Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
Par LES TROIS COUPS
Un spectacle étrange
derrière le silence des barreaux
Dans un recoin de la rue Londe, L’Albatros propose « Death Row, un homme dans le couloir de la mort », de Rémy Leboucq. La compagnie nîmoise a créé cette pièce en septembre 2007, à l’occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort. Un beau témoignage, qui manque peut-être de chair.
Dans le couloir de la mort, un condamné attend. C’est un homme ordinaire, mais il a mal tourné. Voix humaniste contre la peine de mort, cette pièce n’est pas une révolte, elle montre et dit. Mais ce parti pris chorégraphique dans ce silence oppressant nous fait un peu perdre patience.
La musique et les quelques sons métalliques d’un anneau sur les barreaux sont violents et efficaces, mais on reste un peu à distance. Entre autres raisons, la pièce est pleine de symboles, tels que l’homme désireux de s’envoler au-delà de sa prison, l’homme marionnette de la société, certes parlants, mais qui perdent le caractère concret de la situation. Par ailleurs, le silence est là, omniprésent après les effroyables révélations de cette voix off, mais il ne prend pas sa place dans la pièce, il n’affecte pas autant que l’attente. Le thème est d’une grande richesse émotionnelle, et je regrette de ne pas y avoir trouvé toute la force que je lui présume.
La lumière aussi manque à sa fonction première, qui est de nous offrir la possibilité de voir le comédien, de se fondre dans son expérience. Que ce soit une mise en contexte, que l’on veuille nous donner à sentir cette atmosphère obscure, oppressante, silencieuse à s‘en crever les tympans, oui, mais pas au détriment du transfert d’émotion. On ne voit le visage du condamné qu’une seule fois et l’on apprend qu’il est repentant seulement grâce à cette voix off, seule autorisée à parler (même s’il semble s’agir de celle du condamné).
Le personnage est une marionnette prise dans les filets de la société. Mais après une telle introduction, la gestuelle répétitive et mécanique du début me laisse froide et fait retomber la tension. Néanmoins, il y a de belles images permises par la scénographie simple et ingénieuse : la prison se monte sous nos yeux, ainsi que ce « couloir de la mort » dessiné depuis longtemps, comme attendant sa victime.
Spectacle sans parole qui laisse un peu sans voix, sans trop savoir ce que l’on peut en penser. Le thème est troublant de toute manière, et l’on ne peut sortir d’une telle pièce sans se sentir mal à l’aise. Il y a quelques longueurs et la voix off pourrait être plus neutre, plus froide, elle, plus mécanique. Pas de parole en scène, pas de révolte, juste une situation révoltante donnée à voir, le spectateur fait le reste. ¶
Isabelle Desalos
Les Trois Coups
Death Row, un homme dans le couloir de la mort, de Rémy Leboucq
Compagnie Mobile Homme Théâtre • 1, rue de la Biche • 30000 Nîmes
04 66 29 95 41
Chorégraphie : Lisa Gimenez
Avec : Rémy Leboucq
Plasticienne : Sarah Dorp
Voix off : Carlos Moreno
Régie générale : Nicolas Ferrari
Technicien : Albin Fontalba
L’Albatros • 29, rue des Teinturiers • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 86 11 33 | 04 90 85 23 23 | 06 16 10 69 64
Du 10 juillet au 1er août 2008 à 10 h 45, relâche les 19 et 20 juillet
Durée : 45 min
10 € | 8 €
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