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Par LES TROIS COUPS
Une tragédie en clair-obscur
Par Cédric Enjalbert
Les Trois Coups.com
« Marie Stuart » est une affaire de famille. Pas simple, donc. On complote, on intrigue, on ment : pouvoir et religion le disputent à l’amour. Les personnages foisonnent, l’intrigue est complexe. Fabian Chappuis en propose, sur la scène du Théâtre 13, une version précise et efficace. Noire mais limpide.
L’histoire débute par la fin. La reine Élisabeth, pâle et inquiétante, prend la parole dans un halo de lumière. Elle annonce la mort de sa parente et rivale, Marie Stuart. L’histoire est écrite, elle comprend dès le début les mots de sa fin : Marie la catholique, reine d’Écosse, mourra. Charmante, sinon charmeuse, elle entraînera avec elle tous ceux qu’elle a séduits. Femme fatale, elle précipitera la fin d’un monde révolu.
Car tel est le drame : une histoire d’humains qui se débattent dans les espaces de liberté laissés par la tragédie. Le choix de la traduction s’explique ainsi : élégante et fidèle, elle manifeste les ressorts du drame. L’adaptation de Fabian Chappuis resserre dès lors l’intrigue autour d’une dizaine de personnages pour concentrer son regard sur leur psychologie. Toujours tous présents sur scène, il sont tour à tour acteur ou spectateur d’une histoire qu’ils se construisent, librement et nécessairement. La contradiction n’est qu’apparente, car Schiller le romantique, nourri de la philosophie allemande, rappelle combien l’histoire se fait à la confluence de choix, de désirs, d’espoirs et d’illusions, bref d’humanité : « Rien de grand ne s’est fait sans passion. »
Décors, costumes et scénographie, bien que d’une facture convenue – on retrouve les longues tuniques brunes qui habillent la plupart des tragédies mises au goût du jour, un décor pratiquement absent, l’usage de la vidéo, une forte symbolisation des accessoires limités à quelques « papiers » échangés – sont cependant efficaces et cohérents. De fait, l’exigence de sobre neutralité qui sous-tend la mise en scène se fait à la faveur du texte et de déplacements extrêmement chorégraphiés. Fabian Chappuis construit des « espaces vides » privilégiant le rythme et l’action.
© Bastien Capela
Un usage intelligent de la vidéo et des lumières engendre de belles scènes très évocatrices. La prison de la reine Marie, symbolisée par des cercles concentriques, crée une cellule intérieure et des marges ; la semi-pénombre qui baigne le plateau nous perd au milieu des couloirs humides des châteaux anglais, au cœur des ténèbres du pouvoir ; une magnifique scène d’extérieur nous laisse échoués sur un rivage anglais. Manque malheureusement à cet univers visuel parfaitement réalisé une atmosphère sonore qui le parfasse : présents seulement dans les derniers moments, et avec de gros soucis de sonorisation, la musique et les bruitages se signalent par leur absence.
L’effort déployé par Fabian Chappuis pour ménager « un espace ouvert » est tel qu’il faut une interprétation solide pour le justifier. Et, de fait, malgré quelques rôles secondaires peu convaincants, les rôles principaux sont tous bien tenus. Ainsi, la reine Marie (Isabelle Siou), en observatrice de sa déchéance, constate admirablement la perte de son pouvoir de séduction ; la reine Élisabeth (Marie-Céline Tuvache), spectatrice pathétique de ses faiblesses, exhibe un pouvoir impuissant ; le grand trésorier, baron de Burleigh (Sébastien Rajon), sue la malice et le machiavélisme. Les jumeaux Pascal et Philippe Ivancic sont, eux, de remarquables ambassadeurs bouffons (leur tête cerclée d’une énorme collerette émerge d’une trappe…).
Le talent du metteur en scène et de ses comédiens est en somme de rendre limpide et palpable la tragédie qui se joue dans Marie Stuart. L’intrigue qui se trame dans la pénombre des arcanes du pouvoir et de l’amour se déploie, comme nécessaire, et met au jour une sombre humanité. ¶
Cédric Enjalbert
Marie Stuart, de Friedrich Schiller
Traduction de M. de Latouche
Cie Orten • Théâtre du Grenier de Bougival • 7, rue du Général-Leclerc • 78370 Bougival
01 39 69 03 03
Adaptation, mise en scène : Fabian Chappuis
Assistante à la mise en scène : Damien Bricoteau
Avec : Pascal Ivancic, Philippe Ivancic, Stéphanie Labbé, Jean-Christophe Laurier, Aurélien Osinski, Benjamin Peñamaria, Sébastien Rajon, Isabelle Siou, Jean Tom, Marie-Céline Tuvache
Lumières : Florent Barnaud
Vidéo : Bastien Capela
Costumes : Alice Bedigis et Bertille Verlaine
Menuisiers : Étienne Pinsky et Vincent Obadia
Musique : Henry Purcell
Univers sonore : Pierre Husson
Théâtre 13 • 103A, boulevard Auguste-Blanqui • 75013 Paris
Réservations : 01 45 88 62 22
Du 11 mars au 20 avril 2008, mardi, mercredi et vendredi à 20 h30, jeudi et samedi à 19 h 30, dimanche à 15 h 30, relâche le lundi
Durée : 2 heures
22 € | 15 €
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