Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
Une violence inouïe
Dans un village d’Espagne, la guerre civile touche tous les citoyens comme dans tout le pays. Pour certains, il faut résister à un fascisme qui ne cesse de prendre de l’ampleur et pour d’autres, il faut lutter contre la menace rouge. C’est dans cet esprit que les villageois choisissent un camp et s’affrontent, reniant leurs amitiés d’avant. La Grande Histoire n’est jamais très loin. L’Italie et l’Allemagne soutiennent le général Franco. Les Soviétiques soutiennent les Républicains. Mais dans ce camp de la gauche, la dispersion fragilise les combattants. Au village, des conflits explosent entre ces groupes. Alors que les Franquistes avancent dans un vent de violence. Le 1er avril 1939, la guerre se termine. Franco est au pouvoir et de nombreux villageois partent, une valise à la main.
Deux femmes, quatre hommes : ensemble, ils abordent cette période noire de l’histoire espagnole à travers le théâtre de masques. Cette technique finement maîtrisée leur permet de représenter la société espagnole de l’époque en jonglant avec les masques pour multiplier à l’infini les personnages. Du bracero analphabète au Franquiste impitoyable, en passant par le syndicaliste convaincu, le villageois hésitant et le curé traditionnel, les acteurs jouent tous ces êtres qui animent un village typique de cette période en pleine souffrance. Les interprètes ne cessent pas une minute et parviennent à convaincre que tout le village est là, réuni sur scène pour raconter cette tragédie. Le jeu des comédiens atteint la densité épique et cruelle de l’histoire. Les divisions et les souffrances de la guerre se teintent d’une violence inouïe et d’un réalisme impressionnant.
Le décor n’existe pas si ce ne sont deux penderies identiques au fond de la scène, qui servent aux acteurs de paravent derrière lequel ils changent de peau, font naître des martyrs ou des tortionnaires. C’est dans cet espace vide, une place de village probablement, que le spectateur est transporté. Ici se trimballe une vieille chaise, objet du repos pour la vieillesse, estrade pour l’appel à la résistance, objet d’opposition entre les deux groupes. Et puis, il y a ces balais, devenus les armes désespérés de la résistance républicaine.
Si c’est une pièce sans répliques, ce n’est pas une pièce tout à fait muette. Une voix off en début de spectacle narre la fière Espagne des années 1930, des enregistrements radio d’époque sont diffusés pour informer les villageois de l’évolution politique du pays. Entendre la voix de Franco annoncer sa victoire le 1er avril 1939 a encore aujourd’hui quelque chose de glaçant. Sur des airs andalous, les entrées, les sorties et les déplacements sont, malgré la petitesse da la salle, fort bien chorégraphiés. La musique donne à la fois le rythme et l’atmosphère.
Entre conscience morale et conscience politique, les acteurs rendent sensible l’absurdité de la guerre d’Espagne. Mais, au delà de cette guerre, ne s’agit-il pas de dénoncer avec force et poésie tous les conflits armés ? ¶
Emmanuel Renou
Les Trois Coups
Negras Tormentas
Cie Ceux qui ne marchent pas sur les fourmis
Mise en scène : Julien Foichat
Avec : Mario Carrillo, Marion Chombart de Lauwe, Jean-Baptiste Esquerré, Karim Kouidri, Mathieu Méric et Céline Ros
Théâtre du Grand Rond • 23, rue des Potiers • 31000 Toulouse
05 61 62 14 85
Du 18 au 29 mars 2008 à 21 heures
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