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Par LES TROIS COUPS
Éternel Molière
Tchekhov, Shakespeare, Musset : Françoise Maimone n’en finit pas de s’attaquer aux classiques, qu’elle n’hésite pas à revisiter. C’est donc avec curiosité que je me rendais ce 11 décembre 2007 au centre Théo-Argens de Saint-Priest, près de Lyon, où elle donnait « le Misanthrope », de Molière.
Eh bien, je ne fus pas déçue. Ce fut en effet, un vrai régal que ce Misanthrope. Le décor, les costumes (de notre époque), le jeu des acteurs, les éclairages, tout a contribué à rendre des plus actuelles cette pièce, qui a pourtant plus de quatre cents ans ans (création le 4 juin 1666).
Le décor est d’une sobre beauté : quelques pans de mur décalés, des marches, trois chaises. Un éclairage en clair-obscur souligne un monde salonard de faux-semblants, dans lequel les personnages passent, silhouettes fuyantes.
L’hypocrisie sociale, que dénonçait Molière, prend ici tout son relief et bien des vers pourraient s’appliquer de nos jours : « Je ne trouve partout que lâche flatterie,/ Qu’injustice, intérêt, trahison, fourberie ». D’autant que les acteurs sont exceptionnels : leur jeu très moderne rend accessible la langue de Molière, qui semble ici couler de source.
Dans ce Misanthrope-ci, Alceste (manteau long, foulard vert [Françoise Maimone n’est pas superstitieuse]) est bougon, colérique, moqueur, ironique, emporté, voire violent. Célimène, de son côté, est plus provocante que coquette : dans sa robe du soir de soie rouge, elle est sensuelle, aguicheuse, allumeuse. Oronte, lui, a déclenché les rires. Le ton, la voix, les mimiques en font un vieil homme ridicule, que l’on ne peut malgré tout s’empêcher de plaindre face aux moqueries d’Alceste, tant il paraît humain.
La mise en scène crée un climat étrange et surprenant. Ainsi, Alceste porte Célimène dans ses bras, semblant la ramener un peu ivre d’une folle soirée. Il la caresse, l’embrasse, la frappe. Célimène joue avec sa chaussure haut lacée, elle ondule, montre ses cuisses.
Belle trouvaille surtout que l’apparition du serviteur qui ouvre et clôt le spectacle : il surgit dans la pénombre, portant un chandelier pour seul éclairage, accompagné de quelques notes paraissant sortir d’une boîte à musique. Il parcourt l’espace scénique en prenant son temps. À l’ouverture, il met de l’ordre, semblant tout préparer pour son maître, à gestes lents et mesurés. Au final, il range et nettoie l’espace de tous les médiocres sentiments qui s’y sont installés. Il met les chaises à l’envers, souffle les bougies : l’humaine comédie est terminée. ¶
Nicole Bourbon
Les Trois Coups
Le Misanthrope, de Molière
Cie Françoise-Maimone • 15, avenue Marc-Sangnier • 69100 Villeurbanne
04 72 44 79 45
Mise en scène : Françoise Maimone
Avec : Céline Arnaud, Pierre Bianco, Étienne Brac, Jean-Marc Bailleux, Gilles Chabrier, Marie-Aude Christianne, Stéphane Kordylas, Stéphane Naigeon, Karelle Prugnaud
Création lumière : David Debrinay
Régie lumière : Stéphan Meynet
Création musicale : Gérard Maimone
Régie son : Olivier Leydier
Création décor : Brigitte Bosse-Platière, Françoise Maimone
Construction et régie plateau : Romain Lelevreur
Création costumes et réalisation : Florence Demingeon
Photo : © Pascal Michalon
– Centre culturel Théo-Argens • place Ferdinand-Buisson • Saint-Priest (69)
04 78 20 79 37
Le 11 décembre 2007
– Théâtre du Cloître • rue Lafayette • 87300 Bellac
05 55 60 87 61
Le 14 décembre 2007 à 14 h 30 et le 15 décembre 2007 à 20 h 30
13 ou 8 €
Durée : 2 heures
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