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Par LES TROIS COUPS
Le meilleur de Shakespeare
« Beaucoup de bruit pour rien » se déploie en cinq actes et treize personnages dans la Sicile de son temps. La libre adaptation de Philippe Honoré est emmenée en une heure et quart par six personnages hauts en couleur. Exit le superflu, restent l’intrigue et les bons mots. Efficace et réjouissant.
Bénédict est un soldat droit dans ses bottes. S’il a de l’humour et de l’aisance, il martyrise le beau sexe par son dédain des choses de l’amour. Son ami Claudio n’est pas si fine bouche : à peine revenu de guerre, il tombe amoureux d’Héro, fille de Léonato, obtient sa main, et le voilà déjà presque marié. Quant à la cousine d’Héro, Béatrice, à l’esprit spirituel, aux paroles fines et joyeuses, mais célibataire endurcie, ne serait-elle pas une compagne rêvée pour Bénédict ? Par jeu, les amoureux, secondés par Léonato et Marguerite, jouent les Cupidons, tandis que dans l’ombre, ourlée de guitare électrique, Don Juan, frère de Claudio, trame de les perdre.
En raccourcissant ainsi l’intrigue, Philippe Honoré ne s’embarrasse pas de vraisemblance. L’affaire du mariage Héro-Claudio est conclue en moins de temps qu’il n’en faut pour remarquer que la fille est jolie et le garçon charmant. En trois répliques, les couples sont formés, les amitiés sont brisées, les criminels sont pardonnés. La romance passe à la trappe, alors que la part belle est faite à son contrepoint comique, les amours de Béatrice et Bénédict. Du coup, par souci d’efficacité, nous ne sommes plus en la Sicile de 1600, mais dans l’Amérique des années 1960 ou quelque chose qui y ressemble. Il y a du twist dans l’air, et si les soldats reviennent d’une guerre inconnue, elle nous semble familière. Dans la mise en scène encore, par des décors un peu kitsch, par des musiques datées et quelques effets bien pesés, on va droit à l’essentiel. En un rien de temps l’ambiance adéquate est ainsi créée, toujours enlevée, immédiatement sympathique.
Grâce à ce procédé, on passe de surprise en surprise : si les ressorts de la comédie sont clairs et prévisibles dès le début, même pour qui ne connaît pas la pièce, on ne s’attend pas à les voir débouler si vite. Cet enchaînement de situations improbables et de décisions aussi soudaines que sans merci (« Kill Claudio », pour la plus marquante) est le charme principal de la pièce. Ni le metteur en scène ni les comédiens n’en sont dupes, et ils en jouent habilement. Ils installent une complicité subtile avec le public, chacun devant croire à l’incroyable pour que théâtre ait lieu.
L’intelligence et la légèreté des comédiens, d’ailleurs, avec mention spéciale pour l’interprète de Bénédict, emportent le spectacle. C’est un plaisir de les voir jouer, s’amuser visiblement entre eux et avec les mots qui leur sont offerts. Bien sûr, le texte de Shakespeare ainsi revisité est de nature à générer l’enthousiasme : jeux de mots, billets d’humeur, maximes drolatiques, tout y est. Mais il y a aussi beaucoup de générosité et d’humour chez les comédiens. Ils jouent au second degré, tout en finesse. Le texte les sert bien, autant qu’eux le servent juste. ¶
Hervé Charton
Les Trois Coups
Beaucoup de bruit pour rien, de William Shakespeare, librement adapté par Philippe Honoré
Cie Philippe Person • 22, rue Poncelet • 75017 Paris
Mise en scène : Philippe Person
Avec : Michel Baladi, Emmanuel Barrouyer, Olivier Guilbert, Anne Priol, Sylvie Van Cleven, Caroline Victoria
Décor : Vincent Blot
Costumes : Emmanuel Barrouyer et Anne Priol
Lumières : Alexandre Dujardin et Mamet Maaratié
Le Lucernaire • 53, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris
http://www.lucernaire.fr/theatre1.html
Réservations : 01 45 44 57 34
Du 20 avril au 31 mai 2008 à 20 heures, du mardi au samedi
Durée : 1 h 15
20 € | 14 € | 8 €
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