Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
Culture Commune propose un triptyque du poème « Stabat mater furiosa », de Jean-Pierre Siméon, composé d’un atelier, « Mise en voix », animé par Anne Conti, d’un spectacle interprété et mis en scène par Anne Conti et d’une rencontre avec Jean-Pierre Siméon.
10 novembre 2007
Durée de l’atelier : trois heures
Atelier « Mise en voix »,
d’un poème de Jean-Pierre Siméon
Animé par Anne Conti
Dans la petite salle des Pendus de la Fabrique théâtrale de Culture commune à Loos-en-Gohelle, onze participants sont réunis autour d’Anne Conti, comédienne, metteuse en scène.
Anne Conti aime l’écriture contemporaine. Elle nous révèle son véritable coup de cœur pour le poème dramatique Stabat mater furiosa, de Jean-Pierre Siméon. Elle affirme qu’il est important d’observer la géographie de l’écrit « pourquoi le mot est à la ligne ? » et de trouver le rythme de l’auteur, qu’il soit planant, effervescent… « Moi, comédienne, mon envie est de retrouver ce rythme-là » et elle ajoute « et d’y apporter ma nature ». Anne Conti se définit comme une femme engagée. Si elle monte sur scène, c’est pour transmettre quelque chose, quelque chose de positif. C’est pour amener une énergie, de l’espoir, de l’amour, même si cela est dit avec fureur. Ensuite, elle aborde l’oralité de la poésie. La poésie ne peut se contenter d’une lecture banale. Elle peut être chuchotée, frappée, parlée, chantée. Quant au poème dramatique Stabat mater furiosa, elle le qualifie de parole politique, humaine, de plaisir des mots, apte à déclencher des images. Et comme pour clore le tout, elle garantit aux mots un pouvoir charnel : « Les mots sont chairs, ils passent par notre corps. »
Une participante de l’atelier l’interroge : « J’ai vu votre spectacle Stabat mater furiosa. Pourquoi ajouter de la musique sur les mots de l’auteur, est-ce que la musicalité de l’auteur ne suffisait pas ?
— Moi, j’avais envie de ça, d’amener une autre dimension. »
Après cette introduction, Anne Conti invite les participants à se lever et se mettre en cercle pour l’échauffement. Étirements, respiration abdominale, mécanique vocale, contractions faciales, labiales, A, E, I, O, U… Bref, ce que l’on pratique dans ce genre d’atelier. Sages et dociles, nous retournons à nos tables à sa demande. Anne Conti nous remet deux pages du texte Stabat mater furiosa. Nous prenons sommairement connaissance de ce fragment de poème dramatique en lisant à voix haute une phrase par personne. Nous abordons les premières phrases :
« Je n’ai jamais croisé ton regard
Qui s’étonnait de la fraîcheur de mes pas. »
Anne Conti lance le ton : « on n’a rien à voir ensemble, mon coco ». Les intentions sont placées. Ensuite, elle nous donne les indications sur les mots qu’il faut cogner, allonger, accélérer, marquer, détimbrer, penser, couper… Pas de psychologie, pas de sens. On a compris, que de la musicalité ! Du changement de rythme ! Les dernières minutes de l’atelier se jouent debout. Les effets sonores sont intéressants. La singularité des timbres de voix se pose, se superpose, se juxtapose sur une même intensité. Le rythme se jette aux atours de quelques phrases pour se fracasser et germer en une autre rythmique. Les mots sont des notes de musique déconnectés de leur sens.
L’atelier a duré trois heures, c’est peu et beaucoup. Toute l’énergie accumulée lors de l’échauffement s’est éteinte en passant les trois quarts du temps de l’atelier assis. Si les mots passent par notre corps, cette fois-ci, nos corps étaient muets d’inertie et les mots bien las de ne pas trouver de sens. Fallait-il lire le livre avant de venir ? Faute de temps, les participants se voient attribuer mélodies et rythmes par l’intervenante. Jacques a dit : baissez le ton, pas de problème, on connaît la règle du jeu, on s’exécute. Et cette obsessionnelle culture du résultat, à vouloir restituer un atelier par une représentation finale, qui oblige l’intervenante, faute de temps, à manipuler les participants comme de pauvres pantins pour obtenir un résultat convenable. Les participants ne sont pas des coquilles vides ! On peut me soutenir que c’est une façon de découvrir le travail d’Anne Conti, sommes-nous des spectateurs trop creux pour nous apercevoir du travail engagé sur scène ? Dans nos emplois du temps surchargés, trois heures, c’est bien assez. N’y aurait-il pas une autre façon de faire tout en gardant les trois heures et sans remettre en cause le triptyque ?
Christine Trolet
Les Trois Coups
Voir la critique de Stabat mater furiosa par Christine Trolet pour les Trois Coups.
Voir la rencontre avec Jean-Pierre Siméon à Arras.
Fabrique Théâtrale • rue de Bourgogne • 62750 Loos-en-Gohelle
Réservations : Culture commune 03 21 14 25 55
Eclipse Next 2019 - Hébergé par Overblog