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Par LES TROIS COUPS
L’avant-garde à Bobigny
C’est d’un objet théâtral non identifié dont il est question ici. Difficile à regarder, difficile à décrire, et très difficile à critiquer.
Parce que el Fervor de la perseverança fonctionne sur des principes d’avant-garde et sur une vision conceptuelle du théâtre, inutile d’utiliser des outils critiques propres aux pièces narratives traditionnelles. Regardons plutôt ce spectacle pour ce qu’il est : une performance qui mêle musique (piano et chant d’opéra), photos, dessin animé, actrice, jeux de mots et effets de lumière. Ce joyeux et savant mélange engendre des moments de rire, de malaise, de tendresse, de perplexité. On sort en réfléchissant – presque malgré nous – au phénomène de sexualisation de la société et à la place de l’art dans le monde actuel.
L’avant-garde, qu’on la bénisse ou qu’on la dédaigne, a souvent pour principale préoccupation les limites de l’art et de la représentation. Qu’il s’agisse d’une monographie de Klein, de l’urinoir de Duchamp ou de el Fervor de la perseverança, toutes ces œuvres ont à leur centre un questionnement sur la forme. Qu’est-ce que l’art ? Quel intérêt ?
« el Fervor de la perseverança », de Carles Santos
Carles Santos désacralise le théâtre et la musique, en incluant des dessins animés au comique sexuel et scatologique au milieu du spectacle, ou en incluant des monologues absurdes concernant l’inutilité du si bémol dans la gamme. Mais, au détour d’une plaisanterie, on perçoit de la beauté. Au travers du corps exposé de l’actrice, de la voix pleine de la chanteuse, l’on ressent des émotions contradictoires. Du théâtre conceptuel, certes, mais qui utilise les corps et les voix pour plonger le spectateur dans une intimité rarement explorée de manière si intense dans le théâtre traditionnel.
El Fervor de la perseveranca, ou l’avant-garde comme laboratoire d’idées et de sensations. Une expérience, pas immédiatement agréable, mais qui se savoure avec le temps. L’on en sort un peu sonné, un brin choqué, mais revigoré, et confiant dans le pouvoir immédiat du théâtre. ¶
Anne Losq
Les Trois Coups
El fervor de la perseverança, de Carles Santos
Companyia Carles-Santos • Pistó, 34, bajos • 08026 Barcelona
Création, mise en scène : Carles Santos
Avec : Queralt Albinyana (actrice), Clàudia Schneider (mezzo-soprano) ou Ilona Schneider (soprano), Carles Santos (piano)
Musique : Frédéric Chopin, Tomás Luis de Victoria, Carles Santos, Richard Wagner, Hugo Wolf
Direction artistique : Carles Santos, Mariælena Roqué
Assistantes à la mise en scène : Anna Llopart, Montse Colomé
Lumière : Raimon Rius
Mouvements choréographiques : Toni Jodar assisté de Trinidad García
Son : Damien Bazin
Costumes : Mariælena Roqué
Dessin animé : Mariælena Roqué
Réalisation de l’animation : Nacho Villaró assisté de Liliana Fortuny
Conception du système audiovisuel : Miguel Rubio
M.C.93 Bogigny • 1, boulevard Lénine • 93000 Bobigny
Réservations : 01 41 60 72 72
Du 14 au 17 février 2008, festival Le Standard idéal, jeudi et vendredi à 20 h 30, samedi à 19 h, dimanche à 15 h 30
Salle Christian Bourgois
25 € | 17 € | 15 € | 12 € | 9 €
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