Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
Anarchique
Par Cédric Enjalbert
Les Trois Coups.com
Avec une programmation qui va de Gérald Dahan aux marionnettes des Salzbourg, le petit Théâtre Déjazet, un brin suranné mais à l’accueil charmant, cultive l’éclectisme. Avec « Sacco et Vanzetti », présenté tous les lundis de mai (un mois décidemment révolutionnaire), il présente un drame où la trame historique sert d’argument pour une charge politique à peine voilée. Malheureusement, « on fait toujours du mauvais théâtre avec de bons sentiments ».
En montant Sacco et Vanzetti, l’histoire de ces deux anarchistes immigrés italiens injustement condamnés par les tribunaux américains, Loïc Joyez parvient à nous glisser « dans les coulisses d’une époque »… Pas tout à fait comme il l’entend, cependant. C’est, en fait, dans la peau d’un spectateur des années vingt que l’on se glisse, et pas n’importe lequel : André Breton. Qui a suivi ses errances le long des boulevards parisiens dans Nadja, à l’époque même de l’affaire Sacco-Vanzetti, se souviendra de son goût exclusif pour les pièces mineures, interprétées par des comédiens au jeu « dérisoire ». Pièces au cours desquelles, avec son ami Jacques Vaché, il s’installait pour dîner et « débouchait des bouteilles ». Pour un peu, j’aurais bien fait de même en invitant mon voisin à casser la croûte.
Car la pièce est longue et le jeu, en effet, « dérisoire ». Les comédiens, rarement crédibles, surjouent un texte fort peu théâtral, handicapé par l’absence de véritables échanges. À ceux-ci se substituent des pseudo-monologues en forme d’envolées lyriques ou de manifestes, donnés sur un mode récitatif. Ainsi, par exemple, l’on chante l’exaltation de l’amour universel entre les hommes, une prostituée-philosophe délivre ses vérités existentielles, mais l’on revendique, l’on critique et l’on déplore aussi. L’on exhorte, enfin, à secouer le joug qui nous aliène et à mener une vie nouvelle. Le texte prend alors une tonalité politique et fait de cette injustice historique le syndrome d’une xénophobie toujours plus actuelle. C’est louable mais malhabile, car les références lourdement explicites faites aux débats politiques les plus récents avec, notamment, des pastiches du type : « L’Amérique, tu l’aimes ou tu la quittes », ne sont pas exemptes d’emphase et de didactisme.
Reste le sérieux des comédiens, que l’on sent impliqués, ainsi qu’une scénographie et des lumières simples mais efficaces. Le choix judicieux d’un découpage en tableaux, rythmé par des noirs, mériterait d’être accompagné d’un raccourcissement global de la pièce (les scènes de procès sont longues) qui gagnerait, ainsi, en cohérence et en dynamisme. Les musiques, elles, n’échappent pas au pittoresque ou à la facilité des « grands airs » visant à tirer une larme ou un sourire.
Sacco et Vanzetti manque, en somme, de rythme et de qualités proprement théâtrales (respect du code de la « relation théâtrale », notamment). Le jeu en pâtit. Elle sacrifie, en outre, trop facilement aux effets de manche d’une charge politique à l’effet incertain. Bref, sans commandement, sans principes, sans lois, la dramaturgie semble un peu anarchique. ¶
Cédric Enjalbert
Sacco et Vanzetti, de Loïc Joyez
Compagnie Les Inactualistes
www.saccoetvanzetti-lapiece.com
Mise en scène : Loïc Joyez
Assistante à la mise en scène : Séverine Chabin
Avec : Cyrille Andrieu-Lacu, Julien Vialon, René Carton, Marc Hazan, Fedelie Papalia, Maïla Dive, Sacha Azoulay, Anne-Laure Connesson, Mathieu Bétrancourt, Martin Verschaeve, Alexandre Foin
Lumières : Ludovic Fermaut
Responsable technique : Alexis Joy
Coordination : Olga M.
Théâtre Déjazet • 41, boulevard du Temple • 75003 Paris
Réservations : 01 48 87 52 55
Les 5, 12, 19, 26 mai 2008 à 20 h 30
Durée : 1 h 45
30 € | 15 €
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