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Par LES TROIS COUPS
Heureux Huron ?
Pourquoi Huron est est-il surnommé « l’Ingénu » ? Pour la bonne raison que Huron dit avec franchise tout ce qu’il pense. Peu importe l’interlocuteur et sa condition dans la société : que ce soit avec ses amis de Basse-Bretagne ou à la cour du roi à Versailles. Le problème pour un tel caractère est son manque d’adaptation face à l’hypocrisie d’une société superficielle.
L’Ingénu est écrit par Voltaire en 1767. À la même période, Rousseau publie son Contrat social : époque des Lumières où l’homme s’interroge sur la nature de l’homme et sur l’homme de la nature. L’histoire de Huron commence comme un conte du xviiie siècle et finit comme un roman du xixe siècle. Dans une première partie, un jeune Indien débarque dans un pays qu’il ne connaît pas ; et son regard sur les us et coutumes en fait ressortir tout le ridicule. Face à Huron, les personnages secondaires sont extrêmement simplifiés : un bon vieux prieur un peu falot ; sa sœur, une vieille fille, à la fois sensuelle et dévote ; une jeune Bretonne curieuse mais trop bien élevée. La caricature l’emporte sur la peinture. Dans un second temps, tout devient beaucoup plus sensible. Huron arrive à Versailles et finit à Paris, enfermé à la Bastille, en compagnie d’un janséniste. Ces deux-là s’influenceront réciproquement. Parallèlement, l’innocente marraine bretonne viendra à Paris, à la recherche de l’Ingénu…
© Claire Besse
La difficulté était d’adapter ce conte philosophique au théâtre. C’est chose faite et très bien faite par Jean Cosmos, qui en a fait une comédie dramatique. Pas un moment d’ennui et aucune envie de bailler. La légèreté et la satire de la première partie nous mène doucement en toute confiance au drame de la seconde.
Les Compagnons de la Chimère font œuvre de magie. Le personnage du metteur en scène-auteur (et quelquefois acteur) capte l’attention du spectateur dès la première scène et ne la lâche plus de toute la représentation. Il invite le public à partir en Bassse-Bretagne, aidé en cela par une scénographie légère. Elle comporte peu d’éléments de décor. Celui-ci, modulable à loisir (des portants, des paravents et quelques roulettes), fait ressortir d’une part la notion de voyage – qu’il soit géographique ou symbolique –, d’autre part, l’idée de « théâtre dans le théâtre ». Aucun temps mort, tout est fluide… Il suffit de se laisser emporter par le fil du courant…
Les personnages, une trentaine environ, sont interprétés, de main de maître, par douze comédiens, dans une mise en scène concise, au rythme enlevé. Arnaud Denis a tout compris en ce qui concerne le théâtre. Un vrai travail d’orfèvre, que met en valeur une troupe d’une rare homogénéité et habitée d’une belle complicité. Arnaud Denis et ses Compagnons de la Chimère représentent une valeur à suivre de très près dans le monde du théâtre actuel. ¶
Claire Besse
Les Trois Coups
L’Ingénu, de Voltaire
Les Compagnons de la Chimère • Jean-Pierre Leroux • 48 bis, rue Custine • 75018 Paris
Tél.|télécopie : 01 46 06 22 32
www.lescompagnonsdelachimere.com
Mise en scène : Arnaud Denis
Avec : Jean-Pierre Leroux, Jacques Ciron, Monique Morisi, Géraldine Azouelos, Arnaud Denis, Jonathan Bizet, Alexandre Guanse, Denis Laustriat, Stéphane Peyran, Romane Portail, Sébastien Tonnet, Geoffroy Veraghaenne
Costumes : Virginie Houdinière
Scénographie : Mirjam Fruttiger
Lumières : Laurent Béal
Maquillage : Léna Karatchevski
Vingtième Théâtre • 7, rue des Plâtrières • 75020 Paris
Réservations : 01 46 33 01 13
Du 9 janvier 2008 au 2 mars 2008
Du mercredi au samedi à 21 h 30, dimanche à 17 h 30
Durée : 1 h 40
22 € | 12 € | 17 €
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