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Par LES TROIS COUPS
Déjanté, vous dis-je !
Par Anne Losq
Les Trois Coups.com
Que sommes-nous allés voir à l’espace Alya : une reprise d’extraits du « Misanthrope » de Molière ou un texte de Vinaver ? Les deux, mon amiral. Comment la Compagnie des Lucioles saute-t-elle le pas entre ces deux univers ? Avec des fulgurances et de l’énergie. Si certains spectacles du Off manquent d’originalité, ce n’est certainement pas le cas de « Molière et son dernier sursaut ». Ce spectacle tire une petite irrévérence à deux auteurs dramatiques satiriques séparés par les siècles, mais pas par le goût de l’ironie et du rire. Au risque, peut-être parfois, de perdre un peu le public.
Un décor moderniste mêlé à des costumes du xviie siècle… D’entrée de jeu, nous sommes surpris. L’espace est organisé comme un labyrinthe, avec des panneaux en plexiglas qui matérialisent l’espace, propices aux quiproquos, obligeant les comédiens à contourner, ou à se heurter, aux différents obstacles.
Quelques extraits du Misanthrope de Molière sont présentés. D’abord, une joute oratoire entre Oronte, Alceste et Philinte. Cet extrait est ensuite suivi par des échanges entre Alceste et Célimène : dans un premier temps tendres et amoureux, puis plus âpres à cause de la jalousie dévorante d’Alceste. Mais, alors que l’on commence vraiment à apprécier le jeu des comédiens et à saisir la modernité saisissante de l’écriture de Molière, l’action est interrompue par un générique de fin, comme dans un film !
« Molière et son dernier sursaut »
À cet instant du spectacle, petit choc pour le spectateur. Dans quelle dimension temporelle sommes-nous ? Les mêmes acteurs, avec les mêmes costumes du xviie siècle nous parlent d’un « film » et de « Hollywood », mais dans une structure toujours proche du vers. C’est que Vinaver, auteur contemporain, a remplacé Molière, tout en préservant le dynamisme et le sens comique de ce dernier. Peu à peu, l’on reconnaît la verve satirique de Vinaver, au travers d’un pastiche bien ficelé. L’auteur du Dernier Sursaut s’amuse des dévots modernes et ironise sur le thème de la bienséance.
Ce spectacle est insolite à bien des égards. Parce qu’il mêle des écritures, des époques, et des influences artistiques. En fin de spectacle, il y a un ballet nô, qui s’inscrit, certes, dans la structure de la pièce, mais qui demeure un élément nouveau que le public doit intégrer, au milieu de tout un foisonnement de références. Cette multiplicité de sources peut être vue comme un régal théâtral ou bien comme un fouillis.
Pour un connaisseur de Molière et de Vinaver, cette création de la Compagnie des Lucioles paraît être une vraie réussite, puisqu’elle établit des résonnances entre les œuvres de ces deux grands auteurs. Mais je ne suis pas sûre qu’elle soit facile d’accès pour un public plus néophyte. À voir pour se faire son propre avis ! ¶
Anne Losq
Molière et son dernier sursaut, de Molière et Michel Vinaver
Compagnie des Lucioles • 4, rue d’Humières • 60200 Compiègne
contact@compagnie-des-lucioles.fr
Mise en scène : Jérôme Wacquiez
Avec : Julien Ancelet, Justine Barthélémy, Christophe Brocheret, Flora Brunier, Hugues Chabalier, Emmanuel Gayet, Grégory Ghezzy, Mélanie Mary, Hermine Rigot, Guillaume Tagnati
Assistance mise en scène : Carole Got
Collaboration artistique : Masato Matsuura
Scénographie : Anne Guénard
Régie et création lumière : Nicolas Barraud et Marine Berthomé
Costumes : José Gomez
Espace Alya • 31 bis, rue Guillaume-Puy • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 27 38 23
Du 10 juillet au 2 août 2008 à 12 h 30
15 € | 10 €
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