Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
Laurent Viel va bien,
il chante à Paris
Par Franck Bortelle
Les Trois Coups.com
Alors que l’imposture « brelienne » de Florent Pagny inonde bacs à disques et ondes radiophoniques depuis quelques jours, il est un jeune gars qui, accompagné d’un guitariste modeste mais diablement efficace, réinvente durant une heure trente le répertoire du grand Jacques. Une prestation scénique à couper le souffle, qui ne fait jamais dans la facilité « tubesque ». Difficile de formuler le moindre bémol à cette partition sans anicroche. Laurent Viel est un pro. Un vrai.
N’attendez pas Quand on n’a que l’amour, Ne me quitte pas, Amsterdam ou les Bonbons. Les incontournables, que croient bon de brailler les Kaas, Dion et autres Hallyday pour conférer une plus-value qualitative à leur tour de chant au répertoire sans saveur, ne seront pas au programme. Laurent Viel n’a vraiment pas besoin de ces « tubes » pour exister, pour rendre durant une heure et demie un vibrant hommage à Jacques Brel. Peut-être même alourdiraient-ils sa prestation, ces points de passage, dont on constate qu’ils ne sont pas si obligés qu’on veut le laisser croire.
Mais le choix des titres n’est pas tout. Laurent Viel, c’est tout d’abord une voix. Modulable à l’envi. Capable de s’emparer de n’importe quel texte pour le transcender, le faire sien. Mieux encore : pour faire oublier l’original, dont ne restent parfois que les mots. Ces mots bouleversants d’amours malheureuses (la Fanette) ou d’amitié rompue par « arrêt de l’arbitre » (Fernand), délicieusement antimilitaristes (Au suivant) ou faussement misogynes (Varsovie). La mélodie parfois se modifie ou même s’absente. Qu’importe. Ces libertés prises avec l’original témoignent d’un tel travail que tout semble naturel et couler de source.
© AWcreation.com | Angélique Le Goupil
Mais il ne fait pas que chanter. Il joue. Admirablement. De son physique plutôt charmeur, mais aussi de l’énorme potentiel qu’offrent les textes de Brel, auxquels il ajoute de délicieuses surprises souvent très drôles, qu’il serait dommage de dévoiler. Les inconditionnels de Brel qui prônent l’inviolabilité de son répertoire ou les réfractaires à cette poésie que son interprète rendait parfois abrupte seront comblés. Ceux qui ont la chance de ne pas encore connaître cet univers aussi. Laurent Viel, par sa puissance scénique et sa détermination fédère tous les publics.
Durant une heure et demie, il est accompagné de Thierry Garcia, avec lequel il transforme certaines chansons en véritable numéro de duettistes. Chemise ébène et éclairages souvent carmins, Laurent Viel apporte à la question « le rouge et le noir ne s’épousent-ils pas ? » une réponse affirmative au-delà de toutes les espérances. Il montre aussi que l’étoile Brel n’est finalement pas si inaccessible. ¶
Franck Bortelle
Laurent Viel chante Brel
Conception : Laurent Viel et Xavier Lacouture
Avec : Laurent Viel et Thierry Garcia
Cabaret Essaïon • 6, rue Pierre-au-Lard • 75004 Paris
Les 28 novembre et 5 décembre 2007 à 20 h 30
Réservations : F.N.A.C, Virgin et points habituels
Sur place : 01 42 78 46 42
Durée : 1 h 30
15 € | 10 €
Au Zèbre de Belleville • 63, boulevard de Belleville • 75011 Paris
Réservations : 01 43 55 55 55
Du 9 janvier au 27 février 2008, tous les mercredis à 20 h 30 sauf le 13 février 2008
Eclipse Next 2019 - Hébergé par Overblog