Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
Correspondances soporifiques
Après avoir travaillé avec elle en 2006 sur « les Caprices de Marianne », Jean-Louis Benoit, directeur du Théâtre de la Criée, invite cette fois-ci Marie-Catherine Conti à nous faire partager ses « Lettres de Toussainte ». La curiosité m’a poussé à assister à une première plutôt fastidieuse…
Impatient ? Je l’étais. Curieux ? Je l’étais. Anxieux ? Je l’étais. Assister à une représentation avec un seul comédien sur scène est toujours angoissant et attrayant. Tel un funambule en équilibre, nous ne savons jamais si nous allons rester accrochés au fil de l’histoire, ou bien perdre pied et nous en écarter avant qu’elle n’arrive à son terme. L’acteur doit nous captiver, le texte nous tenir en haleine. Nous devons nous sentir vibrer. Là, rien. Je ne ressens rien. Et, non content de ne rien ressentir, je lutte pour ne pas m’endormir. Je regarde autour de moi, les spectateurs remuent, toussent, soufflent.
Quand l’histoire commence, nous sommes en 1920, Toussainte Ottavi a vingt ans. Un chant corse appuie des vidéos d’archives de Marseille. Vêtue d’une robe blanche, d’un chapeau de jeune adulte et portant sa valise à bout de bras, Toussainte arrive de Ventosa. Elle dit la lettre qu’elle envoie à son frère Jean et les raisons qui font qu’elle est partie de sa Corse chérie. Puis, pendant une heure et quart, elle s’adresse au public, devenu frère le temps d’une représentation. Ainsi nous savons où elle est, ce qu’elle fait, avec qui, quand, pourquoi, comment… Elle nous raconte sa vie, quoi ! Une vie de femme meurtrie, qui, malgré son courage, garde des cicatrices profondes à l’âme. Avec, toujours en filigrane, son attachement à la Corse.
L’ennui, c’est que même si ses périples sont abondants, sa vie n’est pas particulièrement passionnante. Et, très rapidement, la lassitude s’empare de nous. Nous avons envie d’énergie, de panache, de dynamisme, de quelque chose qui fait qu’on va se dire « tiens ! ». Même pas. Toussainte est nostalgique, Toussainte est malheureuse, Toussainte broie du noir. Et nous, nous attendons.
« Lettres de Toussainte » | © Photo D. R.
Marie-Catherine Conti, à la fois très juste et très pudique dans son jeu, a le mérite d’endosser complètement le rôle, et son interprétation émue nous fait percevoir sa proximité avec le personnage. Les chants corses de Claude Ettori, en harmonie avec le texte, permettent de respirer, et les notes perçantes lancées par la cantatrice nous touchent en plein cœur. Ainsi, grâce à une prosopopée fine, la mémoire parle en chantant. Parfois même, elle apparaît, tel un spectre hamlétien.
Les lumières de Carlos Perez, très agréables au demeurant, ne sont pas vraiment exceptionnelles. Leur vocation se résume à délimiter l’espace de vie de Toussainte et à enchaîner les différentes lettres. Bien que propre, la mise en scène sobre n’est en fait qu’une succession de déplacements entre les lettres, ce qui tient plus d’une mise en espace que d’une mise en scène.
En sortant du théâtre, je suis gêné par ce que je viens de voir. Non pas gêné par l’aspect minimaliste de l’œuvre ni même par sa substance, non. Non, ce que je ne comprends pas, c’est le fait qu’on propose un tel travail dans un lieu de cette envergure, presque inapproprié. Pourquoi avoir décidé de réduire la jauge ? Pourquoi les lumières isolent-elles à ce point le plateau ? Pourquoi une seule comédienne sur un plateau si grand ? Beaucoup trop de questions, heureusement compensées par une métamorphose physique notable de la comédienne tout au long de l’histoire, un aspect historique séduisant, des jeux d’ombres soignés et la voix de Claude Ettori d’une rare pureté… ¶
Arnaud Agnel
Les Trois Coups
Les Lettres de Toussainte, de Nadia Fischer
Compagnie du Lac-Majeur, avec le soutien de la D.R.A.C. Corse, du conseil général de la Haute-Corse et de la Collectivité territoriale corse
Texte publié aux éditions D.C.L. (version française et corse avec les photos du film)
Conception et mise en scène : Marie-Catherine Conti
Adaptation : Nadia Fischer et Marie-Catherine Conti
Avec : Marie-Catherine Conti et Claude Etorri (chants corses)
Lumières : Carlos Perez
Décors et costumes : Jean-Paul Massaly
La Criée|Théâtre national de Marseille • 30, quai de Rive-Neuve • 13284 Marseille cedex 07
Réservations : 04 91 54 70 54
information@theatre-lacriee.com
Grand Théâtre, du 27 novembre au 1er décembre 2007 : mardi et mercredi à 19 heures, jeudi, vendredi, samedi à 20 heures
Durée : 1 h 15
De 9 € à 21 €
Eclipse Next 2019 - Hébergé par Overblog