Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
Légèreté, virtuosité, sensualité
Concert à douze mains. Six solistes formant une belle équipe de virtuoses. Un instrument. Ou plutôt six, mais six fois le même : la contrebasse. Durant une heure un quart, ces six mousquetaires explorent et exploitent les mille et unes manières de faire chanter leur énorme engin. Un spectacle idéal pour en finir avec les a priori que draine encore cet instrument à nul autre pareil. L’harmonie est au rendez-vous. L’humour et la diversité aussi. Un spectacle étonnant.
On a beau avoir jeté un regard furtif sur les extraits d’une presse dithyrambique sur ce spectacle, rien n’y fait. C’est à reculons qu’on pénètre dans la salle. Que vont bien pouvoir sortir six solistes autour d’un même instrument, même s’ils sont à la contrebasse ce que sont Manu Katché à la batterie, Stéphane Grappelli au violon et Michel Petrucciani au piano réunis ? Car, tout de même, il ne paye pas de mine, ce truc qui revêt la forme d’un corps féminin, la poitrine et la sensualité en moins, cet engin mastoc et encombrant, dont tout propriétaire subit irrémédiablement les regards en biais quand il le trimbale dans le bus ou le métro et dont on se dit « Pourquoi n’a-t-il pas choisi plutôt l’harmonica ? ».
Question sensualité, très vite les préjugés tombent. Ces six personnages sans quête d’auteur (ils composent eux-mêmes) entrent en scène, sans tambour ni trompette et, étreignant leur instrument avec délicatesse, vont le faire chanter, gémir, frémir, le caresser, le tapoter, jouant sur ses cordes toutes sensibles. L’archet, bien sûr, ne reste pas accroché à la ceinture, mais il n’est qu’un moyen, parmi une pléthore, de faire jaillir le son. Le son d’une mélodie, d’une mouette, d’une corne de remorqueur. Ça part dans tous les sens et, par la magie de la virtuosité et d’un travail acharné évident – mais qui se fait oublier –, c’est comme un enfantement, la naissance d’un miracle.
Les contrebassistes, chacun avec sa partition, tantôt à trois, tantôt tous ensemble ou encore dans un ordre d’apparition bien orchestré, jouent sur des airs de banjo, de guitare, de tam-tam. Rythmes africains, musique country, rock, jazz, world : c’est un festival. Et même un festival du film, oserais-je dire, tant les images qui nous viennent au gré du vagabondage de notre imaginaire nous rappellent des émotions de cinéphiles. Hitchcock ou De Palma pour des sonorités stridentes propices au suspens, William Wyler pour les lamentos élégiaques qu’un archet fait pleurer sur les cordes, Richard Brooks pour les rythmes endiablés parfaits pour des courses-poursuites ou des scènes de chevalerie, Chaplin pour des bluettes où les notes se font rieuses et les solistes espiègles.
En plus de ça, ils ne restent pas figés, les bougres, et leur instrument ne semble guère les gêner. Au contraire, ils jouent de cette placidité avec humour et occupent la scène en la parcourant sans cesse. Et, foin du protocole rigide des orchestres de chambre, leurs déplacements prennent des airs de chorégraphie.
Pour un peu, on en viendrait à se demander à quoi diantre servent tous les autres instruments de musique ! ¶
Franck Bortelle
Les Trois Coups
Best of l’Orchestre de contrebasses
Avec (en alternance) : Jean-Philippe Viret, Yves Torchinsky, Olivier Moret, Grégoire Dubruel, Étienne Roumanet, Christian Gentet, Leonardo Terrugi, Xavier Lugué
Théâtre du Renard • 12, rue du Renard • 75004 Paris
Réservations : 01 42 71 46 50
Du 6 novembre au 31 décembre 2007, du mardi au samedi à 19 heures
Spectacle jeune public les samedis à partir du 1er décembre et tous les jours du 25 au 29 décembre à 16 h 30
Soirée exceptionnelle le 31 décembre à 19 heures
Durée : 1 h 20
20 € | 15 € | tarif jeune public 10 €
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