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Par LES TROIS COUPS
Prélude avant la tempête
Succèdant à Constanza Macras en 2006, l’invitée 2007 des Grandes Traversées, l’Islandaise Erna Omarsdottir, jette un nouveau pavé dans la mare d’une danse contemporaine trop codée ou formatée.
On l’a vue notamment danser pour Jan Fabre ou Sidi Larbi Cherkaoui. Empreint de ces images de grâce des Guerriers de la beauté ou Foi, on pense entrer dans The Mysteries of Love comme en territoire connu, à la recherche de la pureté qui émane de la présence d’Erna Omarsdottir en scène. Le moins que l’on puisse dire est que l’on se retrouve vite pris à contre-pied lorsque cette dernière revêt les habits de chorégraphe interprète.
The Mysteries of Love débute sur une comptine enfantine, accompagnée par un piano aérien. Telle une Alice au pays des merveilles dédoublée, Erna Omarsdottir et Flosi Thorgeirsson jouent de leurs voix cristallines, ouvrant les portes d’un univers doux, baigné par l’enfance. Cela sera la seule plage de calme, en guise de mise en bouche, de cette pièce pour le moins déroutante. Un genre de prélude avant la tempête, ou lorsque le conte de fées passe sous acides.
Passée cette ouverture, les deux interprètes, qui rappellent successivement des figures lynchiennes (Mullholand Drive) ou les Sisters de De Palma, se lancent dans une chorégraphie souvent indéchiffrable, violente et anarchique. Les corps se déchirent, se convulsent, se cherchent ou se fuient. On verra même une scène de possession, en référence directe à l’Exorciste de William Friedkin. Le travail de la voix, lui, se concentre sur les rires déments ou les borborygmes, l’inintelligible. On nage en pleine crise de nerfs, voire en pleine hystérie. The Mysteries of Love est ainsi construit en crescendo, conclu par un morceau de « métal » entonné par Erna Omarsdottir herself, telle une reine des damnées, une figure démoniaque revenue des enfers.
Si l’on peut se laisser porter par l’énergie débridée de ces Mystères de l’amour, on peut aussi toutefois être agacé par cette hyperactivité scénique, qui recèle peu de moments pour souffler, mais aussi par le peu de clefs données au sein de ce tourbillon pour décrypter un message, une narration. On devinera que l’on a ici à faire à la transformation lente et douloureuse de l’enfant en adulte, une métamorphose tout à la fois onirique et cauchemardesque, vécue comme un combat perdu d’avance. L’esthétique globale, qui oscille entre rouge et blanc, blonde et brune, clown blanc et diablesse, trace un trait remuant entre enfer et paradis.
Au final, The Mysteries of Love se révèle un spectacle qui fonctionne sur l’empathie, celle que l’on ressentira à voir ainsi des corps se faire violence, la propension de cette lutte aux accents faussement infantiles à nous éprouver dans notre propre chair. On pourra aussi comprendre que l’on reste de marbre, voire ennuyé, face à une pièce de danse où tous les codes sont joyeusement « dézingués », un objet totalement déroutant, voire inclassable, qui suscite fascination ou rejet. ¶
Xavier Quéron
Les Trois Coups
The Mysteries of Love, concert chorégraphique | électro expérimentale-pop
Erna Omarsdottir | Johann Johannsson ; Lieven Doussalere | Benjamin Doussalere
7e Parcours des Grandes Traversées
Carré des Jalles • place de la République • B.P. 22 • 33165 Saint-Médard-en-Jalles cedex
05 57 93 18 93
12 novembre 2008
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