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Par LES TROIS COUPS
Dans le songe d’un rêveur génial
Avec sa dernière création, Philippe Genty nous entraîne dans un long voyage onirique fourmillant d’images et de symboles. Nous en revenons enchantés, avec l’impression d’avoir frôlé d’un peu plus près une vérité essentielle et insaisissable.
Tout commence quand Alice, la ventriloque, se rend compte que ses marionnettes n’obéissent plus. C’était elle qui dirigeait, et tout à coup, la situation semble renversée : ce ne sont plus sa logique et son langage qui règnent en maîtres, mais ceux de ses petits sujets. Ils vont bientôt l’entraîner dans un monde étrange et déroutant, où personne ne saura plus qui, d’elle ou d’eux, se trouve aux commandes – à supposer qu’il y ait bien quelqu’un à ce poste.
Vous l’avez compris, Boliloc parle de la multiplicité et des mystères de l’identité. Mais au lieu d’en parler avec des mots et des notions abstraites, le spectacle aborde le sujet comme le ferait un rêve : en le mettant en jeu et en corps. Ici, pas de présupposés, pas d’hypothèses à démontrer. Les seuls guides sont l’imaginaire et l’inconscient – celui du metteur en scène et le nôtre. Qui font naître des scènes absurdes, inquiétantes ou dérisoires et dont la polysémie permet à chacun de laisser émerger sa propre histoire.
« Boliloc » | © P. François
La mise en scène évoque une sorte de cadavre exquis théâtral. On sent un travail d’improvisation très poussé, auquel a participé toute l’équipe, multipliant les surprises visuelles et sonores. Qu’il s’agisse des marionnettes, des comédiens ou des objets, tout respire le mouvement et la vie. Cependant, l’énergie et la spontanéité n’auraient pas suffi à réaliser un spectacle de cette qualité sans l’extrême rigueur et l’inventivité des techniciens pour résoudre les problèmes liés aux lois physiques du monde réel. Que ce soit sur le plan des matériaux, de la lumière ou du son, l’illusion est, à de rares exceptions près, parfaite.
Cette exigence se retrouve également chez les comédiens, qui, outre d’indéniables talents de clown, se révèlent de véritables danseurs, capables de restituer chaque nuance de la musique de René Aubry. Au final, on émerge de ce songe théâtral comme d’un rêve, avec la sensation d’avoir vécu un moment hors du temps – un moment de magie et de poésie, drôle et inquiétant. ¶
Patricia Lavigne
Les Trois Coups
Boliloc, de Philippe Genty
Cie Genty • 40, rue Sedaine • 75011 Paris
01 43 57 74 43
Mise en scène : Philippe Genty et Mary Underwood
Avec : Christian Hecq, Scott Koehler, Alice Osborne
Assistant à la mise en scène : Éric de Sarria
Musique : René Aubry
Effets sonores : Olivier Pot
Costumes : Eugenia Piemontese
Régisseur général et son : Olivier Pot
Création lumières : Baptiste Bussy
Construction et régie plateau : Emmanuel Laborde, Philippe Zielinski
Régie lumières : Guislaine Rigollet
Plasticiens : Sébastin Puech, Carole Allemand, Sophie Coëffic
Assistés de : Tomoe Kobayashi, Aurore Huber
Photos et montage vidéo : Pascal François
Atelier scénographie : Sylvie Gubinski, Adriana Tarchala, Mina Jeanjean, Edwige Deygout, Grace Rondier
Avec la participation du lycée d’enseignement professionnel Jean-Rostand
Stagiaire : Calista Sinclair
Théâtre des Célestins • 4, rue Charles-Dullin • 69002 Lyon
Réservations : 04 72 77 40 00
Du 9 au 19 janvier 2008, du mardi au samedi à 20 heures, dimanche à 16 heures, relâche le lundi
Durée : 1 h 30
15 € à 32 € | 13,50 € à 29 € | 10 € à 20 €
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