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Par LES TROIS COUPS
Supression du quatrième mur
Par Chloé Chochard-Le Goff
Les Trois Coups.com
Reprise pour la première fois en France, la pièce « Ashes to Ashes », mise en scène par Claude Bazin, nous offre un spectacle d’âmes tourmentées, dont les propos envahissent la petite salle afin d’empêcher tout spectateur de se laisser aller à la passivité.
C’est par un court-métrage que débute cette soirée. Court-métrage dont l’importance des dialogues n’est pas sans rappeler le théâtre. Alors qu’un homme nu, ligoté à une chaise s’apprête à se voir infliger des tortures, ses bourreaux semblent obnubilés par la valeur des mots. Les rapports avec la pièce qui suit ? Un cadre énigmatique et un rapport au langage déroutant.
En effet, d’entrée de jeu, l’objectif est clairement énoncé : en tirant ce rideau transparent qui sépare la scène des spectateurs, le comédien nous prépare à participer à ce qui va suivre. La suppression de ce « quatrième » mur nous fait pénétrer dans un espace a priori ordinaire, mais que l’esprit des personnages va complexifier. Ce couple qui vit face à nous, ce sont Rebecca et Devlin. C’est une fin de soirée, ils rentrent chez eux joyeusement et se livrent à quelques jeux de séduction. Situation banale si l’homme ne se mettait pas à poser d’étranges questions à sa compagne à propos de son ancien amant. À partir de ce moment, les deux personnages vont évoluer séparément. Les questions posées resteront sans réponse, les réminiscences évoquées, sans explication.
Ce couple mystérieux amène les spectateurs à réfléchir sur le sens de la pièce. L’histoire qui se joue n’est qu’un point de départ à l’imaginaire du spectateur. Avec les mots prononcés, les vagues souvenirs mentionnés, il nous revient de recréer le passé de ce couple. L’universalité des thèmes abordés va conduire chacun à deviner une vie différente de celle de son voisin. En celà, cette pièce est originale. Sans public, elle ne pourrait exister. Ce qui se joue sur scène ne peut être achevé que grâce à la signification que le spectateur lui donnera.
« Ashes to Ashes »
Les interprétations que nous livrent Karine Androver et Éric Franquelin sont extrêmement différentes. Pourtant, elles se rejoignent dans l’éclairage des caractères instables des deux personnages. La femme, sous sa vitalité trompeuse, nous parle de moments sombres d’un passé trouble. Elle semble fragile psychologiquement. L’homme, sous un professionnalisme apparent, pose des questions dérangeantes, qui révèlent une personnalité inquiétante aux instincts meurtriers. Il parvient à créer une atmosphère lourde et angoissante par son débit de paroles irrégulier.
Le travail des acteurs joue ainsi sur l’apparence et la profondeur des caractères, pour permettre à leur personnage d’être aussi inattendu que leurs répliques. C’est une recherche sur eux-mêmes que les protagonistes effectuent, une recherche sur leur passé, sur ce qu’ils peinent à dire, comme si un secret les liait et les empêchait de se parler franchement.
Cette pièce est un véritable exercice de réflexion, un puzzle qui nous occupe l’esprit. Loin d’un divertissement habituel, on assiste à une mise en scène soignée tenant le public en éveil dans un cadre plutôt agréable. ¶
Chloé Chochard-Le Goff
Ashes to Ashes, de Harold Pinter
Mise en scène : Claude Bazin
Avec : Karine Adrover, Éric Franquelin
Scénographie : Claude Bazin
Éclairage: Maro Avrabou
Son : Michel Bertier
Le Nouvel Ordre Mondial (court-métrage)
Réalisation : Claude Bazin
Avec : Richard Perret, Elrick Thomas, William Astre, Julie Biereye
Chef opérateur : François Aubier
Éclairage, son : Jacques Charrenton
Scripte : Camille Ganivet
Maquillage : Annah Paradisi
Régisseur : Pascal Besson
Théâtre Essaion • 6, rue Pierre-au-Lard • 75004 Paris
Réservations : 01 42 78 46 42
Du 14 février au 19 avril, du jeudi au samedi à 21 h 30
18 € | 12 €
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