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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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« Les Trompettes de la mort », de Tilly (critique de Laurent Schteiner), Bouffon Théâtre à Paris

Un jeu plein de naturel et d’énergie

 

Tilly signe en 1985 « les Trompettes de la mort », une œuvre forte sur le thème de la solitude entre deux amies d’enfance, issues de milieux sociaux différents. Cette pièce, magistralement mise en scène par Éric Guérin, nous décrit la vie de ces deux femmes (Annick et Alexane), désespérément seules dans une société qui les opprime. Chacune d’elles se bat avec ses propres armes. Tilly présente ces vies désenchantées avec la précision d’un orfèvre. On ne sort donc pas indemne de cette pièce. Un régal.

 

Le décor, réalisé avec précision, reproduit un intérieur quelque peu vieillot. La scénographie s’attache à présenter la découpe de cet appartement avec toutes les pièces qui le composent. Un soin extrême est porté à la décoration, qui traduit la personnalité de son occupante. Rien n’est laissé au hasard et tout nous ramène à Annick, qui vit seule dans cet espace. La particularité du Bouffon Théâtre est sa proximité avec la scène. Cette disposition conforte le public dans un rôle de témoin.


Cette pièce comporte trois personnages fort peu séduisants. Annick, la quarantaine, vit recluse dans son appartement, partagée entre son travail et les week-ends chez sa mère, en Bretagne. C’est une femme dure, aigrie et sûre d’elle, avec des tendances maniaques qui se révèlent dans son quotidien. Au fil du spectacle, la façade se fissure et craque. Alexane, son amie, est plus légère en apparence. Jeune comédienne, elle vit avec Jeff, un critique de spectacles. Cependant, le même sentiment d’isolement se fait sentir chez Alexane, cette solitude qu’on ressent au cœur de la foule.



L’histoire pourrait se résumer à l’intrusion de ce couple dans la vie d’Annick. Mais une violence morale sourd de cette rencontre. Tirant parti de l’absence d’Annick, le couple en profitera pour se livrer à un « viol » de son intimité. Cette « souillure » ne sera pas sans conséquences pour Annick. Les blessures cachées seront ainsi mises à nu.


La mise en scène, réglée au cordeau par Éric Guérin, nous offre un miroir. Les spectateurs se retrouvent aisément dans certains aspects de la personnalité de ces personnages. Ils deviennent alors le reflet de chacun d’entre nous.


Les comédiens, tous impeccables, nous livrent un jeu plein de naturel et d’énergie. J’ai été particulièrement sensible au jeu de Gaëlle Merle (Annick), plein de retenue et tout en nuance. Je conserverai longtemps la dernière image de la pièce, où Annick, noyée dans sa détresse, pleure dans sa cuisine tandis que la lumière s’atténue peu à peu. Et c’est avec le visage souriant et baigné de larmes qu’elle viendra saluer. Quelle belle soirée ! 


Laurent Schteiner

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Les Trompettes de la mort, de Tilly

Mise en scène et scénographie : Éric Guérin

Avec : Gaëlle Merle (Annick), Géraldine Brandao (Henriette-Alexane), Xavier Irigoin (Jeff), Jacqueline Jéhanneuf (voix de la mère d’Annick)

Régie, création lumière : Juliette Bineau

Bande-son, voix présentateur radio : Frank Etenna

Coiffure : Marion Tilly

Construction du décor : Ludovic Doyard, Éric Guérin, Pascal Letournel

Production : Accords et âmes

Bouffon Théâtre • 26-28, rue de Meaux • 75019 Paris

Réservations : 01 42 38 35 53

Du 15 avril au 17 mai 2008 à 20 h 30, du mardi au samedi

Durée : 1 h 20

15 € | 10 €

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A
Difficile de croire que cette pièce a vingt-cinq ans. On dirait qu’elle a été écrite aujourd’hui, car le sujet et la manière de dire sont intemporels, universels. Cette rencontre d’un soir entre deux « amies » que tout sépare est d’une violence inouïe. Dans le rôle d’Henriette, Géraldine Brandao est parfaite. Xavier Irigoin est odieux à souhait dans celui de Jeff. Et Gaëlle Merle (Annick), bouleversante. Les comédiens sont servis par la mise en scène remarquable d’Éric Guérin. Un magnifique spectacle.<br /> <br />
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