jusqu’au 8 novembre 2007. Espérons donc que le public sera au rendez vous, pour un spectacle qui touche par son sens du simple et du beau. 


Anne Losq

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Fernando Pessoa, mort d’un hétéronyme, d’après Fernando Pessoa

Collectif Hic et Nunc • la Moinerie, lieu dit les Bonnefoys • 77120 Saints

collectif.hic.et.nunc@gmail.com

Mise en scène : Stanislas Grassian

Avec : Jacques Courtès, Didier Garreau, Stanislas Grassian, Alexis Perret, Isis Philippe

Scénographie : Géraldine Mandet

Création lumière : Frédéric Coustillas

Création musicale : Benjamin Segal, Vincent Lepoivre

Théâtre de l’Épée-de-Bois • Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre • Paris

Réservations : 01 43 74 20 21

Du 31 octobre au 8 novembre 2007,

mardi, mercredi, jeudi, vendredi à 21 heures

16 € | 12 € | 8 €

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