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Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.

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« Inventaires », de Philippe Minyana (critique), Grenier à sel, Avignon Off 2008

Minyana redécouvert


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


C’est au Grenier à sel à 11 heures du matin et ça réveille ! Patrick Pelloquet fait prendre un bain de jouvence à la pièce qui révéla Philippe Minyana : « Inventaires ». Le metteur en scène en a fait un « reality-show » qui dérape. La pièce y gagne en profondeur et en émotion, servie par d’exceptionnels interprètes. Enfin réellement dérangeant, pour notre plus grand plaisir.

Jacqueline, Barbara et Angèle ont rendez-vous avec la gloire. Oh, une petite de rien du tout d’une demi-heure, dans une obscure émission du matin. N’empêche, elles se sont fait belles et y ont apporté l’objet qui a le plus compté dans leur vie : Jacqueline sa bassine, Barbara son lampadaire et Angèle sa petite robe. Pendant une heure, elles vont se confier, en direct ou hors antenne, à un tandem d’animateurs aussi dégoulinants de bons sentiments en apparence qu’implacables en réalité.

Grande idée, ça commence avant que l’émission n’ait commencé : sous l’éclairage blafard (remarquable travail d’Emmanuel Drouot) du plateau justement « pas encore éclairé ». Michèle (Florence Bourgès) et Patrick (Jean‑Jacques Blanc) s’échauffent. Tout à l’heure, ils s’appelleront Ève et Igor, bidonnage oblige. Car il s’agit bien sûr de couillonner les gens : ces trois pauvres femmes d’abord, mais aussi et surtout les téléspectateurs.

Censurées, influencées, éparpillées, les confidences saugrenues de nos trois « candidates » font soudain, paradoxalement, entendre leur souffrance. Et oublier un peu le léger didactisme de ces inventaires qui, mine de rien, enseignent l’histoire. On ne l’entend presque plus, cette voix un peu pédante. Patrick Pelloquet traite Minyana comme n’importe quel grand auteur : en se montrant digne de l’irrespect dont témoigne son œuvre. Il doit cependant avoir un truc, car ses cinq interprètes crèvent l’écran… pardon brûlent les planches. C’est fort comme du Kaurismäki. Petit tour de piste.

Yvette Poirier s’est fait une tronche. Coiffure, maquillage, dégaine, elle campe la « groupie du peintre » avec une justesse incroyable. Hélène Raimbault est Barbara. On ne saura jamais ce qui l’a abîmée ainsi. Elle s’excuse de tout, tremble, s’effare en souriant comme font ces belles que la laideur choquera toujours. Odette Simonneau, mamie craquante, révolutionne elle aussi l’idée qu’on pouvait se faire de la pièce. Son Angèle est poignante, fragile et entêtée, d’une grâce exquise.

Ils sont tous les cinq formidables, en outre tordants, ce qui est plus rare. Ils n’auraient qu’à se baisser un peu pour, comme on dit, « tout ramasser » et que des rires gras s’ajoutent aux autres. Ils n’en font rien. Un grand merci. Même reconnaissance à Sylvie Lombart, qui signe ici des costumes d’une grande et fine observation, et à Sandrine Pelloquet qui a conçu une scénographie courageusement laide. On ne pouvait mieux dire la consternante ânerie de ce pauvre miroir aux alouettes. Ah, cette coiffeuse géante en alu brossé avec ses trois écrans-miroirs, où se reflètent de temps à autres les spectateurs…

Il y a comme chaque année un hit-parade secret du Off, mystérieusement établi par ce concurrent minuscule mais têtu des médias : le bouche-à-oreille. Cet Inventaires des Pays de la Loire y tient une des premières places. À fort juste titre. 

Olivier Pansieri


Inventaires, de Philippe Minyana

Théâtre régional des Pays de la Loire

www.paysdelaloire.fr/culture

Mise en scène : Patrick Pelloquet

Avec : Jean-Jacques Blanc, Florence Bourgès, Yvette Poirier, Hélène Raimbault, Odette Simonneau

Assistante à la mise en scène : Anne Morineau

Scénographie : Sandrine Pelloquet

Costumes : Sylvie Lombart

Lumières : Emmanuel Drouot

Maquillage : Carole Anquetil

Régie générale : Jean-Yves Laurendeau

Régie plateau : Hugues Ruhault

Grenier à sel • 2, rue du Rempart-Saint-Lazare • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 27 09 11

Du 10 juillet au 2 août à 11 heures

Durée : 1 h 30

13 € | 9 €

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P
Entièrement d'accord. Un spectacle formidable qui me fait même oublier d'autres mises en scènes extraordinaire de cette pièce exceptionnelle. Les actrices parviennent à rendre ce qu'il peut-être le plus difficile de rendre sur scène : l'illusion de la simplicité de ces personnages.
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