Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
Peut-être toujours,
mais peut-être jamais aussi…
Par Louise Pasteau
Les Trois Coups.com
Il fait noir. Doucement, la lumière vient découvrir les corps. Le début est envoûtant. Meg Stuart et Philippe Gehmacher sont au comble de l’Éden, ils s’étalent sur la moquette du Théâtre de la Ville comme de la mousse sur l’écorce d’un arbre. Un minimum de décor et, au centre du gris feutré du sol et des rideaux qui délimitent l’horizon de la scène, la photographie d’une nature morte un peu mièvre aux allures de pissenlits…
La musique s’élance, les mouvements s’échappent des deux chorégraphes interprètes : ils se perdent, se délaissent, se quittent et se réconcilient. Au rythme de la guitare électrique, ils tentent infatigablement de se parler, vainement de s’électriser. Les pauses s’enchaînent. Elles annihilent plus qu’elles ne marquent ou ne délestent des corps dont c’est le rien qui fait vaquer les membres. La désincarnation ne s’établit pourtant qu’à demi-mesure, comme le reste. Seul le musicien – l’auteur compositeur Niko Hafkenscheid – fait jaillir une réalité sans vergogne et dont la simplicité le rend beau d’imperfections. Malheureusement, sa musique redit ce qui est déjà dansé et ne fait qu'édulcorer l’ensemble. Tout comme les mots des danseurs aux micros : ils ne font qu’interrompre le flux déjà lancinant des gestes et des pas.
© Chris Van der Burght
On en veut plus, on a envie de contempler ces deux êtres qui dansent dans le profond de ce qui les constitue, d’être surpris et bousculé. On a l’impression qu’ils sont sur le point de nous faire passer quelque chose. Sur le point. On guette, on retient sa respiration : tout se passe et rien n’arrive. L’ennui arrive. Les rideaux, au fond de la salle, se tirent sans tirer l’attention, le vide n’amène rien d’autre que le vide, les costumes ont beau évoluer en couleur, rien n’y fait. L’enveloppe est charmante, la forme est belle, simplement le fond paraît lointain, frôlé avec la même douceur que celle des mains de Philippe Gehmacher lorsqu’elles se tendent vers le haut, vers les cintres.
Pourtant, on aurait voulu se laisser emmener, se prendre au jeu, regarder les autres, ces deux autres, vivre un temps, une histoire, un amour, le désir. Ceci dit, tout cela reste bien personnel. D’ailleurs, certains ont dit que Maybe Forever les avait « réconciliés avec la danse ». Alors, avis aux amateurs… ¶
Louise Pasteau
Maybe Forever
Production Damaged Goods/Mumbling Fish
Chorégraphie et danse : Meg Stuart, Philipp Gehmacher
Musique en direct : Niko Hafkenscheid
Dramaturgie : Myriam Van Imschoot
Lumières : Jan Maertens
Scénographie et costumes : Janina Audick
Musique et son : Vincent Malstaf
Assistante chorégraphie : Sigal Zouk
Assistante scénographie et costumes : Inga Timm
Théâtre de la Ville • place du Châtelet • 75004 Paris
Réservations : 01 42 74 22 77
Du 13 au 16 février 2008 à 20 h 30
Durée : 1 h 30
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