Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
La trahison du beau bar
Une entrée ratée, une sortie tout autant maladroite et un ensemble lent et peu rythmé, c’est ainsi que « Bobards » rimerait plus avec « canard » que « beau bar ».
Tout d’abord Marc Fauroux, metteur en scène et acteur, vient parler au public pour présenter le travail de sa troupe comme un professeur présenterait le spectacle de fin d’année de ses élèves. Et puis c’est l’obscurité dans la salle, et le public est bombardé des nombreux bruits qui habitent un bar. Idée qui aurait été originale si le noir n’avait pas duré si longtemps.
C’est au tour des acteurs de jouer, enfin jouer est un terme un peu trop ambitieux. Comme nous l’avait gentiment annoncé le metteur en scène, il s’agit d’une lecture-spectacle et, vraiment, si le terme spectacle a du mal à faire bonne figure, la lecture en revanche a fière allure. Car le spectateur devient l’observateur de deux hommes et une femme qui lisent, lisent et lisent encore. Comment ce si beau plaisir qui est de lire a-t-il pu devenir insupportable ?
Ce n’est pas le manque de talent des trois acteurs dans ce domaine. La durée ? Non, heureusement le spectacle ne dure qu’un peu plus d’une heure. Mais le texte qui traite de thèmes on ne peut plus banals a la prétention d’atteindre la sphère très fermée de la poésie. Hélas ! Force est d’avouer que rares sont poétiques les passages de cette œuvre. Au début, les rimes sont si nombreuses et sans intérêt que le spectateur en vient à faire des acrobaties auditives et intellectuelles pour suivre le cheminement de l’auteur.
Il y a bien la volonté, avec les mots, de donner vie à tous ces objets qui font le bar : la tasse à café, le papier plastique qui enveloppe le goûter, le cendrier. Et puis, on retrouve ces figures qui symbolisent les habitants du bar : l’ivrogne, la dépressive qui ne parle que d’elle, le supporteur de rugby, le fumeur qui résiste, le barman, et même le chat. Les bruits, les couleurs, l’historique du Earl Grey – connu aussi sous le nom de thé à la bergamote, mais ce détail semble avoir été escamoté lors de l’écriture. On décèle pourtant bien le désir de témoigner de ce monde des bars, si particulier à la France. On esquisse quelques sourires, parfois on se dit : « ouais, c’est vrai ». Pourtant jamais Bobards ne nous projette dans la réalité de ces bars qui sont les nôtres. Ni même dans l’imaginaire qu’ils véhiculent.
En revanche, la scénographie est belle. Sur les panneaux noirs sont écrits les textes du spectacle. Des projections de photos ; des vidéos ; un rideau de bouteilles rouges ; des tabourets hauts ; des vases, métaphore des verres ; des poufs carrés illuminés en guise de glaçons, rien n’est laissé au hasard, et le décor permet au public de se distraire de la monotonie du jeu, pardon, de la lecture du spectacle.
Deux hommes, une femme, mais c’est uniquement d’elle, Iris Lancery, dont on se souviendra. Sa voix est envoûtante quand elle chante et son jeu est séduisant parce qu’elle ignore souvent la lecture et préfère déclamer. Grâce à cette liberté prise, elle gagne en naturel et donne vie à des textes qui manquent de profondeur. Elle joue et habite les personnages qu’elle raconte à l’inverse de Christophe Anglade et Marc Fauroux qui, appliquant leur formule « spectacle lu », se concentrent sur cet exercice qui est de lire. Et tout le plaisir de les voir habiter les objets et les personnages décrits vole en fumée. Ce qui aurait dû chanter la gloire du bar à la française n’est en fait qu’un pauvre alambic sans espoir. ¶
Emmanuel Renou
Les Trois Coups
Bobards, de Marc Fauroux
Création de la Compagnie Paradis éprouvette
Mise en scène : Marc Fauroux
Avec : Christophe Anglade, Iris Lancery et Marc Fauroux
Du 6 au 17 mai 2008 à 21 heures
Théâtre du Grand Rond • 23, rue des Potiers • 31000 Toulouse
05 61 62 14 85
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