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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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« Guantanamour », de Gérard Gelas (critique), Vingtième Théâtre à Paris

Politique, poétique… anachronique


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Écrite début 2002 en réaction non seulement aux attentats du 11-Septembre, mais aussi et surtout à l’ouverture des camps américains à Cuba, « Guantanamour », après plus de 200 représentations, se joue aujourd’hui à Paris. Si la pièce de Gérard Gelas a d’indéniables qualités de style et de mise en scène, après six ans de tournée le message politique a en revanche perdu de sa force de persuasion.

Rassoul et Billy Harst nous attendent sur scène, dans leur prison, là depuis longtemps déjà. Ils attendent que nous, spectateurs, tournions notre attention vers cette enclave cubaine « hors droit », comme Gérard Gelas avant nous. Ils sont prisonniers du camp de « X-Ray » à Guantanamo. Plus exactement, Billy est le gardien de Rassoul. Mais qu’importe puisque tous deux sont dans la même cage grillagée, dans le même dénuement, partagent la même nourriture et les mêmes blessures de guerre. Des blessures profondes entretenues par l’humiliation, la peur et les préjugés. Ces ennemis réunis – sublime paradoxe – par la guerre, se rencontrent autour d’une histoire étrangement commune : un père absent, un frère disparu, une origine métissée et un destin qui dérape. Forcés de cohabiter, ils se découvrent, dans la violence des insultes d’abord, une langue commune. Le prisonnier de guerre capturé en Afghanistan, membre présumé d’al-Qaida et le G.I. américain enrôlé dans l’armée : une seule humanité, même combat.

Comme une Babel inversée, « Guantanamour » construit la fraternité sur des ruines. Dans l’intimité de ce huis clos hérissé de barbelés, les mots circulent en effet librement, ignorant l’interdit. Construire, se raconter, échanger la parole libératrice : faire œuvre de théâtre, en somme. Le message de Gérard Gelas, porté par une langue belle, aisée et poétique, est cependant brouillé par une situation politique que l’on peine, aujourd’hui, à entendre. En effet, la première partie du spectacle n’échappe pas, et c’est compréhensible, à une mise en contexte. Il s’agit de l’après 11-Septembre. Le choc est loin d’être passé, la guerre est celle d’Afghanistan, de l’Amérique de Bush, de la lutte contre al-Qaida… Près de sept ans se sont écoulés depuis, ce n’est déjà plus notre présent : ce qui était réaction politique est devenu, de fait, discours anachronique. Ce discours n’était pas destiné à se répéter, il ne nous concerne plus. L’élan poétique prend heureusement le relais et le message s’universalise. Les deux prisonniers préparent un voyage utopique, un road-movie sur la route de la fraternité, au son du blues noir-américain. Départ immédiat, sous le feu des miradors…

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© M. Pascual

La succession de courtes scènes, rythmée par des noirs figurant les moments d’interrogatoire subis par le prisonnier, de même que l’intelligente scénographie parviennent – c’était une gageure – à faire de ce huis clos une véritable situation théâtrale sans aucun statisme. L’usage de la sonorisation fait par ailleurs sens : elle permet de mimer le murmure des deux prisonniers de sorte qu’il soit audible une heure et demie durant. Quant au jeu des acteurs, il est contrasté. Si le texte est parfaitement rendu, l’interprétation et l’intonation de Guillaume Lanson dans le rôle de Billy Harst, au contraire, n’échappent pas à la caricature du soldat américain (Rassoul ironise sur ses faux airs de Rambo, certes…).

Guatanamour est en somme de ces pièces écrites en réaction, réaction qui les condamne à n’exister qu’un temps. Aussi, et malgré deux bons comédiens, une scénographie très efficace, un texte poétique et très théâtral, le message humaniste est-il oblitéré par un discours trop lié à un contexte politique précis pour n’être pas anachronique. Gérard Gelas maîtrise une belle arme théâtrale, il serait dommage de ne pas l’utiliser pour affronter à nouveau un « présent brûlant ». 

Cédric Enjalbert


Guantanamour, de Gérard Gelas

Création Théâtre du Chêne-Noir • 8 bis, rue Sainte-Catherine • 84000 Avignon

04 90 82 40 57

www.chenenoir.fr

Mise en scène : Gérard Gelas

Avec : Damien Rémy et Guillaume Lanson

Costumes : Atelier Garance

Son : Jean-Pierre Chalon

Lumière : Jean-Louis Cannaud

Vingtième Théâtre • 7, rue des Plâtrières • 75020 Paris

Réservations : 01 43 66 01 13

www.vingtiemetheatre.com

Du 7 mars 2008 au 27 avril 2008 à 21 h 30, dimanche à 17 h 30, relâche les lundi et mardi

Durée : 1 h 30

22 € | 12 €

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