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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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« Moloch », de Philippe Crubézy (critique), Théâtre de l’Est-Parisien à Paris

Trop d’engagement
tue l’engagement


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Métro : Gambetta. Avenue : Gambetta. Rendez-vous au Théâtre de l’Est-Parisien avec un écrivain engagé, Philippe Crubézy, pour une pièce engagée, « Moloch ». L’esprit communard souffle encore à l’est : rien de nouveau. Ici, on fait dans le social, le théâtre social. Pas de réalisme, du concret nous prévient-on…

Le rideau se lève. Une table deux chaises, une cuisinière et un placard. Un appartement. Ou une grotte. Sur les murs, en effet, sont peintes des fresques et, au milieu de la scène, un homme nu dans une position animale. Lui, c’est Alain (Jean O’Cottrell), le licencié qui recherche la source du mal en remontant à l’origine des hommes. Son épouse, Claudine (Élisabeth Catroux), elle, continue à travailler dur : métro, boulot, dodo. Leur fille, Fanny (Ophélie Marsaud), est contrainte de se prostituer pour payer des dettes de jeu. M. X. (Xavier de Guillebon), lui, est le grand méchant joueur, proxénète amoureux et l’une des figures du Moloch. La vie est cruelle. Le travail aliéné nous dépossède. Le monde capitaliste est sans égard pour la poésie… Ah ! Grand Dieu ! Caricatural ? Certes… Mais sans doute pas autant que cette pièce lugubre et fatigante d’emphase, suant le pathos bon marché.

Le texte se veut engagé ? Il semble anachronique. Le diagnostic : le monde va mal. La maladie : le travail déshumanisant. Soit. Peut-être aurait-il fallu prêter attention aux exigences nouvelles d’un travail qui n’est plus seulement aliénant, mais est aussi, aujourd’hui, une question « d’emploi » qui nous engage dans un procès de la performance : se dépasser, donner toujours plus. Le désaccord sur le propos fondamental de ce théâtre à thèse (par nature caricatural) s’étend à la forme qu’il emprunte. Dire que le texte est emphatique serait encore un euphémisme. Il est surabondant, répétitif et proprement indigeste. Une même figure de style, l’accumulation poétique (les mots s’engendrent par leur sonorité), scande l’intégralité du texte. Les jeux de mots échouent à la fin d’une réplique sans même susciter un sourire. L’engagement, caricatural, devient parodie d’engagement.

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© Hervé Bellamy

À mauvais texte, mauvaise interprétation. On ne saurait en vouloir aux acteurs qui semblent se débattre avec un texte impossible à se mettre en bouche. On n’y croit pas, ou rarement, car Alain et sa femme ont tout de même quelques beaux échanges. On notera ainsi un élan lyrique plutôt réussi autour de deux bols et d’une évocation des saisons, du voyage intérieur, de l’évocation poétique d’un horizon imaginaire. Quelques soliloques, toujours dits par Alain, sont de bonne tenue. L’homme-bête terré au fin fond de sa grotte de banlieue est assez convaincant, voire émouvant. Il reste que la pièce se perd en longueur.

Quant à la scénographie, elle est comme négligée. Seules les grandes fresques rupestres sont bien pensées et bien employées (déplacées, recouvertes, complétées…). À l’inverse, l’intérieur du trois-pièces-cuisine ne parvient pas, malgré son dépouillement, à faire sentir la misère d’une situation. En ce qui concerne les lumières, elles oscillent entre l’obscurité quasi complète et la froideur du néon. De leur côté, les musiques s’arrêtent sans transition. Que dire, enfin, des costumes sinon que celui de M. X. rappelle les trois-pièces (sans cuisine) des V.R.P. sous Giscard ? Difficile, donc, d’entendre la pièce comme une chronique du monde contemporain quand tout sonne faux et que, à défaut de faire mouche, la critique fait moche. 

Cédric Enjalbert


Moloch, de Philippe Crubézy

Mise en scène : Philippe Crubézy

Avec : Élisabeth Catroux, Xavier de Guillebon, Ophélie Marsaud, Jean O’Cottrell

Décors, costumes : Alain Chambon assisté de Marie La Rocca

Lumières : Pierre Peyronnet

Son : Michel Maurer

Théâtre de l’Est-Parisien • 159, avenue Gambetta • 75020 Paris

Réservation : 01 43 64 80 80

www.theatre-estparisien.net

Du 9 janvier au 8 février 2008 à 19 h 30 ou 20 h 30

En tournée du 26 février au 1er mars 2008 au Théâtre Dijon-Bourgogne – centre dramatique national

Durée : 2 h 15

22 € | 16 € |11 € | 8,5 € | 7 €

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