Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
La part de l’ombre
La patinoire d’Avignon est transformée en succursale de la Manufacture pendant la durée du festival. Un lieu insolite à la fraîcheur ambiante bienvenue… Si l’action de « Cannibale » se situe dans le Paris des années trente, l’intention de Sylvie Malissard est de mettre en lumière l’interrogation intemporelle qu’induit le texte de Didier Daenickx. Où il s’agit d’inscrire la complexité des comportements humains dans la réalité contemporaine. « Cannibale », ou quand le théâtre se fait porte-parole du devoir de mémoire. Entreprise essentielle, ardue, qui atteint ses objectifs même si l’importance du fond est servie par une forme un peu propre.
Paris 1931, l’Exposition coloniale. Quelques jours avant l’inauguration officielle de celle-ci, empoisonnés ou victimes d’une nourriture non adaptée, tous les crocodiles du marigot meurent subitement. Une solution est négociée par les organisateurs afin de remédier à la catastrophe. Le cirque Hoffner de Francfort en Allemagne, qui souhaite renouveler l’intérêt du public, veut bien prêter ses crocodiles en échange d’une trentaine de Kanaks.
C’est un exercice difficile auquel se prête Sylvie Malissard. Arriver à captiver et sensibiliser un public à la cause qu’elle défend seule en scène pendant une heure et dix minutes, sur un plateau large et nu. Surtout avec un texte qui, à l’origine, n’est pas écrit pour le théâtre.
Pourtant, elle y arrive. L’actrice sert avec sincérité et passion une cause qui, on le voit, lui tient à cœur. Elle occupe avec énergie et précision la très profonde scène installée sur la glace de la patinoire d’Avignon. L’absence de décor est en totale cohérence avec son envie de privilégier le texte et le questionnement humain qu’il délivre. De plus, ce choix artistique laisse de la place à l’imaginaire souvent atrophié du spectateur, engourdi par une époque où tout est montré, offert à nos yeux d’ « hommes civilisés ».
« Cannibale »
La création lumière d’Emmanuel Faivre sert intelligemment et simplement la mise en scène. Un bilan presque parfait pour la compagnie Le Porte-plume, originaire de Franche-Comté, si ce n’est que la simplicité de la mise en scène constitue à la fois sa force et sa faiblesse.
Le jeu de Sylvie Mellisard, quoique sincère et énergique, manque parfois de nuances. J’aurais aimé, en effet, la voir pousser le travail de composition sur les différents rôles qu’elle interprète. L’absence de réelle distinction physique entre les différents personnages apporte une certaine monotonie dans son jeu.
Hormis cela, je suis sorti de cette pièce avec l’envie de me renseigner sur cette partie oubliée de l’histoire et, en cela, le pari de Cannibale est réussi. ¶
Benjamin Brenière
Les Trois Coups
Cannibale, de Didier Daeninckx
Compagnie Le Porte-plume • 5, rue Goy • 39800 Poligny
06 31 77 49 16 | télécopie : 04 90 85 93 50
Conception et interprétation : Sylvie Malissard
Complicité artistique : Laurence Campet
Création lumière et son : Emmanuel Faivre
Régie : J.- Claude Champanay
La Manufacture • 2, rue des Écoles • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 85 12 71
Du 7 au 27 juillet 2008 à 20 h 20, relâche le 21 juillet 2008
Durée : 1 h 10
15 € | 11 €
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