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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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« Probablement les Bahamas », de Martin Crimp (critique), Théâtre Garonne à Toulouse

Le soleil dans les yeux,
pour ne pas voir l’horreur…


Par Diane Launay

Les Trois Coups.com


« Probablement les Bahamas » est la première œuvre dramatique de Martin Crimp. Le texte donne à entendre des voix ordinaires, banales, qui cependant distillent peu à peu un venin qui prend à la gorge le spectateur. La mise en scène de Louis-Do de Lencquesaing, servie par de très bons comédiens, participe à la création d’une ambiance doucereuse, entre la vie et la mort.

L’efficacité du texte de Martin Crimp repose tout d’abord sur la mise en place d’une situation d’énonciation particulière : un couple, dans la soixantaine, s’adresse au public à travers un invité imaginaire, invisible et muet. Le spectateur se trouve donc enchaîné à cette place, comme pris en otage, sans droit de réponse, soumis à cette sorte de malaise qui accompagne parfois les excès de manières et de politesse…

La pièce commence par ces conversations insignifiantes et irritantes, que nous font parfois subir les plus pénibles de nos hôtes, lorsqu’ils se mettent en tête de nous prouver – de se prouver – à quel point leur vie est brillante, riche et heureuse. Ils nous récitent alors, avec brio, leurs formidables voyages, leurs hilarantes anecdotes familiales, tout en faisant état de leurs opinions politiques. Discours qui précèdent, fatalement, l’exhibition de quelques photos, peuplées de visages inconnus pour le visiteur, sur lesquelles il lui faudra s’extasier. Pris au piège, c’est bien le sentiment qui envahit alors le malheureux invité, qui n’attend plus que le terme du temps légal pour pouvoir s’échapper.

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« Probablement les Bahamas »

© Agathe Poupeney/PhotoScene.fr

Martin Crimp pousse jusqu’au bout la perversité de ce dispositif, en faisant du spectateur le témoin impuissant de l’ignorance, de la surdité et de l’aveuglement égocentrique, qui font du couple bien-pensant les complices consentants de l’atrocité et de la violence. La confrontation avec Marika, jolie et alléchante jeune fille au pair, dévoile la capacité de la parole à prendre en charge ou à refuser la réalité, révélant ainsi la véritable nature de celui qui en est l’énonciateur.

La mise en scène de Louis-Do de Lencquensaing accompagne bien le mouvement de la pièce et sa révélation progressive. Le dispositif est celui d’un enregistrement radiophonique, qui fait écho à la destination première de la pièce. Ainsi, le spectateur se trouve d’abord soumis à une distanciation qui l’empêche de s’identifier, renforçant son sentiment d’être figé devant le spectacle de la violence ordinaire, sur laquelle il n’a pas de prise. L’irruption de l’abject et de la violence prend ainsi d’autant plus le spectateur par surprise, et referme sur lui le piège de sa propre passivité. Les techniciens présents sur le plateau pour l’enregistrement radio, deviennent presque eux-mêmes des personnages, et apparaissent peu à peu comme des sortes de fantômes, symboles de toutes les vies oubliées, méprisées et piétinées par le vieux couple bourgeois.

Les comédiens, quant à eux, participent grandement à l’intensité de la pièce. Aurelia Alcaïs joue la jeune fille au pair avec naturel, fluidité, et un mélange adolescent de grâce et de maladresse. Marilù Marini et Claude Duneton jouent très juste et sans excès : ils s’adaptent parfaitement aux nuances du texte de Crimp, et font véritablement exister ces êtres si terriblement ordinaires, pour qui la quête du bonheur se traduit par une surdité maladive, et par le rejet de l’existence de l’autre. 

Diane Launay


Probablement les Bahamas, de Martin Crimp

L’Arche éditeur

Traduction : Danielle Méhari

www.louido.com

Mise en scène : Louis-Do de Lencquesaing

Avec : Aurélia Alcais, Claude Duneton, Marilù Marini, Louis-Do de Lencquesaing

Création lumière : Gilles Gentner

Bruitages : Sophie Bissantz

Coproduction : Zoé & Cie, France Culture, Festival d’automne à Paris

Théatre Garonne • 1, avenue du Château-d’Eau • 31300 Toulouse

Réservations : 05 62 48 54 77

Du 17 au 20 janvier 2008, horaires variables dans le cadre du festival In extremis # 2, made in the U.K. : un week-end avec Martin Crimp

Durée : 1 h 15

19 € | 15 € | 11 € | 9 € et 6 € le deuxième spectacle dans le cadre du week-end In extremis

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