Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
Des questions pertinentes
« À ma place » est une pièce sur les mots et… sur les maux (le jeu de mots est facile, mais dans la mesure où l’auteur abuse lui-même du procédé, je me l’autorise). Mots (enfin) échangés entre trois frères réunis par la mort de leur père, et les mots qu’on ne pourra plus prononcer ou entendre de ce père absent, mais qui ne semble jamais avoir été aussi présent qu’à l’heure de sa mort. À ce deuil vient s’en greffer un autre, plus ancien, celui de leur sœur aînée, morte à l’âge de cinq mois, et qui a marqué leur vie d’enfant et donc d’hommes.
À ma place a le mérite de poser des questions pertinentes : « comment le silence peut-il être plus violent que les mots », « comment trouver sa place au sein d’une fratrie, quand l’ordre originel a été bouleversé de manière illogique » et « faut-il chercher à réparer ce qui est irréparable, à maintenir une apparence de normalité, quand la situation est absurdement dramatique » ?
Poser ces questions, c’est déjà y répondre, si bien qu’après un dispositif assez efficace, la pièce peine à trouver « un second souffle ». Les différents conflits qui animaient les personnages semblent se dissoudre ou renaître par la seule force naturelle du temps.
© Willy Viez
La mise en scène épurée et évocatrice réussit parfaitement à symboliser les relations entre les différents membres de la famille. Mais à force d’épure, elle confère au texte une place trop importante, ce qui met en relief ses insuffisances : redondances des dialogues, lourdeur des jeux de mots, retournements de situation qui sont, au gré des scènes, soit « téléphonés » soit invraisemblables. En outre, on ressent chez l’auteur le désir sous-jacent de toujours rester dans la retenue, ce qui, hélas, fait petit à petit basculer la pièce dans l’anecdotique, jusqu’à un dénouement prévisible.
On ne peut que le regretter devant le jeu des acteurs, tout en sobriété (mention spéciale à Patrick Alaguératéguy, parfait dans son rôle d’aîné, sage et résolu), et la bonne volonté générale de l’entreprise. ¶
Pierre Grivaz
Les Trois Coups
À ma place
Texte et mise en scène : Vincent Écrepont
Avec : Patrick Alaguératéguy, Francois Delaive, Pierre Giraud
Collaboration artistique : Laurent Stachnick
Collaboration chorégraphique : Benoît Lachambre
Scénographie : Annabel Vergne
Assistante scénographie : Lisa Navarro
Création costumes : Isabelle Deffin
Assistante costumes : Camille Champenois
Création lumière|régie générale : Gildas Plais
Création sonore : Maxime Fabre
Lavoir moderne parisien à Paris • 35, rue Léon • 75018 Paris
01 42 52 09 14
Métro : Château-Rouge
Du 5 au 9 février 2008 à 21 heures
Reprise à Avignon Off 2008
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